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Espaces 34

 

Les Éditions Espaces 34 : théâtre contemporain, théâtre du XVIIIe, traductions et théâtre jeunesse.

 

Elles deux, Emmanuel Darley

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 26 Septembre 2016. , dans Espaces 34, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Elles deux, 50 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Emmanuel Darley Edition: Espaces 34

 

« Deux vies »

La courte pièce d’Emmanuel Darley, Elles deux, est un triptyque du temps : le temps de l’avenir rêvé de l’adolescence d’abord, ensuite celui du passé qui sépare les êtres en chemin et enfin celui du temps de la mémoire qui s’efface. La vie de deux filles qui ne font qu’une (1), celle de Pouffe et de Glousse qui disparaît (2), et celle de « deux vieilles assises » en quête de leurs souvenirs (3).

Elles deux sont des copines, indissociables, comme des sœurs siamoises de la langue et de la grammaire et de la dramaturgie : Daley écrit pour la première réplique la didascalie ELLES pour désigner ces personnages, reprend souvent l’adverbe « ensemble » ou encore « l’une et l’autre » (p.12) ; leur donne la parole à travers le pronom « on ». Un metteur en scène pourrait très bien faire tout aussi bien dire le texte à une seule voix ou deux voix, qui prendraient en charge telle ou telle partie, de manière interchangeable. Emmanuel écrit deux fois la même page, au mot près. Gémellité des voix dramatiques (p.20.21.22). Les deux filles aiment paresser sous la couette, choisir leur tenue ensemble, se dire « tout pareil ensemble on fera » (p.11). Elles rêvent de travailler pour le cinéma, le théâtre, le monde du spectacle : devenir maquilleuse, costumière, chanteuse.

Défaut de fabrication, Jérôme Richer

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 01 Juin 2016. , dans Espaces 34, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Défaut de fabrication, avril 2016, 60 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jérôme Richer Edition: Espaces 34

 

« Une femme, un homme »


Défaut de fabrication fait partie d’un diptyque que J. Richer consacre au monde ouvrier. D’un côté, une pièce chorale, Nouveau monde, et de l’autre sur le versant de l’intimité d’un couple, Défaut de fabrication, pièce distribuée pour deux personnages : la Femme, l’Homme (p.8). Le texte se construit tout entier d’une part sur la parole en dialogues et en monologue (parties 1 et 2) et un effet de réel, à travers les très nombreuses et très détaillées didascalies descriptives comme notamment celle qui ouvre la pièce (p.9-10). Les trois premières phrases servent à caractériser le milieu social des personnages sans nom :

La cuisine d’un appartement HLM. Dans une tour. En périphérie d’une grande ville.

Votre regard, Cédric Bonfils

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 05 Mai 2016. , dans Espaces 34, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Votre regard, février 2016, 34 pages, 10 € . Ecrivain(s): Cédric Bonfils Edition: Espaces 34

 

« Les isolés »

J’emprunte à l’auteur de l’épigraphe inaugurale du texte de Cédric Bonfils, l’idée que « nous sommes tous des isolés » mais cet isolement peut être brisé. Elle me sert de titre car c’est sans doute de cela dont il est question dans ce court monologue ou plutôt dans cette adresse à l’autre, qui cherche la réponse toujours de celle qui jamais ne fera entendre sa voix. Le locuteur est un homme, qui peu à peu se dévoilera, comme la nuit va vers l’aube et une femme sans nom qui dort sur un canapé dans son appartement, un inquiétant couteau dans la main. Son enfant dort dans la pièce d’à côté. Il veille sur elle ; il la protège de la violence du monde, de celle d’un homme, de celle de ses cris de ses hurlements. Au début du texte, il lui répète : Ça va aller (p.9 puis 15)

Il est aussi comme « une veilleuse », une lumière jetée sur leurs deux vies. Il ne cesse de l’interroger avec sollicitude sur son état (les phrases interrogatives sont très nombreuses). Quant à lui, il va par bribes découvrir ce qu’est son existence. Sa parole se constitue de blocs suivis d’espaces, d’élans à nouveau pris vers cet échange nocturne dont la matière est silence et parole. Il s’agit d’une rencontre soliloque et pourtant décisive, paradoxalement évidente. Ne dit-il pas, p.16 :

Issues, Samuel Gallet

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 24 Mars 2016. , dans Espaces 34, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Issues, janvier 2016, 96 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Samuel Gallet Edition: Espaces 34

 

L’Atelier/Théâtre

L’histoire du mot atelier nous apprend qu’il signifiait tout d’abord tas de bois, puis par extension le lieu où un artisan travaille le bois. Ainsi le texte de Samuel Gallet est-il l’atelier d’une écriture dramatique non seulement en raison de la première situation, du premier lieu de l’action, à savoir l’atelier d’écriture dirigé par Boris pour trois détenus, qui se tient dans la bibliothèque d’une prison et qu’il met en place, mais aussi parce que l’ensemble de la pièce emprunte tout le chemin créatif théâtral de l’écriture à une tentative de jeu.

L’histoire du théâtre connaît une longue lignée d’œuvres dans lesquelles le théâtre se représente lui-même, se met en abyme, de Shakespeare à Molière ou Marivaux, de Pirandello à Genet entre autres. On se souvient notamment dans Le Songe d’une nuit d’été, à l’acte I, de la présence d’une troupe de comédiens amateurs préparant une pièce, à l’occasion du mariage d’un prince. Samuel Gallet lui aussi fait de sa pièce à la fois un laboratoire (Boris fait travailler les détenus sur des méthodes, des expérimentations du langage comme les listes de mots à faire émerger  en vue d’un cut-up ou d’un jeu à partir de lettres (p.15 et suivantes), mais également une construction, une réalisation textuelle : la pièce de théâtre poétique avec son titre Issues, sa liste de personnages (p.51-2).

Le camp malheureux suivi de La londonienne, Thibault Fayner

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 01 Mars 2016. , dans Espaces 34, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Le camp malheureux suivi de La londonienne, 2015, 60 pages, 12,80 € . Ecrivain(s): Thibault Fayner Edition: Espaces 34

 

London calling

Les Editions espace 34 réunissent en un seul volume deux textes de Thibault Fayner, deux textes qui en quelque sorte se suivent au sens strict du terme puisque nous retrouvons Morgane, Poulette la chanteuse, et Thomas Bernet, l’acteur dans le second, selon le principe du retour des personnages et du prolongement de leur existence avec à nouveau le décor londonien. Pourtant chacune de ces pièces conserve sa trajectoire, et son écriture propre.

Le Camp des malheureux constitue l’entrée dans l’œuvre : le texte dès ses premières lignes se donne comme un récit de voix. Ici nul personnage théâtral construit sur des dialogues, des répliques. Thibault Fayner introduit quelque chose d’incertain, d’instable autour des figures. Le verbe dire revient sans cesse en tant que matière première textuelle et ce dès le début :

Tes amis disent (p.9)

Mes amis disent (p.24)