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Actes Sud

Lointain souvenir de la peau, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 15 Mars 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Lointain souvenir de la peau, 23,80 €, 444 p. traducteur Pierre Furlan . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

D'un côté il y a les îles artificielles avec leurs immeubles luxueux qui ressemblent à des empilements de jetons de poker, leurs résidences, leurs restaurants. De l'autre les quartiers populaires et le centre de Calusa, Floride. Entre les deux, un viaduc. Un tapis à six voies. Les piles du pont s'encastrent dans une dalle en béton. Cette dalle recouvre une île. Une île où s'échouent des tentes, des abris de fortune au bord de l'océan.

Sous le viaduc de Claybourne, un refuge d'exclus. Des condamnés pour abus sexuels en liberté conditionnelle. Tous portent un bracelet électronique. Sur internet, un carré de couleur informe n'importe qui de leur lieu de résidence, de leur photo, date de naissance, mensurations. Ils sont répertoriés, fichés, identifiés, localisés et en rapport hebdomadaire avec des contrôleurs judiciaires.

La loi stipule qu'un individu ayant commis un crime sexuel ne peut habiter à proximité d'une zone sensible où se trouvent des enfants. Des cercles concentriques s'étalent sur la carte de la ville d'où sont exclus les déviants. À quelques exceptions près, l'aéroport, le marécage et l'île sous le viaduc.

Seins et oeufs, Mieko Kawakami

, le Mardi, 06 Mars 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Roman

Seins et œufs, traduit du japonais par Patrick Honnoré, 1er février 2012, 112 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Mieko Kawakami Edition: Actes Sud

Dans ces pages, trois femmes : Natsu, la narratrice trentenaire et célibataire, qui réside à Tokyo, raconte le bref séjour chez elle de sa sœur aînée Makiko, quarante ans, venue pour une augmentation mammaire, accompagnée de sa fille Midoriko, douze ans.

Makiko, mère célibataire, amaigrie par son rythme de vie éreintant et son travail épuisant, est obsédée par ses seins plus plats que jamais depuis la naissance de sa fille. L’opération de la poitrine lui apparaît comme la solution à tous ses problèmes.

Natsu s’interroge sur les réelles motivations de sa sœur, qu’elle semble soudain voir avec des yeux neufs.

Midoriko, enfin, est tellement perturbée par tout cela qu’elle en a perdu la parole : elle ne s’exprime désormais plus que via son cahier de conversation.

 

« Pour la simple raison qu’on est née, en fin de compte il faut vivre, manger tout le temps et gagner sa vie, rien que ça c’est l’horreur. […] et en plus il faudrait faire sortir un autre corps de son corps ? » (page 30).

Millenium 2. La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, Stieg Larsson

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 28 Février 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Babel (Actes Sud)

Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, (Flickan som lekte med elden, 2006), traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, Babel Noir, 796 p. 10 € . Ecrivain(s): Stieg Larsson Edition: Babel (Actes Sud)


Millénium, épisode 2. Le travail est prémâché pour l’auteur qui s’attaque à une suite. Le terrain est familier. On connaît déjà les personnages, on n’a pas besoin de perdre son temps en présentations, on peut tout de suite plonger dans l’action. Force est de constater que Millénium 2 n’y parvient pas. Il faut s’avaler près de deux cents pages avant que l’intrigue démarre, et alors elle le fait au rythme d’un tracteur diesel rouillé qui n’a pas servi depuis des décennies.

Le livre souffre d’un gros problème de rythme. Les personnages se multiplient et chacun analyse la situation, mais en ne faisant quasiment que répéter ce que le précédent a dit. Ça tourne en rond. Les pages défilent et rien de nouveau n’apparaît. Le livre fait 800 pages, il n’en aurait pas mérité plus de 400. A croire que l’auteur tire à la ligne.

Millénium 2 est beaucoup plus faible que le premier opus, à tel point qu’il pourrait presque faire passer son aîné pour un chef d’œuvre. Ce qui est pourtant loin d’être le cas.

Un bon musulman, Tahmima Anam

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 11 Février 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Iles britanniques, Roman

Un bon musulman, janvier 2012, traduit de l’anglais par Sophie Bastide Foltz, 280 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Tahmima Anam Edition: Actes Sud

 

Dans la cuisine bengalaise, il y a – dit-on – autant de façons d’accommoder le riz qu’il y a de jours dans l’année… C’est tout à fait le cas de ce livre qu’il serait risqué de vouloir ranger dans un registre, tant il est la vie même !

Roman familial aux personnages forts, claquant au fil des pages, comme on aime dans un bon livre : Maya, son frère Sohail, leur infiniment attachante mère, Reha (on la voudrait tous comme anmoo-maman). S’il n’y avait que cela, les suivre dans leur quotidien, de mousson étouffante en clarté de l’hiver parfumé à l’orange, accompagnant chagrins et joies, cela vaudrait le coup de se hisser sur les bancs de bois de ce train suant et cahotant – odeurs et bruits garantis – en Bengale oriental.

Mais, c’est bien autre chose que ce récit là… on entre dans l’Histoire  (celle de ce Bangladesh, chanté en son temps, par le grand George Harrison ; années de son indépendance) par la meilleure des portes, la plus efficace, celle que, seule, la littérature, quand elle atteint ce niveau, porte : les gens.

A défaut d'Amérique, Carole Zalberg

, le Mercredi, 01 Février 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

A défaut d’Amérique, 1er février 2012, 244 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Actes Sud


Suzan a traversé l’Atlantique pour rendre un dernier hommage à Adèle, qui fut la compagne de son père et que l’on enterre à Paris. Fleur, la petite-fille d’Adèle, est là aussi.

La vie de la défunte Adèle, déracinée, rescapée du ghetto de Varsovie, se déploie comme un fantôme muet sur les existences de Fleur et de Suzan, tandis que se dessine une grande fresque familiale qui mène le lecteur de la Pologne à la France et des Etats-Unis à l’Afrique du Sud.

« On devrait toujours laisser les souvenirs où ils sont » (page 29).

Trois femmes, trois générations, trois continents. Trois fragilités, aussi, et trois de ces personnages dont les histoires font l’Histoire.

Au travers de ce triptyque féminin, Carole Zalberg, avec la finesse et l’exigence d’une plume devenue scalpel, explore ce que l’on a coutume d’appeler, loin de toute considération financière, héritage. Comment vivre avec ce que l’on sait des autres ? Comment vivre avec ce que l’on ignore d’eux ? Que nous transmettent-ils réellement ?