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United colors of crime, Richard Morgiève

Ecrit par Valérie Debieux 07.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Carnets Nord

United Colors of Crime, Editions Carnets Nord, janvier 2012, 320 p. 18 €

Ecrivain(s): Richard Morgiève Edition: Carnets Nord

United colors of crime, Richard Morgiève

Etats-Unis, août 1951, époque du maccarthysme. Chaim Chlebeck, trente et un ans, alias Ryszard Morgiewicz, abandonne New York. Précipitamment. La mafia aux trousses. Il vient de « buter » Bonfiglio Biagi, maître du racket dans le Bronx et à Manhattan, ainsi que ses deux gardes du corps. Le FBI ignore pourquoi ; la mafia, elle, connaît la réponse. Chaim file vers le Mexique, via le Texas. En zigzag. « Pas la ligne droite, c’est la trajectoire de la balle dans le dos ». Au volant de son V8, il pense, il se rappelle. « Au début, en Italie, c’était une sorte de prolongation de la guerre. Un camp de vacances pour psychopathes. Des meurtres, oui, mais au soleil. Dès son arrivée à New York, il avait compris que c’était fini. Dorénavant, il faisait partie du syndicat du crime. C’était une fonction, un travail, l’âge adulte ». Chaim roule des heures durant. Pétri de fatigue, il arrête sa Buick à l’écart de la route, s’endort, et là, une nouvelle histoire commence…

Celle d’un Chaim qui, au sortir d’un mauvais réveil, est laissé pour mort par un voyou mexicain.

Celle d’un Chaim qui, après avoir été recueilli et soigné, ouvre les yeux sous le regard d’un couple aussi intrigant qu’original. Lui, Dirk, soixante-cinq ans, un spécialiste de l’atome, ayant quitté l’Allemagne en 1933 et ayant abandonné sa participation au projet américain de création de la bombe atomique en 1941. Elle, Dallas, vingt et un ans, très belle malgré un œil de verre, sauvage, très attachée à sa culture indienne navajo.

Celle d’un Chaim, à qui sa longue convalescence va offrir le temps de réflexion, celui portant sur sa propre existence. « Chaim ne veut plus régler de comptes, vito genovese se lassera de le chercher. […] Pour vivre justement, il faut se séparer des souvenirs qui sont comme les paris clandestins. Perdant, on enrichit la mafia, gagnant, on vit d’un mauvais calcul qui met le rêve à la place de la raison, la superstition à la place de l’espoir. Tôt ou tard on rejoue et on perd tout ». À qui son immobilisation forcée va permettre de donner audience à ses souvenirs, celui, par exemple, d’un repas avec Frank Costello, parrain de la famille Luciano, et, J. K. Galbraith, le célèbre économiste américain. « […] Le syndicat du crime n’était-il pas déjà au conseil d’administration de centaines de banques, de sociétés importantes et de multinationales ? Avait-il été aidé ? Non. Le syndicat du crime était l’illustration des thèses de Friedman : la déréglementation, un fascisme bon enfant, à la portée de tous, pour faire triompher un Etat privé ». À qui cette période de recouvrance, synonyme de conjoncture heureuse, va lui ouvrir le chemin de la renaissance, celui de l’Amour.

United Colors of Crime est un ouvrage remarquable, au rythme soutenu, écrit à coup de mots âpres, durs, teintés d’humour, souvent décapants : « – Je ne suis pas trop… moche avec ma gueule, murmure Chaim. Dites-moi.

– Ça dépend pour quoi faire… Des affiches de mode, oui t’es trop laid. Pour fonder une famille, ça va. Et puis tu n’es pas obligé de mettre la lumière ».

Ce livre, c’est aussi un ensemble de réflexions sur la société américaine de l’après-guerre ainsi que sur la mondialisation en marche, et c’est enfin et surtout, une série de rencontres avec des êtres peu ordinaires, empreints d’humanité, à la dégaine physique et verbale originale, sortis d’un casting de Fellini, avec pour arrière-fond, un décor de Far West.

 

Valérie Debieux


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A propos de l'écrivain

Richard Morgiève

Richard Morgiève devient très tôt orphelin, sa mère meurt d’un cancer du col de l’utérus alors qu’il n’a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize. Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d’entamer toute une série de petits métiers. Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d’auteur à l’âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s’interdit d’écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tels fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds. Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l’âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d’éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987. Aujourd’hui, il a écrit plus d’une vingtaine de romans.

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com