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Belfond

La maison Belfond fut créée en 1963 par Pierre Belfond et Franca Belfond. Assez vite, en 1989, Pierre Belfond cèdera 53,4 % du capital de sa maison au groupe Masson, éditeur scolaire et scientifique. Le couple quittera la maison en 1991.

En 1993, Belfond fusionne avec les Presses de la Renaissance, à laquelle viendront s'ajouter différentes filiales comme Acropole en 1981, Le Pré aux clercs en 1983, les Éditions 1900 en 1987 et l'Age du Verseau en 1988 qui seront ensuite toutes regroupées sous le nom des éditions Belfond. Aujourd'hui, Belfond fait partie du département Place des éditeurs, filiale d'Editis, deuxième plus grand éditeur français après Hachette de, au chiffre d'affaires de 751 100 euros en 2009. C'est grâce aux nombreux coups commerciaux de Pierre Belfond que la maison occupe désormais une place de choix dans l'édition française et possède un catalogue d'environ 400 titres, à raison d'une centaine de publications par an.


Treize façons de voir, Colum McCann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 16 Juin 2016. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Nouvelles

Treize façons de voir (Thirteen ways of looking) Avril 2016. Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre. 304 p. 20,50 € . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: Belfond

Colum McCann est une des plus grandes plumes européennes d’aujourd’hui. Depuis le chant du coyote (Songdogs 1995) à ce fabuleux Treize façons de voir , il déroule une œuvre d’une cohérence, d’une exigence, d’une puissance jamais démenties. McCann est un magicien de la langue, dans la grande tradition irlandaise, et ce recueil de nouvelles vient encore ajouter à son statut de grand styliste.

Recueil de nouvelles disions-nous ? Pas vraiment, car l’opus commence par un véritable roman, Treize façons de voir, de 178 pages, qui précède 4 nouvelles. Un roman prodigieux dans son art narratif, dans le génie portraitiste que déploie McCann – en particulier pour le personnage central de Mendelssohn (il ne s’agit pas du musicien, même si ce Mendelssohn aime beaucoup la compositeur). Il ne faut pas mille pages à notre écrivain pour camper des figures profondes, inoubliables. Il lui suffit de posséder un art consommé du mot exact, une véritable économie lexicale qui lui permet la brièveté. Si McCann est « nouvelliste » (ce qui, encore une fois se discute, il s’agit d’un roman), alors c’est à Raymond Carver qu’il doit son art de la condensation. Mais McCann est un romancier et il ne doit à personne la magie de ses univers, ni à la précision d’orfèvre de son écriture, qu’il compare au travail de recherche de la police scientifique observant les images des caméras de rue. Et McCann nous livre là une clé essentielle à son roman :

Haute Tension à Palmetto, Erskine Caldwell

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 11 Juin 2016. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Haute Tension à Palmetto, novembre 2015, trad. de l’américain par Anne Villelaur, 250 pages, 15 € . Ecrivain(s): Erskine Caldwell Edition: Belfond

En caricaturant de façon plaisante, on peut diviser les amateurs de littérature en deux catégories : ceux qui adorent Erskine Caldwell (1903-1987) et ceux qui n’ont jamais lu La Route au Tabac (1932) ou Le Petit Arpent du Bon Dieu (1933). Les premiers savourent des romans truculents où toute la bonne société bien pensante du Sud des Etats-Unis est écornée au passage ; les seconds ont tout le temps de s’y mettre, d’autant que les éditions Belfond ont décidé de donner à la bibliographie de Caldwell une seconde jeunesse, et que, après Le Bâtard en 2013, c’est au tour de Haute Tension à Palmetto d’entrer dans la collection Vintage de cette maison d’édition.

Ce roman, publié en anglais en 1950, bénéficie désormais, outre d’un titre digne de la Série Noire aux grandes heures de Marcel Duhamel, d’une couverture pop-art représentant une jeune femme aussi avenante qu’alanguie, le tout avec une forte dominante rouge ; plus attirant pour l’œil, on fait difficilement mieux. Reste à vérifier si le ramage vaut bien le plumage et, comme d’habitude avec Caldwell, on est servi : Haute Tension à Palmetto est une charge féroce contre la bêtise, n’épargnant personne, à commencer par son héroïne, Vernona Stevens, jeune institutrice portant un pullover jaune moulant un peu trop bien ses formes voluptueuses et attirantes pour tous à Palmetto, riante bourgade de cinq cent quarante-huit habitants dont les bancs des deux églises, méthodiste et baptiste, sont pleins chaque dimanche.

