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Articles taggés avec: Vincent Motard-Avargues

Ce que nous portons, Dorianne Laux

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, USA, Editions du Cygne

Ce que nous portons, 2014, traduit de l’anglais (USA) par Hélène Cardonna, 64 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dorianne Laux Edition: Editions du Cygne

 

Voila un recueil de poèmes en vers, sobres, sans fioritures. Soixante pages de la vie d’une femme. Américaine. Dont les voisins ne savent sans doute pas grand-chose. L’essentiel. La base superficielle de son appartenance à leur communauté. Possible qu’ils ignorent son talent de poète.

« Digression ! Digression ! Digression ! »

Il arrive peut-être plus vraisemblablement que ces voisins, ces inconnus familiers, la voient chasser des chats qui se disputent sous sa fenêtre, en pleine nuit, quasi nue. Ou bien est-ce elle qui rêve ? ou l’a-t-elle fait un autre jour,  une autre nuit, cette danse du balai qui miaule et feule ?

Parfois, la poète peut confondre les jours, les nuits ; la vie tourne en rond, le réel se rêve, ou l’inverse, peu importe ; mais dans ces heures-là, elle affronte sa solitude affective, ce qui, sans paradoxe, la rend complice des autres, tous les autres.

Elle est cette femme, seule, qui, parfois, roule sur la route déserte d’un village paumé, perdu dans la chaleur, sa solitude. Et qui décrit sa vie, la vie, dans ses moindres détails, comme la liste exhaustive du vide qu’on tente vaguement, vainement, de combler.

Le Citronnier, Samantha Barendson

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Jeudi, 05 Février 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Pédalo Ivre

Le Citronnier, 2014, 80 pages, 10 € . Ecrivain(s): Samantha Barendson Edition: Le Pédalo Ivre

 

Le père. L’absence du père. Ou plutôt, la présence de l’absence du père. Cette recherche incessante, cet espoir de savoir qui il était, comment il vivait, quand il vivait, loin de l’auteure, au moment où, trop jeune, elle n’a pu happer l’importance de chaque respiration, paroles, gestes de celui qui reste présent, malgré tout.

Présent, oui. Il vit avec elle, à côté, ou presque. Elle lui parle, en plusieurs langues, celle de l’héritage paternel, ou celle de l’expérience personnelle… mais avec les mêmes mots : je t’aime papatu fais chier papa… ces mêmes cris d’amour !

Présent, encore… à travers quelques photos fatiguées, deux trois babioles indispensables… et surtout certaines paroles, mots, silences intenses des proches, ceux qui l’ont connu, fréquenté, aimé… mais pas de tous ceux qui l’ont aimé… beaucoup ont disparu… comme lui… desaparecido… ce mot qui, comme l’écrit si bien l’auteure, n’a pas de double sens, concernant son père ; même si italien de naissance, il a vécu en Argentine, avant de migrer en Espagne puis a fini sa vie en Argentine, au temps de la dictature… mais de mort accidentelle… pas desaparecido, comme les torturés, assassinés… disparu comme celui qui n’a laissé pratiquement aucune trace.

Échantillons de parole, Louis Raoul

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Mardi, 02 Décembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Recours au poème Editeur

Échantillons de parole, novembre 2014, 40 pages, 6,00 € . Ecrivain(s): Louis Raoul Edition: Recours au poème Editeur

 

De Logistique du regard (N&B, Pleine Page éd.) à Démantèlement du jour (Éclats d’encre), Louis Raoul dévoile un témoignage direct, le plus exhaustif qui soit, d’une humanité sans fioritures, d’un lyrisme dénué de débordement outrancier.

Le poème est, alors, le lien du vivre, synonyme de l’être, dans l’absolu. Chaque vers décrit, non le sentiment ou l’émotion, mais le rapport au vécu, la compréhension pleine et complète de chaque détail formant le Tout des jours.

Écrire revient à bâtir, édifier le temple du temps, bâtiment de l’être humain – cette construction qui, éphémère pourtant durable, demande une insistance quotidienne.

« En écrivant / On bâtit une maison / Par le haut / Des regards y viendront / Pour un bref séjour / Ils changeront toutes les voyelles / Qui ouvraient sur le nom / Il nous faudra alors recommencer / Jusqu’à n’être plus / Que ce corps lourd de clés / Au fond d’un sommeil ».

Rivages intimes, Thierry Radière & Marc Decros

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Samedi, 29 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Récits

Rivages intimes, octobre 2014, 96 pages, 22 € . Ecrivain(s): Thierry Radière & Marc Decros

 

Un couple s’aime. Jusque là, rien de bien exceptionnel, rare. Mais ce couple écrit. On en connaît d’autres, et certains prestigieux.

Pourtant, ce couple a ceci de particulier que, si l’un est publié, l’autre ne l’est pas, ne le souhaite pas vraiment, même si, même si… elle en rêve, ne croit pas tout à fait que cela lui soit possible, que son écriture touche l’autre, le lecteur, le vrai lecteur, pas celui, passager, qui feuillette par instants, volage, léger ; non, le lecteur assidu, gourmand, vorace, qui ne se contente pas de mets ordinaires, attend un goût de révolution lettrée. Élitisme ? Non, exigence… de soi, surtout. Elle veut atteindre la surface de son rêve, pas nager sous la ligne de l’ordinaire.

Et lui, qui est publié, faisant sciemment fi de ces mêmes réflexions ; lui, tente de toutes ses forces, c’est-à-dire avec une insistante discrétion, de démontrer à sa femme que le style, en littérature, la grandeur du style tient plus en l’authenticité de l’auteur, qu’en sa manière d’appuyer une attitude formelle.

C’est gentil d’être passé, Hélène Dassavray

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Samedi, 01 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Pédalo Ivre

C’est gentil d’être passé, 2013, 46 pages, 8 € . Ecrivain(s): Hélène Dassavray Edition: Le Pédalo Ivre

 

Certains poètes possèdent ce talent rare et donc surprenant, de savoir parler deux langues. La langue double du poème, avec ses codes, références, us et coutumes ; et la langue brute de décoffrage du quotidien, avec sa franchise, sa gouaille, sa sincérité, son immédiateté.

Quelle personne, après avoir été aimée, ne se promet-elle pas de ne plus jamais tomber dans le piège sadique des sentiments ? Quelle femme, amoureuse de son homme, ne regrette pas le sexe de celui-ci, autant que les attributs de l’amour ?

Mais quelle personne parmi celles-ci a les mots pour le dire, de telle sorte que le poème devient un miroir pour les lecteurs – miroir sans tain, peut-être ? Et quelle femme sait parler de son désir, de son amour, toujours vif, sans jamais l’exhiber comme une vérité intime, mais l’exprimer à la manière d’un code commun à toutes et tous, à un moment ou un autre de l’existence ?