Identification

Wagon, Michel Tessier

Ecrit par Laurence Biava 05.12.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Théâtre

Wagon, Jérôme Do Bentzinger Editeur, juillet 2013, 119 pages, 19 €

Ecrivain(s): Michel Tessier

Wagon, Michel Tessier

 

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers/Nus et maigre tremblants dans ces wagons plombés/Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants/Il étaient des milliers, ils étaient vingt et cent », Jean Ferrat, Nuit et Brouillard

 

C’est un livre poignant. Dans sa préface, Serge Klarsfeld dit combien dans le flot de personnages qu’il crée ou recrée, Michel Tessier exprime très fortement l’amour qu’il porte à tous les membres de sa famille disparue, ainsi qu’à tous les représentants de ce peuple juif assassiné, sa grande famille juive exterminée.

C’est un témoignage saisissant. Où les êtres, leurs mémoires et leurs cris imprègnent les pages blanches de l’âme.

Jeudi 16 juillet 1942, il est 4h30. Débute la rafle du Vel d’Hiv, organisée par Kurt Lischka, un des pires salopards que l’humanité ait porté, engagé dans la SS le 1er juin 1933.

La famille de Michel est brutalement arrêtée. On ne la reverra plus.

« Pour ou contre Dieu, mais pas sans Dieu ». Elie Wiesel… « A ces mots, la lumière revient, éclairant un wagon sur les rails ».

Michel Tessier remonte le fil du temps. Epaulé psychologiquement dans son impossible deuil, et dans la construction de sa pièce, par Claude Rosen, un célèbre producteur, il narre l’histoire de sa famille, par le biais de la formation d’une pièce de théâtre en deux actes. C’est un voyage dans un wagon pour dire l’horreur… Ce Wagon atroce, ce Wagon écorché vif qui fait revivre tous les passagers qu’il contient pendant trois jours et deux nuits d’enfer de Drancy à Auschwitz. Un Wagon pour dire l’indicible. Un Wagon pour témoigner de ce qui s’est passé avant la disparition « Finale ».

Les deux actes, dont la lecture vous laisse tétanisé par l’émotion, n’évoquent pas seulement des situations : il ne s’agit pas spécialement de mises en scène avec des dialogues. Enfin, pas toujours. Le début de l’Acte 1 se présente plutôt comme un recueil mêlant des bribes de textes historiques, des éléments de recherche historique, un bout de biographie de l’affreux monstre Kurt Lischka, des pensées, des dialogues, des psaumes. Et puis, au fil des pages, les mots se tissent en alternance, ponctués de prières : Michel, David, Salomon, Esther, Germaine, Léa, Paul-Louis, parlent pour dire cette lente descente en enfer dans la chaleur inhumaine de ce Wagon de Drancy. La lumière vient, replonge, des écrans descendent, des projecteurs balaient la scène, des acteurs vêtus de noir, les visages masqués viennent réciter les pages correspondant à la description écrite par Serge Klarsfeld.Michel Tessier a retrouvé grâce à Serge et Béate Klarsfeld les noms de ses grands-parents.

Je cherchais un point de départ, un symbole accessible, là, tout de suite, maintenant, pour réaliser ce chemin initiatique vers Auschwitz, ce chemin parcouru par ma famille et six millions de « Déportés ». Un train ! Des dizaines de milliers de trains qui avaient sillonné l’Europe avec leur sublime et fragile cargaison humaine entassée comme des animaux dans leurs wagons. Je connaissais un Wagon. C’était le Témoin symbolique de tous les wagons : le Wagon, musée de Drancy.

Immense travail de mémoire que celui-ci. Un témoignage existentiel comme il y en a peu. Témoignage historique. Intense Livre de vie à part entière (aussi) où crépitent les lueurs de l’espoir.

A l’heure où les relents de racisme et d’antisémitisme se raniment à peu près partout, dans toute l’Europe, il me semble vital de lire ce livre pour ne jamais oublier les heures les plus noires de notre ère contemporaine. Pour ne jamais oublier les 6 millions d’humains déportés, au seul prétexte qu’ils étaient juifs.

 

Laurence Biava

 


  • Vu : 1970

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Michel Tessier

 

Michel Tessier fut photographe de presse avant de devenir écrivain. C’est son troisième livre.

 

A propos du rédacteur

Laurence Biava

 

Tous les articles de Laurence Biava

 

Rédactrice

 

Titulaire d'une licence de lettres classiques, romancière, chroniqueuse littéraire auprès de BSC News, Unidivers.org, et Présidente de Collèges littéraires des Prix Rive Gauche à Paris et Prix littéraire du Savoir et de la Recherche. Deux romans parus : l’un,  en septembre 2010 Ton visage entre les ruines chez In Octavo Editions, l’autre en juin 2014 Amours mortes aux Editions Ovadia. Le troisième livre – Mal de mer -, Journal de Bord écrit en hommage aux victimes du tsunami asiatique de décembre 2004, paraît pour l’été 2015.
Enfin, un Recueil de Nouvelles Rive gauche à Paris – la Rive gauche en toutes lettres - initié par le Collège du Prix Rive gauche à Paris en 2013 ainsi qu’un quatrième livre En manque – troisième roman – paraîtront, selon toute vraisemblance, au second semestre 2016.

Ouverture d’un site littéraire personnel (site, pas blog) le 20 août 2015 pour la rentrée littéraire de septembre prochain.