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Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, Chantal Thomas

Ecrit par Guy Donikian 05.07.14 dans La Une Livres, Les Livres, Payot Rivages, Critiques, Histoire, Récits, Biographie

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, mars 2014, 304 pages, 19,50 €

Ecrivain(s): Chantal Thomas Edition: Payot Rivages

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, Chantal Thomas

 

Nous aurions tort de considérer notre 20ème siècle comme celui d’un individualisme lié à une solitude de tous les instants. Nous ne sommes en aucun cas les créateurs de cet état d’esprit qui voulant absolument se dégager de toute contrainte nous conduit inévitablement à nous comporter en « esprit rebelle et vagabond ». Quant à considérer que le 18ème siècle n’est que celui d’une liberté chèrement acquise, ce sont là deux écueils que Chantal Thomas nous permet d’éviter avec cet essai particulièrement roboratif.

Il ne s’agit donc pas ici de refaire l’apologie des idéaux qui ont conduit à la Révolution, mais plutôt de repérer les traces d’un esprit de liberté singulière, d’une liberté qui ne s’enracine dans aucun dogme, qui tend seulement à affirmer la primauté de chacun, fût-ce au détriment de ces fameux idéaux de liberté. Parce qu’il ne s’agit plus d’un esprit de liberté, non plus d’un esprit révolutionnaire, mais d’un esprit libertin et/ou libertaire.

Chantal Thomas présente dans cet ouvrage plusieurs portraits qui ont cette particularité d’être les premiers, ceux que leur comportement désigne comme coupables, mais au fondement desquels réside un profond attachement à « être ». Ainsi croise-t-on Casanova et Sade, Giambattista Tiepolo, pour les hommes, et Mme Roland ou encore Charlotte Corday et Mme de Staël, pour les femmes. Ce qui réunit tous ces personnages, c’est cet hommage qu’ils ont tous rendu à « l’Être », en se délestant des pesanteurs du groupe pour n’obéir qu’à eux-mêmes.

Le libertinage prend tout son sens subversif, et les Sade, Laclos et autre Crèbillon sont là pour le rappeler, eux qui n’ont cessé de mettre en exergue la jouissance comme « indissociable d’un attachement à des principes aussi inébranlables que ceux de la morale reconnue, sauf qu’ils visent sa dérision ou sa destruction ».

Mais ce beau 18ème siècle a aussi produit des esprits qu’on n’attendait pas alors, ce sont ces femmes qui ont agi, pensé, écrit. Des femmes qui ont osé, parce qu’elles « sont officiellement exclues des droits politiques par la Constitution de 1793. Il y a donc quelque chose de hors la loi, de transgressif chez les rares femmes, qui, dans cette atmosphère à dominante masculine, réussirent à s’illustrer ». Chantal Thomas nous propose de revenir sur le cas de Charlotte Corday condamnée pour l’assassinat de Marat, qui en lisant Plutarque aura le sentiment de recevoir la Vérité et sera guidée vers son geste comme l’a été jeanne d’Arc, tout comme d’ailleurs Mme Roland.

Il y a enfin le cas de Mme de Staël à égalité avec les écrivains, qui se pense « dès le départ à égalité avec les écrivains et les hommes politiques qu’elle accueille, et dans l’entrecroisement des paroles elle n’occupe pas la place régulatrice, modulatrice du chef d’orchestre. Elle se jette dans la mêlée, avec le même feu, et dans le souci d’obtenir non des moments esthétiquement parfaits, mais la Vérité ». Elle est celle, ajoute l’auteur, « la première, qui invente au féminin le personnage de l’intellectuelle ».

 

Guy Donikian


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A propos de l'écrivain

Chantal Thomas

 

Chantal Thomas est l’auteur des Adieux à la reine, de L’échange des princesses et de L’Esprit de conversation.

 

A propos du rédacteur

Guy Donikian

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