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Verdier

 

Les éditions Verdier sont fondées en 1979 dans l'Aude, à Lagrasse, par Gérard Bobillier, Colette Olive et Michèle Planel, en dialogue avec Benny Lévy et Charles Mopsik, à qui est confiée la première collection.

Cette maison, qui possède aujourd'hui une permanence dans le XXe arrondissement de Paris, publie dans les disciplines suivantes : littérature, arts et architecture, sciences humaines, philosophie et spiritualités.


Les incendiés, Antonio Moresco

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 10 Octobre 2016. , dans Verdier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Italie

Les incendiés (Gli incendiati), août 2016, trad. italien Laurent Lombard, 187 pages, 16 € . Ecrivain(s): Antonio Moresco Edition: Verdier

 

 

Voilà sans doute l’un des plus étranges récits qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Les climats et images que nous avions découvert dans La petite lumière ou dans Fable d’amour, à cheval entre une réalité concrète, dure voire brutale, et un monde onirique voire simplement fantastique et surnaturel, sont ici dans une oscillation encore plus affirmée entre ces deux mondes. De façon encore plus puissante, plus radicale, le style, les images, nous installent dans un onirisme hyperréaliste qui n’épargne ni le lecteur, ni le narrateur, ni ses personnages.

Tout au long du récit, il semble que nous soyons dans un long écho, de plus en plus déformé, lointain, du Rêve familier de Verlaine :

Daech, le cinéma et la mort, Jean-Louis Comolli (2ème critique)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 16 Septembre 2016. , dans Verdier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire

Daech, le cinéma et la mort, août 2016, 128 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Comolli Edition: Verdier

J.-L. Comolli, critique de cinéma aux Cahiers du Cinéma de 1962 à 1978, responsable de la rédaction entre 1966 et 1971, continue à écrire ponctuellement dans diverses revues comme Trafic, et Images documentaires. Il montre dans son dernier livre comment les formes du cinéma de Daech « plient et déplient des opérations de sens » afin que la manière de montrer devienne une forme de pensée sans pensée chez le spectateur. La « société du spectacle » chère à Debord devient à la fois agression et (paradoxalement) séduction que l’auteur identifie et décrit. Le cinéma ne se veut plus fiction, ni reportage. Il revendique « du » réel absolu propre à faire ingérer une croyance du même type.

Alors que dans le cinéma classique il n’existe jamais de « vraie » mort, tout ici se renverse. La mort de l’impie est donnée comme « pur » spectacle qui joue d’un côté sur le registre de la consommation d’image et, de l’autre, de la transformation du spectateur en suggérant en lui, et par l’horreur, une peur comparable à celle que devaient engendrer jadis (et parfois encore) les exécutions publiques. Il ne s’agit plus comme souvent dans le cinéma de proposer des images au goût du passé, de la nostalgie, mais d’impliquer des stimuli immédiats dans ce qui devient le point maximum de la pornographie : la mise à mort sans ligne de fuite pour le spectateur en de lancinantes répétitions des vagues meurtrières sur lesquelles la fascination (ou on l’espère le dégoût) du spectateur vient se briser inlassablement.

Daech, le cinéma et la mort, Jean-Louis Comolli

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 19 Août 2016. , dans Verdier, Les Livres, Essais, La Une Livres, La rentrée littéraire

Daech, le cinéma et la mort, août 2016, 128 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Comolli Edition: Verdier

« On peut imaginer que les décapitations filmées à Mossoul ont pu être vues moins de deux heures plus tard à Londres ou à Pékin. Par cette seule synchronisation, Daech apparaît comme maître du temps, régleur de calendrier. C’est l’une des raisons qui font que ces clips, brefs, ne soient pas montés, ou alors si peu : deux ou trois plans mis bout à bout. Retour de l’immémorial fantasme de l’image immédiate, image divine, apparition ».

