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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Nuit de foi et de vertu, Louise Glück (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 15 Octobre 2021. , dans Gallimard, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Poésie

Nuit de foi et de vertu, Louise Glück, mars 2021, trad. américain, Romain Benini, édition bilingue, 160 pages, 17 € Edition: Gallimard

 

Alternant les poèmes plus longs et les textes plus brefs, la poète américaine, lauréate du dernier Nobel de Littérature (2020), nous oriente vers une poésie qui camoufle l’autobiographie sous des dehors étranges, des récits qui ont l’apparence de l’invention et des souvenirs qui sentent le vécu. Le mélange, réaliste et fantastique, entre passé et rêve, retient toute l’attention. On y perçoit la sève de qui veut se plonger dans le passé et la volonté de sertir le tout des outils de la création et du regard en surplomb. Le titre du volume, qui fait tantôt intervenir un garçon, tantôt une fille, dont chacun a un frère ou une sœur, provient d’un titre lu par un enfant le soir.

À ce propos, que d’images de nuit traversent ce livre, plein d’inquiétude et de foi en un passé où s’agrègent les parents, les frère et sœur, une tante. On sent bien sûr le désir ici de faire de la poésie un tremplin spirituel vers des strates peu explorées ; en quoi la séance d’analyse éclaire vraisemblablement un travail sur ces matières essentielles pour l’auteure.

Les nuits donc sont fécondes et engendrent ce qu’elles enregistrent de plus nu, de plus vrai, qui sourd de l’existence.

Les aventures d’un sous-locataire, Iouri Bouïda (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 13 Octobre 2021. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, En Vitrine, Cette semaine

Les aventures d’un sous-locataire, octobre 2021, trad. russe, Véronique Patte, 456 pages, 24 € . Ecrivain(s): Iouri Bouïda Edition: Gallimard

 

On pourrait d’abord croire lire avec ces aventures de Stalen le récit des pérégrinations picaresques d’un personnage haut en couleurs, drôle, attachant, capable d’un humour féroce mais toujours sensible et généreux. La dimension comique de ce roman saute aux yeux – en particulier dans les 150 premières pages – et fait d’ailleurs de cette lecture un temps de sourire réjouissant. Les déambulations de Stalen, dans un Moscou fascinant, glacial dessus, bouillant dessous, ramènent à la grande littérature d’aventure que Bouïda salue d’ailleurs par les titres qu’il donne à chacun des chapitres de ce roman :

Chapitre 1, Où il est question du bouton supérieur d’une chemise, de métamizole sodique et de diminution de frais d’entretien / Chapitre 2, Où il est question de la promiscuité de l’existence, d’une femme à la petite vessie et de poésie picaresque.

Sous l’imperturbable clarté, Choix de poèmes 1983-2014, Jean-Marie Barnaud (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 29 Septembre 2021. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Sous l’imperturbable clarté, Choix de poèmes 1983-2014, Jean-Marie Barnaud, Gallimard/Poésie, 2019, préface d’Alain Freixe, poète, 272 pages, 8,60 € Edition: Gallimard

 

Ce passant, qui explore saison après saison l’univers qui l’entoure, cherche à « y mettre de l’ordre », à y trouver une clarté qui ne soit pas évidente et première.

En de poèmes courts – le plus souvent – et limpides (ce vœu de clarté assigné dès le titre de l’ensemble), le poète se dit aussi passeur d’un quotidien où les éléments tremblent leurs sens, à l’aune de l’eau présente, celle qu’« on entend/ Ruisseler dans la terre noire », « Belle eau du lac » ou encore « l’eau (qui) blanchit/ légère au vent ».

Il s’agit alors de rameuter toute clarté, tout éclat, c’est celle, celui des voyages, la lumière des carnets que l’on tient, pour évincer la mort, l’abandon, l’exil. Les traces désordonnées du réel semblent échapper à quelque rangement, et toutefois le poète sait happer, « sans comprendre », « le peu de clarté/ qui tient à l’est ».

« Poursuivre une clarté », telle est la mission à laquelle s’invite le poète. Être l’hôte qui dispense des leçons de passé, à coups d’imparfait qui ressuscite les absents :

L’Iris sauvage (The Wild Iris), Louise Glück (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Mardi, 28 Septembre 2021. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie

L’Iris sauvage (The Wild Iris), Louise Glück, Gallimard Coll. Du monde entier, mars 2021, édition bilingue, trad. anglais (USA) Marie Olivier, 160 pages, 17 € Edition: Gallimard

 

En lisant L’Iris sauvage, on remarque vite que les mots qui se rapportent au je qui est présent dans presque tous les poèmes sont accordés parfois au féminin, parfois au masculin. C’est que l’identité de la voix qui s’exprime à la première personne varie au fil des pages. Dans les extraits suivants :

 

je me souviens

m’être allongée dans un champ

je suis prêt désormais

à vous imposer la clarté.

Je me suis réveillé ignorant dans une forêt

Perturbation, Thomas Bernhard (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 17 Septembre 2021. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Perturbation, Thomas Bernhard, trad. allemand, Bernard Kreiss, 220 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Thomas Bernhard Edition: Gallimard

 

Sombre journée ! Sombres pensées auxquelles est livré le narrateur ! Sombre tournée que, jeune étudiant autrichien, il effectue avec son père, médecin de campagne, qui l’a invité à l’accompagner dans l’itinéraire tortueux et bourbeux de ses visites habituelles à des patients repoussants dont l’état de morbidité, l’existence bornée, le rapport au monde, le mal-être latent, la méchanceté naturelle et les propos décalés plongent le lecteur dans un malaise permanent, oppressant et… prenant.

« Maintenant, dit [mon père], il emmenait plus souvent son fils, c’est-à-dire moi, il me fallait apprendre à connaître le monde, c’était absolument indispensable ».

Sombres décors, sombre vallée, sombre café, sombre moulin, sombres habitations, sombre château enfin, perché en haut de nulle part et surtout sombres spécimens de l’espèce humaine : tels sont les divers éléments de ce poignant itinéraire narratif, tel est le monde que le médecin veut que son fils connaisse.

« Il y avait en effet plus de brutes et de criminels à la campagne qu’à la ville. A la campagne, la brutalité tout comme la violence étaient fondamentales ».