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Sabine Wespieser

Les Éditions Sabine Wespieser est une structure littéraire indépendante éditant des textes de fiction, française et étrangère


Sa préférée, Sarah Jollien-Fardel (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 05 Septembre 2022. , dans Sabine Wespieser, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Sa préférée, Sarah Jollien-Fardel, août 2022, 200 pages, 20 € Edition: Sabine Wespieser

 

Les romans qui décrivent des relations familiales marquées par la violence, la terreur, la haine, sont passablement nombreux dans la littérature aussi bien classique que contemporaine. Ceux qui rappellent l’importance de l’attachement à ses racines, à sa terre sont loin d’être rares. Celui de Sarah Jollien-Fardel est à la confluence de ces deux genres. Jeanne est la narratrice, elle relate dès le départ la violence endémique de son père, un homme rustre, sans éducation, pervers et marqué par un sadisme dévastateur. Sa sœur partage avec elle ces moments fréquents de peur, d’appréhension durant lesquels elle se demande quel geste il va commettre, tellement il est imbibé par l’alcool : « Moi, je voulais entendre. Déceler un bruit qui indiquerait que cette fois, c’était plus grave. Écouter les mots, chaque mot : sale pute, traînée, je t’ai sorti de la merde, t’as vu comme t’es moche, pauvre conne, je vais te tuer. Derrière les mots, la haine, la misère, la honte ».

Suite en do mineur, Jean Mattern (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Mars 2021. , dans Sabine Wespieser, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Suite en do mineur, Jean Mattern, mars 2021, 161 pages, 17 € Edition: Sabine Wespieser

 

Comment faire face à la douleur d’une rupture, comment amortir le choc d’une perte ? C’est à ce questionnement qu’est consacré le roman de Jean Mattern, Suite en do mineur.

Robert Stobetzky est un homme d’âge mur, qui participe à un voyage organisé en Israël, par l’entremise de son neveu Emile qui l’a poussé à l’accomplissement de ce déplacement. Prisant très moyennement les circuits organisés, Robert, juif non pratiquant, dont les parents originaires d’un shtetl ukrainien ont miraculeusement échappé à la déportation en se cachant dans la campagne française, s’isole rapidement du groupe. Il arpente la Via Dolorosa dans la vieille ville de Jérusalem et croit y reconnaître Madeleine, une femme qui l’a aimé et déniaisé il y a trente ans à Paris en 1969.

Cette vision d’un autre temps devient alors le prétexte pour démêler les fils de la mémoire, ses mécanismes, ses lois parfois. Ainsi, le narrateur revisite-t-il la notion de deuil et parvient à la circonscrire et la définir :

Girl, Edna O’Brien (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 04 Novembre 2019. , dans Sabine Wespieser, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Girl, septembre 2019, trad. anglais, Aude de Saint Loup, Pierre-Emmanuel Dauzat, 256 pages, 21 € . Ecrivain(s): Edna O'Brien Edition: Sabine Wespieser

 

Edna O’Brien est née en 1930 ; elle n’a cessé de bâtir une œuvre de romancière, de nouvelliste, de scénariste ou de dramaturge dont la figure tutélaire centrale est la fille. Les titres de sa trilogie en témoignent : The country girls, en 1960, The lonely girl, en 62, et Girls in their married bliss en 64. Son dernier texte introduit à nouveau cet « être romanesque » de manière épurée sans article ou définition précise, et pour nous lecteurs français, sans l’écran de la traduction à la différence de ceux de la trilogie qui eux ont été traduits. Girl, seule et livrée à elle-même aux confins du Nigéria. Un universitaire pourrait d’ailleurs dénombrer le nombre d’occurrences de ce mot et il constaterait qu’il revient sans cesse. « Girl » est l’une des « filles du Nord-Est du Nigéria » de la dédicace, « une des filles souillées » dans Les Troyennes d’Euripide, convoquées en seconde épigraphe et surtout, elle est la toute première phrase du roman en lettres capitales : J’ETAIS UNE FILLE AUTREFOIS, C’EST FINI.

Mangées Une histoire des mères lyonnaises, Catherine Simon

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans Sabine Wespieser, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire, Voyages

Mangées Une histoire des mères lyonnaises, février 2018, 260 pages, 21 € . Ecrivain(s): Catherine Simon Edition: Sabine Wespieser

 

Le sous-titre de l’ouvrage donne une indication des investigations auxquelles Catherine Simon s’est livrée. Qui étaient ces « mères lyonnaises », et en quoi méritaient-elles un livre ?

Ces mères lyonnaises sont toutes ces jeunes femmes, issues pour la plupart de la campagne lyonnaise ou des proches régions de l’Ain, qui se retrouvent au début du vingtième siècle à Lyon pour se « placer » chez des patrons bourgeois en tant que bonnes, ou à faire le service dans des petits cafés où l’on servait aussi de quoi nourrir les ouvriers du quartier de la Croix-Rousse par exemple. Leur exil de la ferme familiale avait pour raison essentielle la misère (une bouche de trop à nourrir…) ou parfois des comportements incestueux. C’est dire aussi que la vie avait forgé un caractère affirmé chez ces jeunes femmes à qui il ne fallait pas en raconter.

L’Ombre des grenadiers, Tariq Ali

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 16 Janvier 2018. , dans Sabine Wespieser, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

L’Ombre des grenadiers, octobre 2017, trad. anglais Gabriel Buti et Shafiq Naz, 412 pages, 13 € . Ecrivain(s): Tariq Ali Edition: Sabine Wespieser

 

L’ombre des grenadiers pour Tariq Ali, c’est celle de la Granada maure, le souvenir nostalgique des splendeurs de la Gharnata berbéro-musulmane, perle éclatante sur un riche collier de sept siècles de présence berbère sur la péninsule ibérique.

Le roman commence juste après la chute du royaume de Grenade, conquis par les troupes castillanes d’Isabelle la Catholique. Le Prince de l’Eglise Ximenez de Cisneros a reçu de sa souveraine mandat de rechristianiser la région, dont la plupart des habitants, citadins et ruraux, sont musulmans. Son premier acte est d’ordonner une gigantesque rafle, dans les bibliothèques publiques et privées, de tous les ouvrages savants écrits en arabe et d’en faire un autodafé géant sur une place de Grenade devant une masse représentative de musulmans de toutes conditions, amenés de force par l’armée pour assister au spectacle de l’anéantissement symbolique de leur culture andalouse séculaire, acte barbare préludant à l’éradication programmée, par le feu, le fer et la torture, de la religion musulmane sur le territoire redevenu espagnol, et la mise en œuvre macabre des tribunaux de l’Inquisition.