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L'Olivier (Seuil)

Les Editions de l'Olivier, que caractérise leur sobre et élégante couverture noire et blanche marquée d'une silhouette d'olivier, sont fondées en 1991 par Olivier Cohen comme filiale des éditions du Seuil.

Dès le départ, le parti pris est de mettre l'accent sur la littérature anglo-saxonne, avec des auteurs tels que Raymond CarverJay Mc InerneyCormac McCarthy, Henry Roth, Hubert Selby Junior, Michael Ondaatje ou, parmi une plus jeune génération, Rick Moodyou Jonathan Franzen.

 


Canada, Richard Ford

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire

Canada, traduit de l’anglais (USA) par Josée Kamoun 22 août 2013, 478 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Richard Ford Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il arrive rarement de savoir – en lisant un livre pour la première fois – qu’on a dans les mains un grand roman que nos descendants liront dans des décennies (siècles ?) encore. Canada est un livre immense, porté par le souffle éternel du grand roman initiatique à l’américaine, et hanté par les ombres tutélaires de Mark Twain ou de Charles Dickens. Plus proche, l’ombre du grand Raymond Carver, dont Ford fut l’ami. On peut se demander si Ford n’écrit pas là le roman que Carver n’a jamais écrit.

Roman d’apprentissage donc pour le jeune Dell , roman d’apprentissage de la vie passant par un dédale d’épreuves majeures. Avec Ford, on le savait depuis « Une mort secrète » (1976), le chemin de la vie n’est jamais une voie de gala mais un long chemin de souffrances. Il déclarait en 2002, dans une interview à un magazine français (Télérama) : « Les Américains aiment le bonheur. Moi, j'écris la désespérance. ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : Ford écrit le malheur avec une énergie, une vitalité, une puissance qui portent en elles l’incroyable déferlement de son écriture et la simplicité limpide des choses de la vie.

Trop de bonheur, Alice Munro

Ecrit par Grégoire Meschia , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Canada anglophone

Trop de bonheur, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2013, 320 pages, 24 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Trop de bonheur. Un titre quasiment philosophique qui décontenance quand on s’intéresse de plus près aux histoires qu’il contient. Du bonheur on en est loin. Ou alors faut-il redonner à l’adverbe son sens premier et négatif de démesuré, au-delà des limites. Tellement de bonheur qu’il disparaît. C’est en effet plus par son absence que le bonheur brille dans le texte.

S’il ne s’agit pas d’un ouvrage de philosophie, les nouvelles d’Alice Munro apportent néanmoins une certaine vérité sur l’existence. On peut tirer de chaque histoire un constat qui bien loin d’être moralisateur donne à voir des humains, comme vous et moi, en prise avec des situations de la vie quotidienne. Si ces vies ont d’abord la banalité du quotidien, quelque chose d’extraordinaire – un nœud – vient d’emblée noircir le tableau. Elles ont l’apparence du fait divers qui peut arriver à n’importe qui, mais qui peut se trouver d’un coup en première page d’un journal à scandale. Alice Munro dissèque les humains, elle les met à nu :

Freedom, Jonathan Franzen

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 21 Juillet 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Freedom, trad anglais (USA) par Anne Wicke, 718 p. 24€ . Ecrivain(s): Jonathan Franzen Edition: L'Olivier (Seuil)


Quel est l’objet (« objet petit a » dirait Lacan, désignant ainsi l’objet illusoire du désir) de la littérature ? Ou de la lecture pour être plus précis dans le moment de l’acte littéraire. Sempiternelle question de la quête. Mille réponses on le sait, parmi lesquelles, fréquentes, celles de la force des caractères, de la trépidation d’une histoire, de la magie d’une langue, de l’émotion nichée dans les recoins des phrases, en bas de la page 99 (toujours la page 99) et qui vous prend à la gorge parce que tout à coup, vous savez que l’auteur parle de vous, par exemple.

Etrange début pour un papier critique sur un livre. Nécessaire cependant pour expliquer ce qui constitue la collision entre « Freedom » et le déferlement médiatique qui l’a précédé avant son arrivée en France ! Rarement livre ne fut encensé avec tant d’élan outre-Atlantique, avec même couverture du Time ! « Freedom » est LE roman américain d’aujourd’hui peut-on y lire.


Et après la page 199 (pour rire), on se demande pourquoi.

Les eaux tumultueuses, Aharon Appelfeld (2ème recension)

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 27 Avril 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Israël

Les eaux tumultueuses, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, L’Olivier, 188 pages, 19 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

C’est une pension où, cette année-là, les habitués se retrouvent en très petit nombre, un lieu symbolique, près de ce fleuve dont les eaux séparent : « Rentrons. Ce parvis me fait peur.

– Pourquoi as-tu peur ?

– Je ne sais pas. J’ai parfois l’impression qu’ils souhaitent venir, et qu’on les en empêche » (p.82).

Microcosme d’une certaine Europe sur le point de disparaître, bientôt enfouie sous la barbarie, d’un monde où tout semble encore possible : y aller ou pas ? Là-bas. Franchir le pas, comme ce fleuve tumultueux qui déborde, qui inonde ses rives, garder la main ou tout jeter aux orties. Recommencer.

En proie à leurs démons – celui du jeu qui les dépasse, addiction qui les réunit aussi si elle ne les unit –, les personnages d’Aharon Appelfeld misent tout sur cette saison de jeu où ils vont se retrouver pour boire et se ruiner, jouer et se dépouiller. Et d’abord, de leur passé.

Les eaux tumultueuses, Aharon Appelfeld

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Avril 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Israël

Les eaux tumultueuses. Traduit de l'hébreu Valérie Zenatti Mars 2013. 188 p. 19 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

 

Appelfeld – dans ce roman écrit il y a 25 ans et fort heureusement traduit aujourd’hui enfin par l’excellent et fidèle Valérie Zenatti – nous propose le tableau fascinant d’un monde qui ne l’est pas moins. Fascination qu’exerce la désagrégation, la fin car nous sommes conviés, dans une étrange pension de vacances pour juifs aisés, à assister à une séquence troublante de la fin d’un monde.

Rita arrive, comme chaque année, à la pension Zaltzer pour ses vacances traditionnelles, partagées entre les jeux d’argent, l’alcool et d’éventuelles rencontres érotiques. Elle est la première à arriver, rejointe par bientôt par trois ou quatre autres habitués. Et ils attendent les autres. Bien lents à arriver. Viendront-ils ? Ne viendront-ils pas ? Appelfeld va utiliser cette attente comme une scansion à suspense. Le petit groupe va même, pendant tout le début du séjour, aller régulièrement à la gare, attendre les « arrivants ». Qui n’arrivent pas.