Meyer et la Catastrophe, Steven Boykey Sidley

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 30 Mai 2016. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman

Meyer et la Catastrophe, octobre 2015, trad. anglais (Af Sud) Valérie Bourgeois, 350 pages, 21 € . Ecrivain(s): Steven Boykey Sidley Edition: Belfond

La quatrième de couverture est engageante : « Révélation des lettres sud-africaines, grand provocateur devant l’éternel, dans la lignée d’un Philip Roth ou d’un Joseph Heller, Steven Boykey Sidley livre un roman explosif, oscillant entre humour dévastateur et réelle émotion, sens de l’absurde et réflexions métaphysiques ». Le moins que l’on puisse dire est que ce bref texte de présentation donne envie de lire le troisième roman de Boykey Sidley, le premier traduit en français, Meyer et la Catastrophe (Imperfect Solo en version originale, ce qui correspond un rien plus au sens global du roman – on y reviendra). On s’attelle donc à sa lecture, plein d’espoir – et patatras, la déception est au rendez-vous !

Le premier motif de déception peut sembler risible mais est bien réel : lorsqu’on annonce qu’un auteur est la « révélation des lettres sud-africaines », on s’attend à ce que le roman ainsi promu évoque l’Afrique du Sud d’une façon ou d’une autre, à la Philip Roth, puisque ce dernier est mentionné en guise de référence, ou, pourquoi pas, à la Tom Sharpe – d’autant qu’on annonce un auteur « grand provocateur devant l’éternel ». On se dit qu’on va déguster une satire de l’Afrique du Sud contemporaine, portée par un style enlevé ; un roman qui dirait tout de ce pays dans un grand éclat de rire salvateur. Las ! Rien de toute cela : Joshua Meyer, le personnage principal de ce roman, vit et travaille sur la Côte Ouest des Etats-Unis, et si satire il y a, elle est aussi involontaire que légère et a pour cible le mode de vie de Meyer – encore que…

Des petites filles modèles, Romain Slocombe

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 04 Mai 2016. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des petites filles modèles, janvier 2016, 304 pages, 18 € . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Belfond

 

« Sais-tu rien de plus doux, ô mon amie qui tremble, que d’être là, tous deux… les yeux ravis, les cœurs mêlés, les mains ensemble ? »

Faut-il le rappeler, la Collection Remake aux éditions Belfond est d’une grande qualité, toujours singulière tant du point de vue du choix des écrivains contemporains que des œuvres choisies de notre héritage littéraire. Cette fois-ci, c’est Romain Slocombe qui s’y frotte ! Auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe, aimant le Japon et ses « signes » sadomasochistes, Slocombe revisite Les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. On devrait plutôt dire qu’il s’y prélasse, au service d’une jubilation du désir dont le plaisir tout court nourrit notre âme d’une question lancinante : est-ce que le bien ou le mal est au service du désir, au service de la perversion ?

À la suite de travaux d’agrandissement d’un parking situé à proximité de l’église de Rennes-le-Château, dans le département de l’Aude. Un manuscrit anonyme est découvert dans un cercueil en plomb. Écrit entre 1925 et 1930 apparemment par une femme et qui était posé à côté du corps de la défunte.

Les Hors-Venus, Claire Julliard

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 22 Avril 2016. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Hors-Venus, février 2016, 272 pages, 18 € . Ecrivain(s): Claire Julliard Edition: Belfond

 

Drôle de premier roman que donne ici Claire Julliard, dans lequel la narratrice (qui s’exprime en « je ») est une adolescente qui fuit, avec deux gardes du corps, la secte où elle est retenue prisonnière et cherche protection sur une île semi-déserte. On y retrouve des réminiscences de très bons romans dystopiques pour la jeunesse – Le Passeur de Lois Lowry (1994), lui-même inspiré du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley (1932) –, ainsi que de romans d’aventure ou robinsonnades comme L’Ile mystérieuse de Jules Verne ou L’Ile au trésor de Robert Louis Stevenson. Le titre est lui-même inspiré du titre d’un poème de Jules Supervielle, Le hors-venu, qui illustre la figure du réfugié.

Les relations entre les personnages de ce huis-clos à trois, puis quatre personnages – Mikael, le détective infiltré et lâché par la police, Harlan le gorille dépressif et Bienvenu Bonfeuille, dit Le Gabelou – se font tour à tour amicales puis tendues. Le personnage de Mélanie fait preuve d’une résilience extraordinaire lorsqu’on apprend et comprend les tourments que la jeune fille a endurés auprès du gourou de l’Eglise de la Sainte-Lumière cosmique, Jordan Kimmel, stéréotype du dictateur paranoïaque, dont Mylène, la mère de Mélanie, est l’une des proches. Du désert du Nouveau Mexique à la Polynésie française, le voyage romanesque est dépaysant, très couleur locale :