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Les éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).


14, Jean Echenoz

Ecrit par Romain Vénier , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

14, Octobre 2012, 124 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

Après sa trilogie de biographies (Ravel en 2006, Courir en 2008 et Des Éclairs en 2010), dans laquelle il croquait successivement les vies du compositeur de Boléro, de l’athlète Emil Zatopek et du physicien Nikola Tesla, Jean Echenoz revient à une forme romancée qui ne s’appuie pas sur une vie documentée.

14 est un titre d’une grande simplicité : deux caractères, un nombre pour évoquer tout le terrible de la première guerre mondiale. Titre court comme l’auteur semble les apprécier, si l’on en croit ses précédents romans, court comme le livre lui-même, mais qui laisse ouvert l’éventail des possibles tant il est simple et nu : il ne fait que cadrer, poser un repère temporel. Ce titre est à l’image des livres d’Echenoz, concis, nets, parfois brutaux. Ce qui n’empêche jamais une fantaisie bien particulière qui fait leur piquant.

Soit donc ici quelques amis, ainsi qu’une fiancée qui restera en observatrice, loin des gaz et des tranchées. Les cinq, partis au front, auront tous droit à une petite attention, qui à son moment de gloire, qui à sa fin décrite par le tranchant d’une phrase de fin de paragraphe, comme on fendrait en deux une buche sur un billot, qui à une soudaine envie satisfaite, une nuit, et promesse de renouveau.

Le tombeau d'Oedipe, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 24 Juin 2012. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Théâtre

Le tombeau d’Œdipe, Minuit, 2012, 200 pages, 16 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

Deux livres de plus. Une notice de moins. Un monument, un document. Robert Davreu annonce clairement la couleur, de sa voix timide et ténue : « Dans mes traductions de Sophocle, je n’ai pas souhaité céder à la vulgarité ambiante… Je n’ai pas voulu, sous prétexte de communication, tomber en-dessous du niveau de la véritable transmission… ». Si la phrase de Sophocle est longue et nourrie de subordonnées, la traduction doit suivre. Œdipe Roi n’abonde pas en longueurs. Quand le phrasé s’allonge, c’est qu’il faut du temps, prendre le temps, le laisser être, s’abandonner à ses rythmes, rythmes, essences de la forme, nécessaires à l’encaissement des informations, les très mauvaises nouvelles, les sinistres présages des protagonistes, les augures funestes de Tirésias.

L’essai de William Marx soutient une thèse qui n’est paradoxale qu’en apparence : ce qu’on désigne comme tragique n’a plus rien à voir avec la tragédie grecque. La prouesse de William Marx est de démontrer cette évidence en la démontant grâce à des arguments imparables, des rapprochements surprenants et si justes, en un grand ensemble dont le fil est la dernière pièce de Sophocle, la dernière tragédie grecque connue : Œdipe à Colone. Colone, lieu du tombeau précisément d’Œdipe, tombeau introuvable, aussi perdu et oublié que l’existence de toute tragédie stricto sensu.

L'urgence et la patience, Jean-Philippe Toussaint

, le Mardi, 01 Mai 2012. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Récits

L’urgence et la patience, Éditions de Minuit 2012, 107 p. 11 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Toussaint Edition: Les éditions de Minuit

« D’ordinaire, l’urgence préside à l’écriture d’un livre et la patience n’est que son complément indispensable, qui permet de corriger ultérieurement les premières versions du manuscrit ».

Au travers de différents petits récits, Jean-Philippe Toussaint nous fait voyager dans son univers, dans son parcours d’écrivain, mais peut-être et surtout dans sa vie tout simplement.

« J’ai oublié l’heure exacte du jour précis où j’ai pris la décision de commencer à écrire, mais cette heure existe, et ce jour existe… »

Dans la première partie de cet essai, il nous fait partager l’urgence et patience qu’il éprouve dans son travail d’auteur.

« L’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse ; et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l’effort. Mais elles sont pourtant indispensables l’une et l’autre à l’écriture d’un livre, dans des proportions variables, à des dosages distincts, chaque écrivain composant sa propre alchimie, un des deux caractères pouvant être dominant et l’autre récessif, comme les allèles qui déterminent la couleur des yeux ».

Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ? Pierre Bayard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? Janvier 2012, 160 p., 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Attention : Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? de Pierre Bayard est un livre qui casse les mythes, qui brise les rêves… C’est cruel, mais certains voyages, et donc certains récits, seraient trop beaux pour être vrais. Si des voyageurs, des explorateurs, des baroudeurs, des bourlingueurs ont bien sillonné la planète, d’autres, après avoir pesé les contraintes inhérentes au voyage, ont estimé qu’il était « plus sage » de fréquenter le monde « sous d’autres formes que celle du déplacement physique ». Ces « voyageurs casaniers », dont il est question dans ce livre, ne sont jamais allés dans les lieux dont ils parlent, « ce qui ne les a nullement empêchés d’être intarissables à leur propos et de nous les rendre, grâce à la force de l’écriture, souvent plus présents que n’ont su le faire ceux qui avaient jugé indispensable de s’y déplacer ». Il est vrai que l’on peut lire de la bonne littérature policière sans pour autant qu’elle soit écrite par des bandits ni des criminels.

Commençons par quelques voyageurs célèbres pour lesquels il est admis que les écrits ne sont pas – ou probablement pas – liés à un réel déplacement. Pierre Bayard les classe en plusieurs types.

Tropiques, Clément Rosset

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Tropiques, Cinq conférences mexicaines. Ed. De Minuit. 2010. 92 p. . Ecrivain(s): Clément Rosset Edition: Les éditions de Minuit

 

Clément Rosset est des plus importants philosophes actuels. Actuel parcequ'inactuel, intempestif et internel. Deleuze l'a salué comme tel. Rosset lui a rendu un hommage aussi important que celui de Foucault dans un numéro de l'Arc : Sècheresse de Deleuze. Rosset ne lui a pourtant jamais fait de courbettes. Il l'a çà et là critiqué et complété. Mais Rosset n'est pas seulement un grand philosophe. Il a brisé le mur de Berlin que certains ont érigé entre la philosophie et la littérature. D'abord en nourrissant sa philosophie de ce qui n'est pas elle (clin d'oeil à Canguilhem), il alimente sa pensée au lait d'écrivains au statut certes par forcément Lagarde et Michard : Marivaux et Gracian, Lowry et Rousseau, pour ne citer qu'eux. Ensuite, en offrant aux lecteurs une œuvre d'écrivain très accessible et très français, il s'inscrit définitivement dans la grande et belle lignée des écrivains philosophes au langage par forcément « philosophique » : Voltaire et les moralistes, les encyclopédistes, Jules Lagneau, Alain, Bergson...

Un Michel Polac ne s'y est pas trompé qui a collaboré avec Clément Rosset.