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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Persuasion, Jane Austen (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 04 Juin 2024. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Persuasion, Jane Austen, Folio Éditions spéciales, novembre 2023, trad. anglais, Pierre Goubert, 432 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jane Austen Edition: Folio (Gallimard)

 

Célébrons d’abord l’objet : une couverture cartonnée couverte d’une fine couche de velours gaufré bleu, et un ruban de même couleur en guise de signet. Ouvrir Persuasion dans cette belle édition, c’est s’abstraire quelque peu du monde de l’édition moderne pour retrouver le goût de lire un bel objet – quand bien même on est conscient de l’aspect commercial de cette proposition, qui donne un sentiment de luxe et d’ancien, voire de précieux. Nonobstant, c’est un beau flacon pour une belle ivresse littéraire, celle offerte par le dernier roman achevé par Jane Austen – et pourtant le plus négligé par la critique parmi l’œuvre de l’Anglaise.

L’histoire, comme toujours chez Austen, peut sembler complexe en ceci qu’elle met en présence de nombreux personnages avec des interactions fluctuantes, mais elle se résume comme suit : Anne Elliot, âgée de vingt-sept ans, a autrefois éconduit, sur les conseils de son amie Lady Russell, Frederick Wentworth parce qu’il n’était qu’un jeune officier de la Royal Navy à l’avenir incertain (« Elle avait renoncé à lui pour obliger les autres. Elle avait succombé à la persuasion. Elle avait été pusillanime et timorée ») ;

La Poésie comique, du Moyen Âge à nos jours, Collectif, Anthologie, Stéphanie Lecompte (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 22 Mai 2024. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Anthologie

La Poésie comique, du Moyen Âge à nos jours, Collectif, Anthologie, Stéphanie Lecompte, Folio+Lycée, novembre 2023, 272 pages, 4,20 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Dans l’imaginaire collectif, poésie rime le plus souvent avec mélancolie, parfois avec folie, courtoisie ou philosophie, mais rarement avec gauloiserie. C’est tout l’intérêt de la présente anthologie, à destination il est vrai d’un public scolaire, préparation du Bac 2024 oblige, que de faire sourire voire rire en vers – envers et contre tout, aurait-on envie d’ajouter, puisque quelques textes combattent par l’humour. En effet, en respectant la chronologie et en explorant différentes formes poétiques (le rondeau, le fatras, le coq-à-l’âne, mais aussi le sonnet ou le poème en prose), Stéphanie Lecompte propose un parcours souriant de l’histoire de la poésie française, y invitant les plus grands noms, de Rutebeuf à Tardieu en passant par Villon, Marot, Du Bellay, Scarron, Baudelaire, ou encore Rimbaud. Même Hugo, pourtant guère surnommé « le rigolo », est présent le temps d’une Chanson, extraite des Châtiments.

Honorine, Honoré de Balzac (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 13 Mai 2024. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Honorine, Honoré de Balzac, Folio Poche, novembre 2023, édition Jacques Noiray, 224 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Honoré de Balzac Edition: Folio (Gallimard)

Honorine, comme le féminin d’Honoré, comme un pendant féminin à l’auteur de la Comédie humaine – là où l’on fait dire à Flaubert « Emma, c’est moi ! » (citation apocryphe, n’en déplaise à la légende), pourrait-on faire dire à Balzac « Honorine, c’est moi ! ». Ce serait un peu vain, ce serait fouiller dans les poubelles biographiques pour chercher chez Balzac des traces d’adultère, de tourments existentiels liés à la fidélité à… l’amour. Par contre, on peut inférer de ce choix de prénom féminin l’idée suivante : Honoré refuse de juger Honorine, voire demande à ce qu’on considère sa destinée avec respect.

Cette destinée peut se résumer en quelques mots : Honorine est adoptée par la famille du Comte Octave, ce dernier l’épouse ; après quelques mois, cette demoiselle pure et emplie d’un désir amoureux (« sa rieuse imagination ignorait la corruption, peut-être nécessaire, que la littérature inocule par la peinture des passions ») abandonne le mariage pour vivre une aventure de dix-huit mois avec un amant qui la quittera lorsque le réel, sous forme de la misère et d’un enfant qui ne vivra que sept mois, rattrape le désir ; Honorine refuse alors de rentrer au domicile conjugal, malgré un mari aimant disposé à tout pardonner.

Avilion, Robert Holdstock (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 01 Mai 2024. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Iles britanniques

Avilion, Robert Holdstock, Folio, 2015, trad. anglais, Florence Dolisi, 528 pages, 9,90 €

 

« Je suis l’un des neuf aigles […]. Je suis l’un des neuf cerfs. Je suis l’un des neuf hommes perdus dans la forêt qui ont protégé une enfant. Je suis l’une des neuf voix. Je suis toute la vie qui s’est déroulée avant moi… ». Ainsi s’exprime Peredur, guerrier mythologique issu d’un fonds légendaire celtique, durant cette quête tant guerrière qu’existentielle qu’est Avilion. Ce roman est le cinquième et ultime volet d’une suite d’histoires relativement indépendantes les unes des autres et pourtant profondément imbriquées qui forment le cycle de La Forêt des Mythagos, création géniale et ambitieuse de l’Anglais Robert Holdstock étalée entre 1984 et 2009. Peredur s’exprime de la sorte car, comme chacun des personnages de ces cinq romans, il est une histoire et en contient de nombreuses à raconter, des histoires terribles puisque mythologiques, des histoires à la frontière entre notre monde et ceux contenus dans la forêt des Ryhope, des histoires racontant avant tout la quête de soi.

Peter Pan, James Matthew Barrie (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Avril 2024. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Peter Pan, James Matthew Barrie, Folio/Bilingue, octobre 2023, trad. anglais, Henri Robillot, 464 pages, 13,70 € Edition: Folio (Gallimard)

 

De l’œuvre de l’Écossais James Matthew Barrie, la postérité n’a retenu qu’une seule œuvre : Peter Pan. C’est aussi celle qui a échappé à son auteur comme peu d’œuvres le font, entre autres grâce à l’adaptation qu’en a réalisé Walt Disney en 1953. Avec Peter Pan, à l’origine une pièce de théâtre devenue roman en 1911, Barrie crée un archétype, celui de l’enfant qui refuse de grandir, dont la crainte se résume à ceci : « si j’allais me réveiller et sentir que la barbe pousse à mon menton ! ».

L’enfant ? Pas si sûr : il se pourrait que Barrie ait écrit le roman de la modernité, de l’homme moderne qui, pris dans les rets d’une vie mécanique, refuse son âge, refuse la vieillesse – refuse au fond la mort. Car même s’il la donne de bon cœur, Peter Pan craint au fond l’inéluctable, au point de se montrer cruel au possible, ainsi que Barrie l’explique lors de son retour au Pays de Nulle Part en compagnie de Wendy, Michael et John, alors qu’une sarabande infernale entoure l’île :