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Rivages/noir

Du sable dans la bouche, Hervé Le Corre

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 04 Novembre 2016. , dans Rivages/noir, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Du sable dans la bouche, septembre 2016, 173 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Hervé Le Corre Edition: Rivages/noir

 

Livre policier et historique à la fois, où tous les protagonistes sont empalés dans des évènements liés à L’ETA. Une femme sort de prison, revient à Bordeaux. Le lecteur comprend peu à peu qu’elle a été mêlée à des évènements graves.

« Des femmes courent, suivies d’enfants, les bras étirés par des valises bourrées jusqu’aux serrures, rebondies à crever, là, au milieu des gens, vomissant de l’intimité, mise en pli pendant des heures, encore parfumée d’assouplissant ou de lavande ».

Elle paraît esseulée, mais aussi profondément déterminée.

« Alors peu à peu, l’idée de revenir et de faire ce que quelque chose de béant en elle réclamait chaque jour plus fort a creusé sa fissure imperceptible. Cette évidence a couru comme une vibration mortelle ».

Sylvia, Howard Fast

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 28 Juin 2016. , dans Rivages/noir, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Sylvia, janvier 2016, trad. anglais (USA) Lucile du Veyrier, 384 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Howard Fast Edition: Rivages/noir

 

Rompons une lance : un bandeau jaune du plus bel effet, signé d’un certain Hervé Le Corre, annonce : « Le premier roman noir féministe. Classique et moderne à la fois ». Pour la deuxième proposition, rien à redire ; pour la première, par contre… Certes, le personnage féminin principal de ce roman est une femme devenue forte, voire puissante, qui est parvenue à se construire un univers matériel protecteur malgré les chausse-trappes de l’existence, mais cela ne fait pas de Sylvia une œuvre féministe, une œuvre militant pour un meilleur statut de la femme en général dans la société, voire pour l’égalité homme-femme ! De surcroît, si chaque roman noir nord-américain présentant une femme forte, parfois dominante, devait être qualifié de « féministe », Chandler et Hammett entre autres deviendraient rapidement des lectures indispensables pour les Femen – et on doute que ce soit le cas. Bref, la promotion d’un roman, aussi excellent soit-il, n’excuse en rien les amalgames anachroniques et les inexactitudes lexicales.

Injection mortelle, Jim Nisbet

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Avril 2016. , dans Rivages/noir, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Injection mortelle (Lethal Injection), janvier 2016, trad. américain Freddy Michalski, 269 pages, 8 € . Ecrivain(s): Jim Nisbet Edition: Rivages/noir

 

Les trois premiers chapitres de ce livre vont vous poursuivre longtemps. Leur noirceur, leur violence et – malgré tout – leur bouleversante humanité sont de ces moments de littérature qui entrent dans le panthéon imaginaire des lecteurs. Ils constituent aussi la matrice narrative qui va déployer les lignes de tension de tout le roman : la culpabilité, la quête de rédemption, le châtiment.

Bobby Mencken est au bloc des condamnés à mort. Il attend. C’est imminent. Le prêtre est là, qui radote. Bobby s’en fiche. Il regarde son seul ami dans sa cellule : un cafard.

« Le cafard se tenait là avec ses six bas carmins et son fuselage zébré, à jouer de ses antennes, comme s’il battait la mesure de la prière qui descendait sur lui des hauteurs des cintres, presque comme un acteur sur sa scène, où les jambes noires du prêtre seraient les tentures d’une chapelle funéraire. Matilda le cafard, petite maîtresse du temps et de l’espace, qui savait aller et venir en ces lieux à son gré, témoignage d’un idéal de survie élégante et sans effort ».

Ton avant-dernier nom de guerre, Raul Argemi

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 24 Janvier 2014. , dans Rivages/noir, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Ton avant-dernier nom de guerre, traduit de l’espagnol (Argentine) Alexandra Carrasco-Rahal, octobre 2013, 159 p. 7,65 € . Ecrivain(s): Raul Argemi Edition: Rivages/noir

La stratégie du caméléon

En Argentine, de nos jours, un journaliste, Manuel Carraspique, se retrouve dans un hôpital de campagne après un accident grave :

« L’hôpital était destiné à soigner une réserve d’Indiens mapuches, confinés entre un lac et la cordillère des Andes. Il était situé près de la descente des Mallines, le lieu de l’accident ».

Cette hospitalisation peut être une aubaine pour notre journaliste. En effet, il partage sa chambre d’infortune avec un certain Indien Mapuche du nom de Marquez. Ce dernier est à l’agonie et il est brûlé sur les 90% de son corps. Selon la police, l’homme est un meurtrier ayant des liens avec un célèbre caméléon dont l’un des noms de guerre est Cacho, un tortionnaire pendant la guerre civile. Cacho endosse aussi d’autres identités. Il est tantôt Gomez, un médecin véreux, tantôt prêtre ou encore un trafiquant notoire et meurtrier de surcroît. Manuel qui est à l’affût de tout scoop voit là une opportunité à saisir. Il décide de faire parler Marquez. Mais à chaque confession, le danger se rapproche ainsi que la vérité sur Manuel lui-même.

Nous avons aimé, Willy Uribe

Ecrit par Frédéric Aribit , le Vendredi, 20 Décembre 2013. , dans Rivages/noir, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Espagne

Nous avons aimé, traduit de l’espagnol par Claude Bleton septembre 2013, 271 pages, 8,65 € . Ecrivain(s): Willy Uribe Edition: Rivages/noir

 

« Un Jim Thompson de Bilbao ». C’est ainsi que le présente Carlos Salém, dans la préface qu’il a signée pour son seul autre roman traduit en France, Le Prix de mon père, aussi chez Payot Rivages/Noir. Photographe, surfeur, reporter, voyageur, Willy Uribe verse son encre noire comme la bile dans des romans qui exhalent les dessous peu reluisants de l’Espagne.

Nous avons aimé ne fait pas exception. Narrateur interne de sa propre descente aux enfers, Sergio est un jeune surfeur basque, vaguement paumé entre sa vamp de mère, aussi allumeuse qu’allumée, et Eder, son brillant comparse qu’il entoure d’une amitié équivoque, et qu’il suit jusqu’au Maroc à la recherche des meilleurs spots. Du moins, le croit-il. Car de fumettes en fumettes, ballottés entre les seins d’Odette, la française qui les accompagne, les deux jeunes basculent dans une sale histoire de drogue, d’argent sale, de chantage et de règlement de certains comptes qui viennent sans doute de plus loin, depuis le saut dans le vide de Janire Pagoaga ou la mort de Bustintxu sous un train. Et là-bas, à Madrid, gronde le coup d’état contre Franco… Mais Madrid est si loin. Pas de vagues, à Madrid. Madrid ne sert à rien sans vagues.