Daech, le cinéma et la mort, condense dans son titre ce qui est en jeu dans la propagande maléfique filmée par les terroristes. Il s’agit de mettre la mort réelle en scène, de la rendre visible dans le monde entier et sur l’instant. Jean-Louis Comolli en cinéaste-penseur aiguisé, et en penseur-cinéaste affuté, met avec justesse ce projet funeste en lumière. Le support numérique qui a déjà enterré la pellicule cinématographique en finit là avec la mort jouée et toujours recommencée – le merveilleux clap, son silence et moteur, ça tourne –, qui n’a cessé d’habiter le cinématographe depuis les premiers films des frères Lumière. Les cinéastes artistes ont toujours pris leur distance avec la mort – Ford, Hitchcock, Bergman, Fuller (The Big Red One filme l’horreur des camps sans la montrer), Tourneur –, jeu de cache-cache scénarisé et cadré, mis en scène, il faut savoir la cacher, jouer sur ses fugaces apparitions et ses disparitions, dans tous les cas, préférer l’imaginaire à sa représentation.

Carnet de notes, 2011-2015, Pierre Bergounioux

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 18 Mai 2016. , dans Verdier, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres

Carnet de notes, 2011-2015, février 2016, 1216 pages, 38 € . Ecrivain(s): Pierre Bergounioux Edition: Verdier

 

Cinq ans de journal littéraire, Bergounioux

Avant-dire :

Faut-il aimer les diaristes, Léautaud (chaque fois je me repais de ces chroniques entre chats et Paris), Green (que loue un autre diariste proche, Lucien Noullez), pour faire de leur vie, exposée là, en petits éclats de réalité, la nôtre.

Pendant près de 1216 pages, hautes et copieuses, j’ai suivi la vie au quotidien du professeur des Beaux Arts de Paris, du romancier, du critique commentant tant de livres, du père et fils de famille, qui a pour les siens un souci de protection quasi maniaque, du sculpteur modelant des figures africaines dans des reliefs de tôles…

Depuis 1980, Pierre Bergounioux (né en 1949) tient son journal, dans des « Carnet de notes », tous les jours. Ce n’est pas pléonasme : véritablement tous les jours, même ceux de malaise (et ils sont nombreux), même ceux de fête et d’enterrement.

L’Année de la comète, Sergueï Lebedev

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 09 Mai 2016. , dans Verdier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman

L’Année de la comète, traduit du russe par Luba Jurgenson mars 2016, 312 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sergueï Lebedev Edition: Verdier

1986 est une année décisive pour l’histoire : celle de la catastrophe de Tchernobyl qui précéda l’écroulement de l’URSS, comme système politique. L’action du roman de Sergueï Lebedev, L’année de la comète, se déroule cette même année : un jeune narrateur, l’auteur du roman, évoque des histoires familiales, des souvenirs personnels, comme extraits d’un album de photos sépia. L’évocation de ces souvenirs et événements les plus divers ne reste pas anodine très longtemps : ce jeune soviétique ressent le caractère double de sa vie, celle d’un « octobrien », un membre de l’organisation qui regroupait alors les élèves soviétiques de huit à dix ans, et sa vie cachée, intérieure, celle d’un garçon à l’ascendance incertaine « petit-fils et fils de personne ». Toute la vision du monde du narrateur va en être influencée pour le reste de ses jours : « J’étais même horrifié de la rapidité avec laquelle cet état s’emparait de ma conscience, de l’intensité avec laquelle je percevais ma singularité ».

Ce qui va conditionner largement le destin de ce narrateur, c’est l’origine de ses deux grands-mères : grand-mère Tania et grand-mère Mara. Elles concourent toutes deux à son éducation, mais d’une manière fort différente, presque complémentaire eu égard à leurs origines : Mara est la paysanne, descendante de serfs. L’autre, Tania, noble de naissance, accepte la vie nouvelle tout en la rejetant intérieurement. Cette « mésalliance historique » n’est-elle pas le symbole de la Russie contemporaine ? Une difficile jonction du passé tsariste et du présent révolutionnaire ?