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Voies de traverse (3). La revue MONSTRE N°3

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 24.03.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Revues

La revue MONSTRE, « Indétectable », N° 3, semestriel, janvier 2011, 112 pages, 15 €.

Voies de traverse (3). La revue MONSTRE N°3


Le projet de La revue Monstre a de quoi retenir l’attention : elle se définit comme une « revue qui épuise le genre », une « revue d’exploration pédé ». Une position choc et excessive, mais un pari tenu. Voici une revue qui dérange et qui entend bien sortir du champ des productions gay grand public. Une revue qui interroge concepts et clichés et refuse toute hiérarchie : mots et images y pèsent du même poids ; artistes, écrivains, chercheurs, militants LGBT y apportent librement leur contribution personnelle au projet choisi. Revue d’art ou recueil universitaire, Monstre ne tranche pas, elle associe et dissocie, elle crée son propre genre.


Après le placard et les clichés  « gay », La revue Monstre met le doigt sur ce qui échappe, sur ce qui reste à découvrir ou à couvert, en interrogeant « l’indétectable ». A l’heure où on ne se cache plus, où la visibilité est même de mise, faut-il paradoxalement s’exposer et se fondre dans la masse ? « être out par fierté, mais banalisés » ? Que signifie pour un « gay » de se dire « indétectable » ?

Indétectables, les hommes et les femmes des portraits de Pierre Andreotti et d’Alfredo Piola, indétectable Kaleb, professeur transsexuel témoignant de son travail sur le genre avec ses élèves, indétectables les monstres en morceaux de Fabrice Hyber, indétectables les personnages qui s’ébattent sur la toile de Jouy de Mavado Charon. David Halperin y explique comment déceler la « subjectivité gay ». L’épidémiologie essaime ses concepts, montre Gaétan Thomas, après avoir longtemps hésité sur sa façon de « comptabiliser » les homosexuels indétectables dans le cadre de l’étude du VIH. Dans l’étude de Thomas Cepiteili, les personnages homosexuels forcent les scènes de théâtre et reflètent la visibilité gay de la sphère publique, depuis Roger Martin du Gard avec Un taciturne jusqu’à la Cage aux folles.


L’objet est de qualité, les œuvres graphiques mises en valeur pour elles-mêmes. Le grand format et l’utilisation de différents papiers et typographies participent du disparate, de la richesse de l’ensemble. Les textes ne correspondent pas à un schéma établi, ils sont denses, complexes, embrassent de vastes de champs de pensée, pointent des théoriciens ou des artistes peu connus. Monstre explore, expérimente, se transforme et offre son hybridité à la vue et à la réflexion des lecteurs.


On attendait le numéro 4… On l’attendra aussi longtemps que nécessaire pour que, du labo de ces savants fous, naisse un nouveau Monstre, objet de réflexion subversive, miroir déformant et performant des anomalies et de l’insolite.


Myriam Bendhif-Syllas


http://www.revuemonstre.com/#


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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.