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Toi, Zoran Drvenkar

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 12.01.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Polars, Roman, Sonatine

Toi, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, octobre 2012, 567 p. 22 €

Ecrivain(s): Zoran Drvenkar Edition: Sonatine

Toi, Zoran Drvenkar

 

Un serial-killer insaisissable, cinq adolescentes aux prises avec des mafieux pas commodes, une fuite vers la Norvège, des scènes de bagarre tarantinesques, des meurtres en pagaille et de la drogue comme Mac Guffin. Voilà déjà réunis les ingrédients d’un bon thriller, tout à fait dans les règles de l’art. Un parmi d’autres, vous direz-vous. Certes, mais voilà un thriller de choix, un roman très noir pour les amateurs de grande littérature. Toi a du style, de l’élégance et surtout une composition des plus incroyables.

Zoran Drvenkar installe son lecteur dans le récit palpitant fait par le Voyageur, de ses premiers crimes ; un premier niveau de lecture déjà prenant, bien vite mis de côté pour confronter le lecteur à une série de personnages adolescents hauts en couleur. Un groupe de filles vraiment bien vu où se dévoile chaque personnalité dans un chapitre dédié, deux garçons liés d’amitié et au monde du crime de différente façon.

Nous retrouvons le Voyageur au début de chaque partie, à un moment clé de son parcours, sans que l’on puisse le relier au reste de l’histoire. On comprend alors que les filles ont fait une grosse bêtise et qu’elles vont devoir se carapater pour sauver leur peau. Plusieurs personnages masculins interviennent : du patron mafieux à ses sous-fifres, en passant par le frère décédé du premier. Les voix se succèdent, les fils de l’intrigue se multiplient, se complexifient d’un chapitre à l’autre. Mais on ne voit jamais une même scène à travers le regard de deux personnages, l’histoire se poursuit, sans pause, mais vue par un personnage différent à chaque chapitre.

On ne peut en dire plus sur l’intrigue si ce n’est qu’elle est vraiment passionnante, complexe et séparée en plusieurs niveaux qui finiront par se rejoindre, distillée au compte-goutte par un auteur machiavélique. Des retours en arrière permettent de creuser la psychologie des personnages adultes, ajoutant de nouvelles strates à l’histoire et lui apportant de nouveaux éclairages, à la façon deMillenium. Mais le point d’orgue de cette écriture est peut-être l’identification à chacun des personnages, imposée avec subtilité par l’utilisation du « tu ».

« Les filles t’attendent sur la terrasse. Vous êtes assises à la table où, deux jours plus tard, quatre hommes se réuniront avant de vous prendre en chasse. Vous ne pouvez pas le savoir, si vous le saviez, ça changerait tout ».

Une impression de malaise gagne parfois le lecteur car ce choix d’écriture ne peut lui laisser prendre une salutaire distance, il le force à être au cœur de chaque épisode, à vivre chaque instant avec les yeux, les sentiments du personnage quel qu’il soit… Un vrai tour de force.

« Et ensuite, tu as disparu.

Sans laisser de traces.

Abandonnant le chaos derrière toi. […]

On se racontait que le Voyageur devenait négligent et ne tarderait pas à tomber dans les filets de la commission. Personne ne songea que le Voyageur ne se souciait pas de ce qu’il laissait derrière lui. Tu allais de l’avant. Le passé restait derrière, tel un vague souvenir de rêve. […]

S’arrêter, c’est se perdre, alors tu continues à te mouvoir paisiblement ».

Toi est un grand thriller, un très bon roman, un hybride à la construction digne du Nom de la Rose, faisant se rencontrer Chuck Palahniuk et Stieg Larsson.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Zoran Drvenkar

 

Zoran Drvenkar est un écrivain allemand d’origine croate. Il commence à écrire en 1989 des romans adultes et pour la jeunesse, des scénarios, des poèmes. Plusieurs de ses ouvrages ont été primés en Allemagne. Après Sorry, Toi est son deuxième roman traduit en français.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.