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Fayard

Fayard est une maison d'édition française fondée en 1857 par Joseph-François Arthème Fayard. Le libellé complet du nom de l’entreprise est Librairie Arthème Fayard.

 


Fureur divine Une histoire du génie, Darrin M. McMahon

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 16 Mai 2017. , dans Fayard, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA

Fureur divine Une histoire du génie, trad. l’anglais (USA) Christophe Jaquet, 384 pages, 24 € . Ecrivain(s): Darrin M. McMahon Edition: Fayard

 

Nous vivons une époque géniale, où les génies se croisent au détour de la moindre page d’un magazine culturel, du moindre programme télévisé – cinéastes, acteurs, chanteurs, écrivains, sportifs, tous semblent s’être donné le mot pour nous abreuver de génie. Jusqu’à plus soif ou jusqu’à la nausée, au choix. L’esprit critique peut à tout le moins se montrer dubitatif face à cet assaut de génialité : il écoute, il voit, il lit, et se demande si tout cela est bien raisonnable.

C’est à ce stade de la réflexion qu’arrive à point l’essai de Darrin M. McMahon, historien américain spécialiste du XVIIIe siècle et déjà auteur d’un Happiness : A History (2006), dont la renommée anglo-saxonne appelle une traduction, surtout s’il est du même tonneau que le présent Fureur Divine. Une Histoire du Génie (2013, première publication en anglais), cet essai appartenant au genre peu couru en francophonie de l’histoire des idées. C’est-à-dire que l’essai de McMahon n’analyse pas une idée dans une époque donnée, mais en montre l’évolution au fil des siècles – en l’occurrence, de l’Antiquité grecque à l’époque actuelle, en sept chapitres d’une clarté limpide. Cet historique permet de comprendre comment ce mot, « génie », a pu passer de l’évocation du plus rare à celle du plus commun.

Les sommets du monde, Pierre Mari

Ecrit par Mélanie Talcott , le Lundi, 13 Mars 2017. , dans Fayard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les sommets du monde, janvier 2017, 328 pages, 19 € . Ecrivain(s): Pierre Mari Edition: Fayard

L’Histoire ne retient de la réalité de n’importe quelle guerre que des statistiques funèbres, des dates commémoratives, la bâtardise de ses interprétations justificatrices et les polémiques verbeuses, telle celle allumée récemment par les propos opportunément électoralistes de Emmanuel Macron au sujet de l’Algérie. Qu’on l’admette ou non, toutes les guerres furent et sont colonialistes et elles sont toutes porteuses de crimes contre l’humanité, les génocides étant la manifestation horrifique de leurs extrêmes brutalités. De fait, elles répondent toutes au but inavoué d’instituer par la force au prétexte d’une action civilisatrice une hégémonie politique, économique, idéologique et/ou religieuse, la culture étant son passe-droit et l’humanitaire, le sauf-conduit paternaliste de sa modernité, du moins de la part de l’Occident. Juste retour de bâton, vient un moment où, selon la formule consacrée, les peuples revendiquent le droit de disposer d’eux-mêmes, droit si fictionnel qu’il se concrétise à son tour par des guerres dites de façon surréaliste d’indépendance. Quelques siècles plus tard, toute honte bue et le remords christique en goguette, on s’excusera de tous ces faux pas dont la responsabilité se perdra dans le collectif. A l’individuel, les femmes, les enfants, les hommes qui ont payé de leur peau cette folie hégémonique sont jetés dans les fosses communes de l’oubli. Il n’y a guère que les cimetières pour s’en souvenir, les historiens pour exhumer leur mémoire controversée ou les écrivains pour les faire revivre avec plus ou moins de parti pris, l’Histoire étant toujours plurielle.

L’abandon des prétentions, Blandine Rinkel

Ecrit par Frédéric Aribit , le Vendredi, 10 Mars 2017. , dans Fayard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’abandon des prétentions, janvier 2017, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Blandine Rinkel Edition: Fayard

 

« Sans doute, n’aimons-nous jamais que les énigmes » : de celles, merveilleuses, qui voient par exemple un livre s’ouvrir sur une phrase d’Annie Le Brun. Le ton est donné : Blandine Rinkel, d’emblée, place son premier roman à un niveau d’exigence littéraire qui force le respect. Annie Ernaux ? Pierre Michon ? L’abandon des prétentions lorgne en effet vers de sacrés aînés qui en intimideraient plus d’un.

