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Théâtre, Roman, Mémoires, Tennessee Williams

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 03.07.11 dans La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Les Livres, Critiques, Biographie, Roman, USA

Tennessee Williams, Théâtre, Roman, Mémoires, Robert Laffont, « Bouquins », 2011, 960 pages, 30€.

Ecrivain(s): Tennessee Williams Edition: Bouquins (Robert Laffont)

Théâtre, Roman, Mémoires, Tennessee Williams

Edition établie par Catherine Fruchon-Toussaint. Nouvelles versions théâtrales de Pierre Laville.

 

Dans toutes les mémoires, résonnent le cri de Marlon Brando alias Stanley Kowalski réclamant Stella et les plaintes de Vivien Leigh, l’incomprise Blanche Du Bois qui aura toujours dû compter sur la bonté des inconnus ; mais aussi l’humour désespéré de Maggie la Chatte ou la douce folie de Laura Wingfield. Comment oublier la rage du révérend Lawrence Shannon ligoté dans son hamac et la danse sensuelle en diable de Maxine-Greta Garbo enlacée par ses amants mexicains sur la plage ?

Autant de scènes d’anthologie nées du théâtre génialissime de Tennessee Williams et qu’il faut absolument relire ou découvrir dans ce volume présenté par Catherine Fruchon-Toussaint à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain, dans une traduction inédite de Pierre Laville. Williams nous plonge dans une humanité animale et sensuelle où l’on se consume, où l’on se griffe, où l’on s’écorche à la lueur d’un désir qui se fait palpable, d’une folie qui touche chacun des personnages, « enfermés dans la même cage », mais une humanité en quête de pureté qui parvient « à capter la qualité constamment évanescente de l’existence ».

Ce volume met en lumière la variété de la palette de Williams et souligne le travail de réécriture titanesque qui accompagne chaque œuvre. Il associe aux pièces les plus connues, La Ménagerie de verreUn tramway nommé désirUne Chatte sur un toit brûlantLa Nuit de l’iguane, une pièce inédite en français et inspirée de La Mouette de Tchekhov, Les Carnets de Trigorine. Mais on découvre également un romancier inspiré dans Une femme nommée Moïse et un mémorialiste plein d’humour. Voici donc un aperçu et non des moindres de l’œuvre d’un auteur prolifique, soit une centaine de pièces à son actif et une cinquantaine de nouvelles, des dizaines de poèmes, un deuxième roman Le Printemps roman de Mrs Stone (1950), vastes champs qui restent à découvrir et à explorer.

Ces différentes œuvres nées d’un même souffle et souvent à partir de canevas communs, mettent l’accent sur des passions violentes, sur les différentes formes que peuvent prendre la folie et la différence et sur les voies qui s’offrent à chacun, même le plus démuni, pour tenir debout. Hannah dans La Nuit de l’iguane incarne à elle seule ces différentes facettes de la personnalité williamsienne.

Roman et Mémoires abordent de front l’homosexualité tenue à distance dans le théâtre. Exception faite de la version proposée ici d’Une Chatte sur un toit brûlant, qui a le mérite de donner toute son ampleur au drame vécu par Maggie et Brick, drame masqué jusqu’alors par la transposition d’Elia Kazan. Brick attiré par son collègue Skipper souffre de la double culpabilité d’être responsable de sa mort et d’avoir été amoureux de lui. L’érotisme cru, explicite, explose dans les récits.

Une femme nommée Moïse met en scène un couple d’hommes dont le narrateur, un écrivain raté, se remémore le passé. Figures fictives et réelles se mêlent lors de la soirée chez la peintre Moïse. Charlie, l’amant du narrateur, déserte la fête, accompagné d’un autre homme. Le narrateur, dans l’attente de son retour, se plonge dans ses souvenirs. La dimension autobiographique s’avère explicite à travers le retour dans l’enfance, la figure paternelle, la référence à Rimbaud. Une forme d’autofiction peut-être. « Quoi qu’il en soit, j’ai toujours considéré l’art d’écrire comme l’occupation la plus solitaire, la mort mise à part ; je me distingue pourtant en ce que je suis un auteur qui préfère ne pas écrire seul surtout après minuit. Je sais que dans cette assertion se cache une contradiction, mais je la crois pertinente. Je pense que maintes contradictions, déguisées ou non en paradoxes, sont pertinentes à l’endroit où elles se trouvent, en raison de celles du mot de quatre lettres – live – auquel je préfère son synonyme d’existence et ces contradictions de caractère et de signification ; les contradictions sont pratiquement infinies à part celles qui concernent la mort, et je me rends compte aussi que j’ai fait trois allusions à la mort en une seule page ou surface pour les mots ». Williams, sous le masque d’un personnage digne de son propre théâtre.

Racontées au fil de la plume, faisant se succéder anecdotes people parfois sans intérêt et notations fulgurantes, les Mémoires emportent moins l’adhésion que le roman lui-même. Parmi la cohorte des « vieux crocodiles et des vieux auteurs dramatiques », Tennessee Williams se lance dans « l’auto-confession sans complaisance ». Il revendique un statut de clown pratiquant l’humour noir. Au lecteur de dénicher les perles au milieu des souvenirs relatés sur un ton distancié, en somme pudique sous l’apparence de l’impudeur. « Peut-être suis-je une machine, une machine à écrire, contrainte et forcée. Je suis un écrivain contraint et forcé. Voilà ma vie. Et vous ne trouverez dans ces mémoires que la surface la plus dénudée de ce qui est ma vie intense. Ma vie intense, c’est mon travail ».

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Tennessee Williams

Tennessee Williams (1911-1983), écrivain américain. Dramaturge, poète et romancier. Plusieurs de ses pièces connurent un grand succès et furent portées à l’écran. Il reçut le prix Pulitzer pour Un tramway nommé désir en 1948 et Une Chatte sur un toit brûlant en 1955.

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.