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Tête à tête (1)

Ecrit par François Vinsot 20.09.12 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Twitexte

Tête à tête (1)

 

Le tweet :

Un matin j’ai découvert ma tête gisant au pied du lit et l’ai remise à sa place en tâtonnant du bout des doigts comme un malade.

 

Le twitexte :

 

Ce fut un travail soigné réalisé dans le noir et la solitude sans miroir sans ma femme et sans bruit et je ne pense pas qu’il soit vraiment très  nécessaire d’entrer davantage dans les détails d’une opération qui s’est finalement bien passée.

Ma femme m’aime et affirme qu’elle m’aimerait encore si je ne ronflais pas mais nous avons tout essayé et dormir seul dans la chambre d’amis, comme durant cette fameuse nuit, est encore ce que nous avons trouvé de mieux.  J’avais évidemment très envie de me voir mais il n’y avait pas de miroir dans la pièce et j’ai regretté d’avoir dit non à celui de type  rococo qui nous avait fait de l’œil à la brocante deux jours plus tôt.  Il  fallait donc oser aller jusqu’à celui de la salle de bain et je n’osais pas ; j’étais pourtant quasiment sûr que tout allait bien : J’ai respiré un peu fort  et l’air a circulé sans fuite apparente puis j’ai regardé autour de moi et le cactus avait l’air d’un cactus et quand j’ai frappé dans mes mains j’ai sursauté tellement le son semblait fort au point que j’ai eu peur d’avoir ameuté toute la maison.

Je ne tenais pas en place mais la peur d’être vu  sans avoir pu vérifier que  tout était vraiment en ordre était plus  forte que moi ; il était bien possible qu’un détail m’ait échappé ; c’était la première fois que je me trouvais dans une situation pareille et je n’étais plus sûr de rien « Au secours ! Papa est tout bleu, chéri qu’est ce qu’y t’est arrivé, tu t’es battu, tu es malade, c’est quoi ce truc qui dépasse, tu veux que j’appelle un médecin ? »   Franchement il y avait de quoi hésiter et au point où j’en étais j’avais tendance à imaginer le pire et donc je décidai d’attendre que la maison se vide.

Ma femme : Est-ce que je lui en parle ? Heureusement qu’elle n’avait pas assisté à la scène ! Difficile de savoir comment elle aurait réagi ! Aurait-elle fait une crise, comme cela lui arrive parfois, ou encore fondu en larmes, à moins qu’elle ne se soit mise à hurler et ait sauté par la fenêtre dans un moment de panique, ou encore appelé la police et les pompiers ? Et puis, le calme revenu, elle aurait cherché  à comprendre ; elle s’énerve vite mais se calme rapidement ;  bon, puisqu’elle n’a rien vu, ça serait peut- être mieux de ne pas lui en parler ; inutile de l’inquiéter avec  ça.

J’en étais là quand j’ai commencé à voir, les yeux fermés, des têtes inconnues se déplacer dans un ciel étoilé comme des planètes dans le système solaire ;  elles avaient des visages comme la lune quand elle sourit ; spectacle amusant et apaisant un instant jusqu’à ce que les formes se liquéfient, deviennent des masques sombres et  menaçants et que je m’en sorte en ouvrant les yeux précipitamment, soulagé : j’étais visiblement encore sous le choc.

Beaucoup de gens sont très réticents à consulter volontairement un psychiatre mais ce n’est pas mon cas ; j’en connais un qui a déjà rendu de grands services à l’un de nos amis très proches qui n’osait plus sortir de chez lui depuis des semaines. A force d’écrire des romans policiers il croyait qu’on l’attendait à tous les coins de rue pour l’abattre ; le psy l’avait accompagné tout le temps qu’il avait fallu et Pierre avait  pu être tranquillement emporté par un cancer du fumeur. Peut-être que ce  psy pourrait  m’aider à faire face à  une situation à laquelle je n’étais pas du tout préparé, je le reconnais bien volontiers.

Et puis j’entendis ma femme dire à travers la porte « Chéri j’emmène les enfants au tennis ; tu peux m’attendre en allant ronfler dans notre lit si tu veux ; je reviens. » Elle devait m’imaginer en train de lire de la poésie, ce que j’aime bien faire le matin quand j’ai le temps.  Je lançai un bisou sonore qui se voulut le plus détendu possible  et après avoir entendu la porte d’entrée se refermer sur tout mon petit monde, je marchai enfin vers la salle de bain.

Fin de la première partie. Suite jeudi  prochain.

 

François Vinsot



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Rédacteur


Ancien journaliste vivant dans un endroit calme

 

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