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Tout ça, de la collection de Charles-Henri Favrod

Ecrit par Valérie Debieux 28.10.12 dans La Une Livres, Les Livres, Arts, Recensions, Campiche

Tout ça, de la collection de Charles-Henri Favrod, préface et éd. scientifique par Edith Bianchi, 2012, 130 p. 42 €

Ecrivain(s): Charles-Henri Favrod Edition: Campiche

Tout ça, de la collection de Charles-Henri Favrod

 

 

Charles-Henri Favrod, qui a partagé sa vie entre la politique, la production cinématographique et la direction du « Musée de l’Elysée » à Lausanne, est, pour reprendre son expression, un « chineur à la lampe ». Au fil des ans, après avoir « fouiné » chez les antiquaires et brocanteurs, il a réussi à rassembler une série de photographies aussi incroyables les unes que les autres. Avec le concours de Bernard Campiche et d’Edith Bianchi, un livre est né : Tout ça.

Ce présent ouvrage au titre évocateur offre au lecteur un ensemble de clichés, mémoire vivante de quelques événements marquants qui reviennent sur des souvenirs, enfouis à jamais pour la plupart d’entre nous, ou inconnus pour d’autres. Le tout sélectionné avec soin : de Louis Meurisse en passant par John Philips, René Burri, Philippe Halsman, Jean-Luc Cramatte, Charles Murray, Wilhelm Bürger et tant d’autres encore.

Ancien journaliste à La Gazette de Lausanne, Charles-Henri Favrod a notamment « couvert », à l’époque, le drame algérien pour son journal. […] « Le 18 mars 1962, il y a exactement cinquante ans, le gouvernement français et les représentants algériens du Front de libération nationale (FLN) signaient à Evian les accords qui allaient conduire à la proclamation de l’indépendance de l’Algérie quelques mois plus tard, le 5 juillet. Pour la Suisse, la conclusion des Accords d’Evian a représenté un moment fort de la politique des bons offices ardemment défendue par le conseiller fédéral Max Petitpierre. C’est grâce à la Suisse que les premiers contacts secrets ont pu être établis entre les deux parties. Et c’est en Suisse que sera hébergée la délégation algérienne – moyennant un gigantesque dispositif policier et militaire – d’abord sur territoire genevois, dans la villa de Bois d’Avault, lors du premier cycle de négociations au printemps 1961, puis en terres vaudoises, au Signal de Bougy un an plus tard. […] Le tournant des années 60-61 est crucial. Les Français sont appelés, le 8 janvier 1961, à accepter par référendum le principe de l’autodétermination de l’Algérie. Il n’y a aucun doute que le oui va ouvrir la voie à une solution politique. “A ce moment précis, explique Damien Carron, on observe de très intenses activités, des deux côtés, destinées à établir le contact. Le rôle de Charles-Henri Favrod s’inscrit dans ce contexte-là” ».

« Témoin du XXe siècle », Charles-Henri Favrod déclare : « Je ne me suis jamais considéré comme un collectionneur, puisque je n’ai jamais sacrifié à l’esprit de système, ni constaté de symptôme monomaniaque. La photographie retient mon intérêt parce qu’elle me fournit de l’information. Désir de reconnaître, plaisir de regarder. Et sans doute aussi parce qu’elle me permet de tromper un peu la mort».

Ce goût pour la photographie, il l’a depuis longtemps : « Adolescent, confronté à la collection complète de “L’illustration” à la bibliothèque du sanatorium où j’étais, je me suis familiarisé à l’histoire du siècle, de Louis Philippe à Philippe Pétain, méthodiquement relatée au fil des livraisons hebdomadaires et reliée plein cuir, sans que rien n’y manquât, même aux heures terribles de la Communauté de Paris. J’y ai découvert l’événement mais plus encore les images, d’abord gravées puis photographiques quand la trame en permit enfin la reproduction. J’avais quinze ans et cette rétrospective me rendait contemporain du passé en cours. J’acquérais une mémoire singulière qui me forma à l’histoire immédiate, à tout ça qui nous fait de jour en jour. Tant de temps. Et cette nécessité que réclame Leopardi : “Il rimembrar delle passate cose” ».

Sous la signature de « grands noms » apparaissent sous nos yeux, au fil des pages, des photographies remarquables et ce, sous quelque angle qu’on les aborde. La vue de ces images est tellement saisissante que les mots fusent en notre esprit, toutefois ils peinent à sortir. Une belle idée pour un cadeau de Noël…

 

Valérie Debieux


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A propos de l'écrivain

Charles-Henri Favrod

 

Charles-Henri Favrod est une figure importante du XXe siècle en Suisse romande et bien au-delà. Journaliste d’abord, il fréquenta Malraux, Sartre, Cocteau, Breton, Vian, Ponge, Ella Maillard, Nicolas Bouvier et tant d’autres. Il contribue à la résolution du conflit algérien en facilitant les accords d’Evian au début des années soixante. Il participe notamment à la création du Théâtre de Vidy, siège au Conseil de la Fondation de Pro Helvetia, à la Commission franco-suisse du cinéma, au Fonds national d’art contemporain, Paris, et bien sûr à la création du musée de l’Élysée où il valorise les œuvres de Robert Doisneau, René Burri, John Philips, Sebastião Salgado et de beaucoup d’autres qui ont croisé sa route et bénéficié de ses talents. Il est encore notamment vice-président de la Fondation Alinari pour la photographie. Il organise des expositions au Museo Nazionale della Fotografia en montrant des images de sa collection privée déposée aux Archives Alinari. Il a écrit de nombreux livres présentant le monde en mutation et dernièrement, en 2005, Le Temps de la photographie aux Editions Le temps qu’il fait. À signaler aussi, la même année, son ouvrage Le Temps des colonies chez Favre, à Lausanne. Et, en 2010, Comme dans un miroir, chez In Folio. Son ouvrage de 1959 La Révolution algérienne, aux Editions Plon à Paris, a été réédité en Algérie et traduit en arabe Livre fondateur en 2008.

 

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com