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Le Polygame solitaire, Brady Udall (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 21 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Roman, USA

Le Polygame solitaire, mars 2011, 738 p., 24€ . Ecrivain(s): Brady Udall Edition: Albin Michel

 

Le Polygame solitaire est sans doute l’un des meilleurs romans de ce début d’année. Son humour est détonant. Son propos associe récit d’aventures et peinture d’une certaine vie de famille en un cocktail incongru et diablement réussi. Le tour de force de ce roman fleuve, rocambolesque et pathétique à la fois, est de ne jamais tomber dans une caricature facile. On ne trouvera pas ici les clichés attendus autour des mormons et autres « polyg ». Certes, le personnage principal, Golden Richards, « apôtre de Dieu », est bel et bien un polygame de 40 ans, marié à quatre sœurs-épouses et père de 28 enfants. Il est même pressenti pour être Le Puissant et Fort, summum de la consécration dans l’Eglise-de-Jésus-Christ-des-Saints-des-Derniers-Jours.

Or, qu’arrive-t-il lorsqu’un tel homme, fort de son attitude exemplaire et du soutien de sa communauté se voit confier la construction d’un nouveau bordel, voisin du non moins réputé Pussycat Manor et que de surcroît, il trouve le moyen de tomber amoureux d’une sensuelle inconnue, en réalité femme légitime du patron du bordel susnommé, homme fort susceptible ; et se retrouve alors pourchassé par des hommes de main patibulaires et une cohorte d’épouses méfiantes ? On attend un vaudeville, Brady Udall déclenche un cataclysme, un vrai, de ceux qui entraînent une remise en question complète.

L'Art de se taire, Abbé Dinouart (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 21 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Petite bibliothèque Payot, Essais

L’Art de se taire, « Petite Bibliothèque Payot », 2011, 142 p., 6€. . Ecrivain(s): L'abbé Dinouart (Joseph Antoine Toussaint) Edition: Petite bibliothèque Payot

 

La réédition de ce petit recueil, paru initialement en 1771, apporte une touche singulière sur les rayonnages de nos libraires. A une époque où le plus important est de parler, quitte à parler à tort et à travers, de tout et de n’importe quoi, il est intéressant de se pencher sur cet Art de se taire qui n’est en réalité qu’un Art de bien parler et de parler à propos. Par conséquent, il s’agit également d’un traité du bien écrire : « il y a aussi deux manières de se taire ; l’une en retenant sa langue, et l’autre en retenant sa plume ».

L’éclairante préface d’Antoine de Baecque précise les sources de l’ouvrage à la limite du plagiat et surtout le contexte dans lequel il fut publié : celui d’une vie de cour et de salons où le bavardage et le persiflage règnent, où sur un mot d’esprit est assise toute une réputation. Le film Ridicule de Patrice Leconte en donnait une parfaite illustration. Il s’agit également de s’opposer aux paroles fallacieuses des philosophes qui déferlent en masse, comme d’instruire les ignorants sur la juste attitude à adopter. « Si tout le monde écrit et devient auteur, que fera-t-on de tout cet esprit et de tous ces livres ? »

L'interrogatoire, Jacques Chessex (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 10 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Grasset

L’interrogatoire, mars 2011. 158 p. 14 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Grasset


La voix de Chessex nous revient dans un très beau dialogue de l’écrivain avec son double inquisiteur. « Je suis peut-être un assassin qui se révélera d’un seul coup. Ou un saint, que Dieu montrera à Son heure ». Amant, fils, auteur, lecteur, homme, Chessex n’en finit pas de questionner l’autre en lui, dans cet « ouvert obscur » que le texte dévoile et voile à l’infini. Les deux Chessex se sont « emboîtés et appariés comme la figure et son écrit, ou comme réfléchit le miroir ».
Avec une grande douceur et une grande lucidité, il accepte cette « loi d’Interrogatoire » : « la voix questionne, je réponds ». Seul, l’écrivain affronte tous les plis et les revers d’une voix, conscience et juge à la fois,  qui cherche à le prendre en défaut. C’est avec courage qu’il fait face aux différentes figures de la mort qui lui sont soumises et auxquelles il renvoie le bonheur renouvelé de se voir accorder un nouveau jour, les artistes aimés, les femmes et l’érotisme, le labeur d’un artisan des mots qui cherche à être juste avec lui-même.

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Verticales

Naissance d'un pont. 2010. 317 p. 18 € 90 . Ecrivain(s): Maylis de Kerangal Edition: Verticales

Le dernier roman de Maylis de Kerangal constitue une véritable gageure pour le lecteur : l’auteure l’invite en effet à suivre les étapes de la construction d’un pont gigantesque au-dessus du fleuve qui borde la fictive ville de Coca, aux Etats-Unis. Or, malgré un tel synopsis, l’ouvrage ne s’adresse en rien à des spécialistes des techniques de construction, ni aux amateurs de bâtiments insolites, quoiqu’il manie avec brio  jargons divers et détails professionnels. En revanche, il plaira à ceux qui aiment le corps à corps avec une écriture qui a du chien et qui renouvelle description et imbrication des récits, à ceux qui aiment se faire capter par des personnages inédits à qui l’auteure sait garder une part de mystère.

Naissance d’un pont est construit comme un scénario percutant, au rythme savamment maîtrisé et distille la saveur d’un style singulier, consistant et changeant comme les visages du fleuve. Il était une fois Coca en quelque sorte… Le projet est évoqué à travers des tranches de vie témoignant à la fois d’un quotidien répétitif et ménageant des rebondissements efficaces.