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Articles taggés avec: Stéphane Bret

Je, Gauguin, Jean-Marie Dallet

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 13 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Arts, Biographie

Je, Gauguin, octobre 2017, 238 pages, 8,70 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Dallet Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Le genre de l’autobiographie imaginaire est malaisé à maîtriser. Jean-Marie Dallet, auteur de Je, Gauguin, dément quelque peu ce présupposé. Dans ce récit, il est le « Je » de Gauguin, son intimité, ses secrets, ses tourments récurrents, ses obsessions. Ce qui accroche dès l’entame de l’ouvrage, c’est l’explicitation des choix de ce peintre ; il avoue ainsi, au retour de son voyage en Amérique Latine où il a passé soit dit en passant une partie de son enfance, sa dépendance vis-à vis du désir d’évasion, de fuite d’un ailleurs forcément attractif :

« En fait dès qu’il s’agira de fuir, de chercher ailleurs plus loin, toujours plus loin, une existence différente, je serai toujours partant, n’admettant jamais que de lever l’ancre, même pour le bout du monde, ne sert à rien, que l’on n’échappe jamais à l’enfer intime qui vous colle au cœur, au Sud comme au Nord ».

Les Bourgeois, Alice Ferney

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 18 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Actes Sud

Les Bourgeois, août 2017, 350 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alice Ferney Edition: Actes Sud

 

C’est l’histoire d’une famille, les Bourgeois, que retrace Alice Ferney dans son dernier roman, et à travers elle, celui de la fin du XIXe, du XXe et du début du XXIe siècle.

La présentation de la famille est accomplie par l’auteure d’une manière assez simple pour que le lecteur puisse se repérer en cours de lecture : ils sont les enfants d’Henri et de Mathilde, ils sont dix : huit garçons, deux filles, ils s’appellent Bourgeois, ont été tous baptisés dans l’Eglise catholique, ils se prénomment : Jules, Jean, Nicolas, André, Joseph, Louise, Jérôme, Claude, Guy, Marie. Ils sont nés entre une hécatombe, celle de 1914, et un génocide, celui de 1945.

A priori, le choix sociologique fait par Alice Ferney peut paraître peu convaincant à un électorat contemporain : un fragment de la bourgeoisie catholique, maurrassienne, conservatrice, étroitement localisée entre le boulevard Emile Augier dans le seizième arrondissement de Paris, et les allées du bois de Boulogne voisin, où la progéniture s’égaye. Les femmes n’y ont pour fonction et pour rôle social que d’être au service des autres, de reproduire l’espèce, de s’effacer devant la bienséance, de renoncer à tout, surtout à l’affirmation de leur propre personnalité.

Ma vie sans moi, Nathalie Rheims

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 14 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Editions Léo Scheer

Ma vie sans moi, roman, août 2017, 188 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Nathalie Rheims Edition: Editions Léo Scheer

 

Nathalie Rheims fait partie de cette catégorie d’auteurs susceptibles de provoquer un rejet, ou un sentiment de dérision teinté d’une compassion ironique : la fille des beaux quartiers se raconte encore… Pourtant, dans les deux précédents romans, Laisser les cendres s’envoler et Place Colette, il n’y avait guère de place prépondérante pour la superficialité ou la pure frivolité. Dans le premier récit, c’était l’absence d’une mère partie du foyer très tôt, que décrivait Nathalie Rheims. Le second roman s’attachait lui à la description d’un amour juvénile, une passion initiatique à l’amour avec un homme bien plus âgé que l’héroïne.

Dans Ma vie sans moi, roman, l’auteure aborde un vieux rêve humain : recommencer sa vie, en produire une nouvelle version, en évitant autant que faire se peut les erreurs et errements de la première vie. Cette exploration d’une deuxième vie commence après que l’intéressée a été anesthésiée lors d’une opération dans un cabinet dentaire. Le chirurgien se nomme Mithridate, ce qui laisse supposer que la narratrice va s’accoutumer aux poisons qu’il instille dans son organisme… Chaque chapitre du roman est illustré en préambule par des vers du poète Armand Robin, vers tirés de Ma vie sans moi.

Point cardinal, Léonor de Récondo

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 08 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Sabine Wespieser

Point cardinal, août 2017, 224 pages, 20 € . Ecrivain(s): Léonor de Récondo Edition: Sabine Wespieser

 

Léonor de Récondo appartient à un type d’auteurs dont le suivi, d’un roman à l’autre, nous comble. Commencé avec Rêves oubliés, belle chronique d’une famille de réfugiés républicains espagnols tentant de maintenir le souvenir de l’autre côté des Pyrénées, continué avec Pietra Viva, pertinente interrogation sur la place de l’artiste dans la Cité, et enfin Amours, décrivant les tourments et déchirements d’une femme bourgeoise en proie à des sentiments déviants, Léonor de Récondo continue ce parcours par Point cardinal, son dernier roman. Cette romancière nous avait séduits par la précision de son écriture, son style dépouillé, la nuance dans l’élaboration des portraits et la restitution de la vie psychologique des personnages.

Autant dire d’emblée que nous retrouvons toutes ces qualités dans Point cardinal. Le décor c’est celui d’une petite ville, dans une région non située géographiquement. Laurent Duthillac est un bon père de famille, tout ce qu’on fait de plus classique en la matière.

Comme une rivière bleue, Michèle Audin

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 29 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Histoire, Roman, Gallimard

Comme une rivière bleue, août 2017, 391 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michèle Audin Edition: Gallimard

 

Peu de romans ou d’essais historiques sont consacrés à la Commune de Paris. Est-ce dû à la brièveté de l’événement ? À son caractère d’utopie révolutionnaire inenvisageable ? Probablement un peu de tout cela. Michèle Audin, dans son récit Comme une rivière bleue, évoque cette période, non pas du point de vue global de l’histoire, mais de celui des Communards de base, ceux des quartiers en pleine ébullition, des faubourgs populaires, de ceux qui tiennent des réunions enflammées par la passion de transformer le monde.

Michèle Audin ne manque pas de décrire avec fougue et conviction ce qu’éprouvent à titre privé et dans leur for intérieur les Communards, comment ils s’aiment, se querellent, se retrouvent. Le récit s’articule en descriptions successives des quartiers parisiens juste après la proclamation de la Commune en mars 1871. On arpente ainsi la place de Grève, le onzième arrondissement, le Faubourg Saint-Antoine, le quai Conti. Mais c’est la prise du journal Officiel qui est présentée comme l’une des premières décisions de la Commune, c’est l’occasion d’y présenter les personnages que l’on retrouvera à travers le récit : Emilie Lebeau, Pierre Vésinier, Florris Piraux, Paul Vapereau, Charles Longuet. On y croise bien sûr les grandes figures de la Commune, Jules Vallès qui s’écrie :