Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (par Alix Lerman Enriquez)
Combat toujours perdant, Michel Houellebecq, Flammarion
Nous oublions trop souvent qu'avant d'être un célèbre romancier, Michel Houellebecq s'est fait connaître en tant que poète. Ainsi, ses précédents recueils (dont le très beau Configuration du dernier rivage ainsi que La poursuite du bonheur, Renaissance) nous font découvrir une poésie romantique et désabusée souvent érotique. Dans ce dernier recueil, d'un rythme et d'une facture souvent très classique où les vers en alexandrins et les rimes s'entrecroisent pour donner à l'ensemble un style limpide, épris d’harmonie, Michel Houellebecq ne déroge pas à cette règle. L’écrivain reprend ses thèmes favoris : l'amour, l’humour, le sexe, la déchéance de l'homme et bien sûr la mort.
Heureusement, au creux de la plus grande noirceur, l’humour grinçant de l’écrivain n’est jamais loin. Tel en témoigne ce poème sous forme d’annonce immobilière où le cocasse rivalise avec le ridicule de la situation.
« L’entrée est spacieuse, le salon lumineux, le balcon filant et c’est important, l’agent immobilier y revient à deux reprises ; les deux chambres comme le salon lumineux y ont accès ; ne pourrait-on imaginer la vie d’une famille recomposée se déroulant en grande partie voire en totalité, sur ce balcon ? » écrit Houellebecq avec une ironie mordante.
Ainsi, à la lisière du tragique et du comique, du drame et du burlesque, le rire sardonique de Houellebecq sauve ce recueil poétique d’une extrême mélancolie.
Cependant, bien davantage que dans ses précédents opus poétiques, l’on sent poindre dans ce « Combat toujours perdant », à la fois beau et profond, une amertume vivace assortie d'une capitulation définitive face à la mort, au vieillissement prématuré des êtres et des choses, d’autant plus violent que la société qui nous entoure devient, selon Houellebecq, adepte d’un jeunisme et d’une haine épidémique de la vieillesse. Pour Houellebecq, la légalisation de l’euthanasie en est un exemple patent. Ainsi dans le poème « Combat toujours perdant qui donne son titre à l’ouvrage, écrit- il cynique :
« On ne demandera qu’une mort sans souffrance,
Une combinaison de différents produits
Pour vous aider un peu à traverser la nuit
Une combinaison de différentes substances,
Combat perdu d’avance. »
Mais au-delà de la critique de la possibilité de choisir sa mort, choix que l’écrivain considère sordide, il y a l’absolue fatalité du sort de l’homme qui, malgré l’intermède de la vie, si fugace, si volatile et poignant, retourne inéluctablement au néant : « Il se réveille un matin avec la pensée de la mort, et comprit qu’il n’en aurait plus d’autre. »
De nombreux vers de son recueil sonnent d’ailleurs comme une véritable épitaphe. Ces vers semblent décrire avec une acuité à laquelle seule Houellebecq nous a accoutumés, l’inanité et l’absurdité de toute existence humaine.
Que peut-on donc rajouter à ces vers presqu’ultimes du recueil et d’une justesse si flagrante ? :
« La solitude en moi se creuse
Et je répète que je vais bien
Je me dirige vers le rien
Et la fin sera silencieuse ».
Rien justement ! Sinon le recueillement et le silence…
Alix Lerman Enriquez
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