Appelons donc cela roman, puisque c’est marqué sur la couverture. Une jeune femme fait le portrait kaléidoscopique de sa mère, Jeanine, prof d’anglais à la retraite à Rezé, petite ville près de Nantes. 65 ans et, pour elle, 65 chapitres brefs écrits à la première personne – 66, en comptant ce chapitre 0 qui affiche le projet d’une fille vis-à-vis de sa mère, « regarder à travers la lucarne organique qu’est son propre regard pour enfin aller à sa rencontre » – et qui forment autant de fragments de tendresse à l’égard de celle qui n’existe que par, et pour les autres. Moussa l’ingénieur syrien, Alvirah la vieille Algérienne perdue au supermarché, Nicolas et Kareski les détenus récidivistes, Sarah la chauffeuse de poids-lourds et sa cohorte de camionneurs fêtards, Carmen la mythomane espagnole, un étrange marin russe ancien danseur du Bolchoï, Ruth l’Américaine, Brenda d’Ottawa, le jeune couple Sébastien et Romaric…

Je me voyage, Mémoires (Entretiens avec Samuel Dock), Julia Kristeva

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Samedi, 04 Mars 2017. , dans Fayard, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Je me voyage, Mémoires (Entretiens avec Samuel Dock), octobre 2016, 297 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Kristeva Edition: Fayard

 

S’entretenir avec une femme aussi érudite, brillante et authentique que Julia Kristeva exige un interlocuteur de qualité, ce que réussit avec brio Samuel Dock, psychologue clinicien face à la psychanalyste de renom pour laquelle aucun détail ne lui échappe. Comme Nietzsche, Julia Kristeva est « nuance » et ne supporte pas les auteurs « qui jouissent de trancher dans le vif de tout ce qui les excite », ce « marketing déprimé ». Elle préfère tout disséquer, puiser dans sa mémoire insatiable, ce qui ne l’empêche pas de s’être forgé des convictions solides au fil de son « voyage » de réflexions. Comme celle sur les femmes : « Je n’ai jamais compris comment les femmes pouvaient se vivre comme le “deuxième sexe”. Pour moi la féminité exprime l’indéniable, l’irréfragable de la vie ».

Julia Kristeva est résolument une femme libre. Déracinée mais libre. En effet, ce sentiment de déracinement (par ses origines bulgares) est très prégnant dans ce livre. Elle a toujours ressenti un sentiment de solitude malgré sa bonne intégration dans la société française. Elle s’est toujours sentie faite pour la solitude et se récitait Nietzsche : « Souffrir de la solitude, mauvais signe : je n’ai souffert que dans la multitude ».

La mosaïque de l’islam. Entretien sur le Coran et le djihadisme avec Perry Anderson, Suleiman Mourad

Ecrit par Zoe Tisset , le Lundi, 03 Octobre 2016. , dans Fayard, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La mosaïque de l’islam Entretien sur le Coran et le djihadisme avec Perry Anderson, août 2016, trad. anglais Matthieu Forlodou, 179 pages, 18 € . Ecrivain(s): Suleiman Mourad Edition: Fayard

 

Ce livre qui se présente sous forme de dialogue entre Suleiman Mourad, professeur de religions, et Perry Anderson, professeur d’histoire et de sociologie, est une mine pour mieux comprendre l’islam et tous les événements autour des musulmans. Comme le présente la préface « Ici, en effet – et cela est exceptionnel – la séparation entre des formes diverses (historique et actuelle, philologique et sociale) d’intelligence de l’islam du proche orient et de l’Afrique du Nord, entre des travaux traitant du passé et du présent s’efface en un seul ensemble cohérent de réflexions ». Suleiman Mourad commence par étudier la composition du Coran et ses liens avec les formes juive et chrétienne du monothéisme, ainsi remarque-t-il : « Sous cet angle, le Coran s’aligne sur la pensée chrétienne qui soutient que les juifs ont désobéi à Dieu tellement de fois que Dieu décida à la fin d’ouvrir l’Alliance à tous : le Coran rejoint là la théologie paulinienne ».