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L'Arpenteur (Gallimard)

 

Collection créée par Gérard Bourgadier, ancien représentant et chef de ventes, directeur des Éditions Denoël de 1982 à 1988, qui a choisi de la placer sous le signe du Château de Kafka. Œuvres de Christine Angot, Michka Assayas, Pierre Autin-Grenier, François Gantheret, Thierry Metz, Jean-Pierre Ostende… Meilleure vente : La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm. Série italienne dirigée par Jean-Baptiste Para, avec notamment Pietro Citati et Claudio Magris.

L’épitaphe, Felix Macherez (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

L’épitaphe/ Felix Macherez/ Editions Gallimard collection L’Arpenteur/ Mars 2026/ 152 pages/ 14€ Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

Le charme grave des excipits

En déambulant dans un cimetière, qui ne s’est pas attardé, un jour ou l’autre, sur telle ou telle tombe et les épitaphes qui y sont gravées ? On peut être intéressé, surpris, interrogé par certaines d’entre elles ? Quelques-unes ont choisi la sobriété. Simplement un nom et des dates, d’autres optent pour une citation religieuse, littéraire, philosophique ou purement personnelle. Le roman de Felix Macherez « L’épitaphe », publié dans la collection L’Arpenteur chez Gallimard, se focalise étrangement sur ce dernier texte qui vient clore le parcours d’une vie et qui accompagne de nombreux gisants.

On suit un personnage, Cid Sabacqs, aussi curieux que peut l’être son nom, dans une quête tout aussi étrange. Ce Cid Sabacqs n’est pas particulièrement sympathique, mais le protagoniste central d’un roman doit-il nécessairement l’être ? On le présente comme vaniteux, il cultive avec réussite « l’hostilité générale » à son égard, crache sur le « sale petit bonheur des hommes ». Il a trente-trois ans, l’âge de la maturité et semble las de tout, fatigué de la vie et des autres. Celui qui semble être un disciple de Cioran promène une « maigre et hautaine figure » parmi ses semblables ; il vit de désenchantement, d’ennui et de langueur.

Aimer sans savoir, être sans comprendre, Frederika Amalia Finkelstein (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 21 Décembre 2023. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Aimer sans savoir, être sans comprendre, Frederika Amalia Finkelstein, Gallimard, Coll. L’Arpenteur, octobre 2023, 136 pages, 16 € Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

« Cette chambre était celle de ma mère et c’est maintenant la mienne. Les chambres contiennent des strates de mémoire : elles sont comme les contes que l’on narre le soir aux enfants. Leur matière, leurs trésors se transmettent comme un flambeau, d’une mémoire à une autre, avec la tendresse et la fragilité d’un récit fantasque où tout est à peu près possible ».

Aimer sans savoir, être sans comprendre, est le troisième roman de Frederika Amalia Finkelstein, après L’Oubli, et Survivre, un roman de l’enfance et des origines, de l’Argentine où elles se cristallisent, roman de la perte et des disparitions. La narratrice revient dans l’appartement familial à Buenos Aires, d’où elle visualise sa maison d’enfance à Miramar, qui condense en un mot le désir de regarder la mer et d’avoir son regard qui s’y perd, ce roman est aussi celui du désir et du regard. L’appartement, cet îlot de vie et de résistance, a gardé toutes les traces vibrantes du passé, de ceux qui l’ont habité, sa mère, ses grands-parents, les murs l’ont protégé des atteintes du Temps et de l’oubli, pour sauvegarder la présence du défunt.

Mauvaise passe, Clémentine Haenel (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Mauvaise passe, août 2018, 128 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Clémentine Haenel Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

« Je conçois de le tuer, lui. Tuer celui qu’il est quand il se fait sombre et cassant, celui qui m’inquiète trop : quand il n’est plus en contact avec la vie, que ça le rend hostile. J’ai des sursauts de haine, mes doigts glissent le long de mes hanches et râpent ; ça colle et ça claque. J’en ai marre de ces mains qui sont des fontaines ».

Mauvaise passe est un roman électrique, violent, tremblant, hurlant. Un petit livre écrit au scalpel qui déchire le monde et l’art littéraire, et que pourrait saluer Georges Bataille. Mauvaise passe, comme on le dirait d’un corps marchandé, d’un corps qui se livre aux déchaînements des hommes – Je nettoie les plaies que la nuit a laissées sur mes côtes, et regarde mes seins, qui ont bleui–, ou d’un navire qui se risque dans un chenal de tous les dangers. Mauvaise passe est un roman qui sent l’alcool, le tabac, et le sperme, un roman qui se livre dans l’errance, et qui claque comme une paire de gifles, des coups et des mots. Un roman souffrant, et qui s’offre, comme le revendique la narratrice, un roman échevelé, glacé et glacial.

Survivre, Frederika Amalia Finkelstein

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Survivre, août 2017, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Frederika Amalia Finkelstein Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

« Je fais ce cauchemar de façon régulière depuis que j’ai vu la photographie sordide de la fosse du Bataclan. Quand je revois les corps troués, déchiquetés, abandonnés dans des positions humiliantes, quand je revois cette boucherie dans ma mémoire : j’ai la haine. Quand je revois le sang répandu sur le sol, un goût métallique, c’est comme si j’avais ce sang dans ma bouche, c’est comme si leur sang était mon sang, et de nouveau j’ai la haine ».

Survivre est un roman étourdissant, éblouissant, âpre, troublant, saisissant par sa force, sa rage, sa composition, un roman à l’écoute des morts. Ceux du Bataclan hantent ce roman inouï, comme ceux du 11 septembre nourrissaient celui tout aussi exceptionnel de Don DeLillo (1). Ces morts anonymes, puis identifiés, ces ombres transpercées, visages effondrés, ces corps mutilés, cette jeunesse sacrifiée, cette terreur qui s’immisce dans chaque regard, entre chaque page, font trembler Survivre, comme nous avons tremblé la nuit de ce crime contre nature, contre la vie, la pensée et la joie.

À la crête des vagues, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

À la crête des vagues, août 2016, 306 pages, 21 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

Lancelot Hamelin, dans son premier roman Le couvre-feu d’octobre, décrivait les destins divergents de deux frères, opposés sur l’attitude à adopter sur le conflit algérien. Dans ce second roman, c’est la question de l’intégration qui est abordée, et plus précisément celle de savoir si les individus, séparés par l’histoire, les mœurs, la religion, les classes sociales peuvent encore emprunter une passerelle pour communiquer ou tenter de faire connaissance. Cette dernière démarche est réussie par Karim, alias JKK. Ce jeune homme vit dans les quartiers nord de Marseille, de trafics de voitures volées, de recels de matériels automobiles qu’il organise avec Zohar, un copain originaire des Comores, et un vieux légionnaire sur le déclin, que tous deux visitent régulièrement pour leurs affaires. Par une chance extraordinaire, il parvient à rencontrer Laurélie, jeune fille fringante, séduisante, bourgeoise bien installée, dont les parents, Charles Mazargue, juge aux idées progressistes, et Thereza, son épouse, fille d’un docker syndicaliste, partagent ces mêmes idéaux.