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Si peu d'endroits confortables, Fanny Salmeron

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 26 Octobre 2011. , dans Editions, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Si peu d’endroits confortables, Stéphane Million Editeur, 06/2010, J’ai lu 08/2011, 152 p. 15 € . Ecrivain(s): Fanny Salmeron Edition: J'ai lu (Flammarion)

Si peu d’endroits confortables, c’est ce qu’Hannah écrit sur les murs, sur les bancs, dans le gris de Paris.

Hannah vient d’être quittée par sa compagne, et ses pensées sombres s’entremêlent avec celles de Joss, un peintre venu de loin, pas moins perdu, et à qui Hannah va ouvrir les portes de sa vie.

« Je ne sais pas si deux solitudes s’annulent, je ne sais pas si elles se consolent. Je ne sais pas si au contraire elles ne forment pas un vide encore plus grand ».

Dans Si peu d’endroits confortables, il est question de Paris, un peu, mais surtout d’amour, et plus généralement de rapports humains. Désespérément, les deux héros recherchent cette chaleur qui ne peut venir que du cœur.

« Les lumières de Paris dont on parle sont fausses. Dans les yeux des gens, ce sont des néons et pas des étoiles.

Rien ne brille pour de vrai. A part, de temps en temps entre les arbres, les phares du métro aérien ».

La Perruque de Newton, Jean-Pierre Luminet

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Editions, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Biographie, Jean-Claude Lattès

La Perruque de Newton, 2010, 354 p, 20 €. . Ecrivain(s): Jean-Pierre Luminet Edition: Jean-Claude Lattès

Pourquoi Newton devrait-il clore la magistrale série : « Les Bâtisseurs du Ciel » ? La vie des grands astronomes se poursuit bien : Messier, Herschel, Laplace, Einstein, Hubble...Oui, mais « Newton savait bien, au fond de lui-même, que la recherche de la vérité ne serait plus l'affaire de quelques initiés, mais de l'humanité toute entière. » Affaire de travail d'équipes oui. Incidences sur l'humanité aussi. Avec Copernic, les visions du monde vont basculer. Aujourd'hui, un enfant sait bien qu'il est perdu, particule, dans l'univers.

De Newton, on connaissait la pomme. Voici donc la perruque. De Newton, on savait la loi de l'attraction universelle (ou loi du carré inverse). Mais savait-on qu'Isaac, qui vécut 85 ans, « perdit » ou « gagna » beaucoup de temps à l'alchimie et aux pratiques ésotériques ?

JP Luminet montre les liens vitaux tissés entre activité rationnelle et souci soi-disant irrationnel. Une vie. Les vies, et non les biographies, recèlent des trésors de lumière et des ressorts très sombres, cocasses, comiques ou pathétiques. A fortiori les grands découvreurs. Chez eux, les contraires exultent. Les génies ont souvent des vies hors du commun (ce qui n'est pas du tout le critère du génie qui, justement, n'a pas de critères).

Pas son genre, Philippe Vilain

, le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Editions, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Grasset

Pas son genre, 187 pages, 15€. . Ecrivain(s): Philippe Vilain Edition: Grasset


Un jeune professeur de philosophie parisien est muté dans le nord de la France, à Arras. Il se sent seul. Il est nostalgique de Paris, et est en manque d’une certaine ambiance, totalement absente dans cette sombre ville du nord. On se rend vite compte que ce jeune homme a une fâcheuse tendance à l’indécision lorsqu’il s’agit de son engagement auprès des femmes.

Un jour, chez le coiffeur, une jeune femme, sa coiffeuse, qui au départ ne provoque en lui qu’une totale indifférence, va peu à peu l’intéresser.

Cette femme est coiffeuse, habite à Arras. Lui est professeur de philosophie, et parisien. Un inévitable et grand fossé se situe entre leurs deux niveaux sociaux. Un fossé qu’ils vont, et surtout lui, croire surmontable. Jusqu’au jour où.

Philippe Vilain nous trace ici une histoire d’amour. Plutôt banale, mais toute en finesse. Il nous décrit une histoire peu à peu affectée par les différences d’origines sociales, les différences de milieux sociaux, et les différences d’ambitions. Elle est fascinée par lui, par son statut de professeur. Une barrière est déjà créée.

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Editions, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €. . Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

Jean Genet menteur sublime, Tahar Ben Jelloun

Ecrit par Jean Bogdelin , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Editions, Gallimard

Jean Genet, menteur sublime. 10/2010. 208 p. 15,90 € . Ecrivain(s): Tahar Ben Jelloun Edition: Gallimard

C’est un récit étonnant que nous découvrons dans le dernier livre au titre magnifiquement provocant de Tahar Ben Jelloun, paru chez Gallimard. Il logeait encore à la Cité universitaire, lorsqu’il reçut de l’auteur du Journal du voleur cet appel : « Je m’appelle Jean Genet, vous ne me connaissez pas, mais moi je vous connais, je vous ai lu et j’aimerais vous rencontrer… Etes-vous libre pour déjeuner ? ». Le jeune écrivain venait de faire paraître Harrouda, dont Genet a dit grand bien sur France Culture.

Il s’embarqua ainsi pour une amitié de douze ans, de 1974 à 1986. Sur le chemin de la rencontre, il se remémore le contenu du Journal du Voleur. « Un livre qui m’avait mis K-O, par sa virulence, sa cruauté et son audace… Je me souvenais des crachats, des poux et des mots crus. » Un peu sonné par cette invitation d’un auteur au faîte de la gloire, il se trompa de direction dans le métro et arriva fort en retard. Qu’a-t-il trouvé ? Genet « était sur le trottoir, un livre à la main… Il fumait des cigarillos Panter, la fumée dégageait un mauvais parfum. En entrant dans le restaurant, je crus bien faire en lui disant que j’admirais son œuvre. Sans s’énerver, il me dit : “Ne me parle plus jamais de mes livres. J’ai écrit pour sortir de prison, pas pour sauver la société” ».