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Barzakh (Alger)

 

Les éditions Barzakh ont été créées en 2000 par Selma Hellal et Sofiane Hadjadj, deux amoureux de littérature. Après « les années de plomb », la société algérienne est comme anéantie. C'est une période propice à la création car tout est à reconstruire. Ils veulent donner toute sa place à la fiction, qui est pour eux une manière subtile de parler du réel. Pari réussi : aujourd'hui la maison tourne bien. Certains de leurs romans se sont vendus à plus de 6000 exemplaires, ce qui n'est pas rien dans un pays qui dispose de peu de librairies. Et l'équipe s'est agrandie. Ils ont 4 salariés.

L’Âne mort, Chawki Amari

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Jeudi, 26 Février 2015. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

L’Âne mort, novembre 2014, 180 pages, 13 € . Ecrivain(s): Chawki Amari Edition: Barzakh (Alger)

 

L’insoutenable légèreté de l’âne

Le journaliste, chroniqueur et écrivain algérien Chawki Amari signe avec L’Âne mort un roman de la maturité, permettant à son talent d’humoriste souvent noir de se déployer avec un mélange de dérision et de profondeur particulièrement intéressant. En revendiquant comme source l’Ane d’Or d’Apulée, désigné comme premier écrivain algérien de l’histoire, il place d’emblée son récit sous l’égide du grotesque et de la magie, de la sensualité et de la métaphysique, de la fantaisie échevelée et de la noirceur d’une analyse souvent critique du monde. C’est en effet par strates successives que se révèlent les sens de cette histoire rocambolesque, à travers les pérégrinations de trois jeunes gens et d’un âne, d’Alger aux montagnes de la Kabylie et retour. La formation de géologue de Chawki Amari donne en effet à ce récit l’allure d’une réflexion sur les lieux et le temps, sur la surface et les profondeurs enfouies, sur la présence au monde de l’animal humain qui le peuple, son insignifiance à l’échelle des temps géologiques et sa volonté d’exister et de donner sens à ses quelques décennies à passer sur terre.

Le miel de la sieste, Amin Zaoui

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 06 Janvier 2015. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Contes

Le miel de la sieste, octobre 2014, 197 pages . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Gamin de l’Algérie d’après l’Indépendance, qui a mûri dans l’Algérie actuelle, avec des crochets ailleurs, comme il se doit pour tout Algérien, celui qui dit « je » se raconte, ou se berce par quelques mots qui reviennent, comme un refrain : « mais pourquoi est-ce que je reviens dans ce village des mouches bleues ? pourquoi est-ce qu’on serre celui qu’on aime contre sa poitrine ? ; mais pourquoi racontai-je tout cela à Ghita ? ». Sans oublier ce pile, je mens, face, je raconte la vérité, donc, face, qui émaille les pages. Ne pas omettre, par ailleurs, l’essentiel : on le nomme, le petit, « Bouqlaoui », l’enfant aux testicules, parce qu’il se les tripote tous les jours qu’Allah fait, et il a du mal avec les miroirs ; il a de grandes oreilles, et on l’appelle aussi l’âne. Il grandit, le môme, mais c’est difficile : il y a le père, l’oncle « écoute, petit morveux… », l’école militaire, le quotidien algérien qui bringuebale. Le sillon se fait chaotique, quand ce n’est douloureux : l’identité, la place dans la famille, les filles, les femmes, l’amour. Et puis, les rêves et quelques cauchemars en HP. Le ciel – celui, unique d’Algérie ; odeurs et saveurs en sus, et celui de par chez nous – Europe-miroirs aux alouettes, et gris labellisé avec accent belge…

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

L’homme qui n’existait pas, Habib Ayyoub

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles

L’homme qui n’existait pas, 165 pages . Ecrivain(s): Habib Ayyoub Edition: Barzakh (Alger)

 

La voix de ceux qui n’existent pas

En sept nouvelles, Habib Ayyoub dresse un portrait saisissant de l’Algérie contemporaine, peuplée d’êtres déclassés, fantasmatiques, sans illusions et pourtant pétris de la matière même des rêves. La nouvelle dont le recueil tire son titre raconte comment un jeune homme, qui n’a plus de nom ni d’identité, mais que le narrateur appellera par commodité Sid Ali, redonnant par le statut de personnage un semblant de réalité à cet homme, perd toute trace d’existence au hasard d’une rencontre amoureuse avec une jeune femme, dont il tombe amoureux, et qui le quittera au petit matin en emportant les documents, papiers d’identité, tous les vestiges de son existence.

Le récit est celui d’une désillusion amoureuse et d’un traquenard, car il s’avère que la jeune femme, apparemment perdue au milieu de nulle part, créature en perdition comme il en tombe parfois dans les rêves d’un jeune homme, est mandatée par les autorités à des desseins administratifs et précis, sinistres comme le système entier dont elle est une émanation mensongère. Sa première apparition pourtant annonce tout l’espoir d’un rendez-vous avec le destin :

Alger, le cri, Samir Toumi

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Jeudi, 27 Mars 2014. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Alger, le cri, 2013, 165 pages, 600 dinars . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

 

Alger, le cri est le premier livre de Samir Toumi et ses mots se déroulent à partir d’un silence inquiétant, celui de sa naissance : le refus initial de crier, et de respirer, que le roman travaille et explore. Le narrateur nous entraîne dans une ville labyrinthique, à la fois réelle et fantasmée, que l’auteur cherche à saisir dans son essence et dans ses rapports avec d’autres villes, Tunis à l’est, Oran à l’ouest :

« Cette ville m’assaille, elle monte et elle descend. Chaotique, elle m’épuise, ses pulsations désordonnées sont les miennes, miroir de mon incohérence, de mon chaos ».

Au silence originel de cet enfant sidéré, que l’on doit secouer par les pieds pour l’amener enfin à crier et à vivre, répond le mutisme de la ville que le narrateur cherche à fuir mais à laquelle il revient toujours. « J’aimerais tellement parler, mais dans ma ville on ne parle pas, on ne regarde pas ».