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Un jambon calibre 45, Carlos Salem

Ecrit par Yan Lespoux 28.03.13 dans La Une Livres, Les Livres, Amérique Latine, Actes Noirs (Actes Sud), Recensions, Polars, Roman

Un jambon calibre 45, trad. espagnol (Argentine) Claude Bleton, Février 2013, 341 p. 22 €

Ecrivain(s): Carlos Salem Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

Un jambon calibre 45, Carlos Salem

 

Nicolas Sotanovsky, argentin exilé à Madrid, a la surprise, à son réveil, de se trouver nez à nez avec l’immense Serrano et son calibre 45. Il apprend alors qu’il a une semaine pour retrouver Noelia, propriétaire de l’appartement dans lequel il vient de s’installer et qu’il n’a jamais vu, sans quoi il aura le malheur de goûter au 45 de Serrano. Le voilà donc parti pour une errance à travers un Madrid caniculaire aux côtés de la belle Nina et avec pour chaperon ce gros jambon calibre 45 qui ne les quitte pas d’une semelle. L’occasion de croiser un détective désespéré, un chat de gouttières philosophe, des chauffeurs de taxis adeptes de tangas et quelques tueurs.

Comme de coutume chez Salem, l’intrigue débridée et dénuée de toute crédibilité est prétexte à une réflexion de fond sur l’identité. Dans Aller simple, premier roman de l’auteur, Octavio Rincón se voyait changer (très intimement) après la mort de sa femme et rencontrait même un hypothétique Carlos Gardel errant dans le désert marocain ; dans Nager sans se mouiller, Juanito Pérez Pérez, propulsé dans un camp naturiste, avait bien du mal à dissimuler sa double vie et sa double identité ; dans Je reste roi d’Espagne, enfin, Txema, détective spécialiste du déguisement, partait avec le roi d’Espagne à la recherche de l’enfant que ce dernier avait été.

Ici donc, Nicolas se trouve embringué dans une enquête où, plus que sa vie, c’est son identité et celle des gens qui l’accompagnent qui est mise à l’épreuve. Évoluant dans un décor de carton pâte, une Espagne et un Maroc dénués de matière, comme prêts à disparaître en fumée si l’on venait à les regarder de trop près, l’Argentin est autant à la recherche de Noelia que de lui-même. Il règne comme toujours chez Carlos Salem une ambiance vaguement onirique, ouatée, où les méchants sont certes effrayants de prime abord mais dont on comprend vite qu’ils ne sont pas plus dangereux que des mauvais rêves. Plus que d’une enquête, il s’agit donc d’une quête existentielle où Nicolas se cherche, où Carlos Salem cherche Nicolas et où Carlos Salem se cherche sans doute un peu lui-même.

Un jambon calibre 45 n’est sans doute pas le meilleur roman de Carlos Salem, à cause notamment de circonvolutions un peu trop complexes dans l’intrigue qui tendent à parfois faire décrocher temporairement le lecteur, mais il demeure un livre agréablement décalé, porté par l’humour et la poésie de l’auteur et par des personnages attachants en formes de détournements des stéréotypes du genre qui participent de cette ambiance si particulière. Bref, un bon moment de lecture pour les fans de l’auteur, en attendant le prochain livre qui devrait paraître d’ici à l’année prochaine.

« L’espace d’un instant, je crus voir une lueur d’intelligence briller dans son regard.

Mais je compris que c’était le reflet d’une voiture qui passait dans la rue ».

 

Yan Lespoux


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A propos de l'écrivain

Carlos Salem

 

Carlos Salem, né en 1959 à Buenos Aires, est un écrivain, poète et journaliste1 argentin, surtout connu pour ses romans policiers de la série du Tigre blanc, des ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse ayant pour héros le jeune Nahul.

 

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)