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Articles taggés avec: Sophia Dachraoui

Le cubisme, une esthétique de la surface (2)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Le personnage amuï ou la parole impuissante

 

Dans Martereau, la métamorphose de l’être en château fort témoigne d’un langage qui ne cache que mieux l’être :

 

Bien protégés. À l’abri derrière leurs mots. Personne ne pourrait parvenir à s’accrocher au rempart lisse de leurs discours et à arriver jusqu’à eux, là où ils se tiennent tapis lâchement et nous épient (26).

 

De même, les personnages de Claude Simon se parlent, mais ne saisissent que très rarement la signification des paroles de l’autre. Leur conversation ressemble davantage à des monologues prononcés simultanément où les répliques se confondent sans aucune communication. Par ailleurs, les personnages ne s’écoutant pas, toutes leurs paroles tombent dans le silence. C’est le cas de ceux de La Route des Flandres :

Le cubisme : une esthétique de la surface (1)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Vendredi, 09 Novembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

Le personnage moderne : un simple objet du regard

 

Si la phénoménologie nous a appris qu’il n’est pas de perception « déculturalisée » ni exempte d’une part d’intentionnalité, il n’en reste pas moins que certains romans modernes sont peuplés de regards le plus « désinstrumentalisés » possible. Contemplatif et observateur, le narrateur proustien est prêt à embrasser le monde et à le contenir ou, du moins, à le fixer pour le retenir. Le spectacle du monde est donné par ses yeux. Dans Du côté de chez Swann, le narrateur est souvent observateur et presque jamais observé : on le voit rarement dans le champ de vision, on voit rarement son comportement, on écoute rarement ses paroles, mais on suit souvent le mouvement de son regard. Or, ce procédé, qui consiste à donner l’univers romanesque à travers le regard, est caractéristique de la littérature du Nouveau Roman. N’oublions pas que l’un des noms qu’on a voulu donner à ce mouvement fut « l’école du regard ». Barthes atteste que la perception est le propre du Nouveau Roman :

Personne et personnage modernes : approche interdisciplinaire (deuxième volet 3)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Samedi, 10 Mars 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Plaidoyer pour un personnage plat : L'esthétique du figé


Au début du Voyeur d’Alain Robbe-Grillet, lorsque Mathias apparaît sur le quai, rien n’est dit de sa personne physique, à part sa posture :

« Légèrement à l’écart, en arrière du champ que venait de décrire la fumée, un voyageur restait étranger à cette attente. La sirène ne l’avait pas plus arraché à son absence que ses voisins à leurs passions. Debout comme eux, corps et membres rigides, il gardait les yeux au sol » (1).

Dès l’abord, le lecteur sait par conséquent qu’il ne s’agit pas de personnage vivant, mais d’un corps statufié comme on en trouve dans les tableaux de Chirico. Mathias étant « debout », « corps et membres rigides », nous assistons à une scène sans vie.

Chez Beckett, la présentation des personnages joue sur la même réticence énonciative. Murphy est présenté ainsi par la posture de son corps :

« Il était assis, nu, dans sa berceuse (…). De la sueur lui coulait par tout le corps. La respiration n’était pas perceptible. Les yeux froids et figés comme ceux d’une mouette, fixaient sur la moulure lézardée de la corniche une éclaboussure irisée qui allait pâlissant et se rapetissant » (2).

Personne et personnage modernes : approche interdisciplinaire (deuxième volet 2)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Jeudi, 16 Février 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Plaidoyer pour un personnage plat : L'esthétique impressionniste.


1) Le flou des contours :


L’existence fantomatique des personnages proustiens a été soulignée par Alain De Lattre dans les propos suivants : « (Chez Proust) Il n’y a pas de personnages. Il y a des noms. Et puis, derrière, des ombres, des visages. Quelque chose qui nous échappe » (1). De cette abolition des contours bien nets et de la caractérisation bien déterminée résulte une esthétique du flou qui fait penser à l’art impressionniste. Ce courant pictural procède en effet de façon analogue dans la mesure où il ne saisit de la personne représentée qu’une forme plate. On ne distingue les traits et les lignes que grâce à des couleurs emmêlées ou à des effets de lumière. L’effacement des contours et des lignes fait du personnage une ombre frappée de viduité.

Cette représentation trouve son expression la plus ultime dans Le Planétarium de Nathalie Sarraute. Toute tentative de décrire le personnage y échoue : « Tout est creux. Vide. Vide. Vide. Entièrement vide. Tout est mort. Mort. Mort. Mort » (2).

Personne et personnage modernes : approche interdisciplinaire (deuxième volet 1)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Lundi, 16 Janvier 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Plaidoyer pour un personnage plat : Le refus de la vraisemblance

 

L’être de fiction qu’est le personnage traditionnel échappe à la relativité que connaît le personnage moderne. En raison des nombreuses déterminations qui pèsent sur lui, il était saisi comme un absolu. Le roman dans lequel il se trouvait transformait la fragmentation en totalité. Dès lors, le psychologique se donnait comme mythique. Or, dans un siècle où l’homme n’est plus qu’un « pauvre trésor » (1), Proust et les Nouveaux romanciers, après avoir démoli la représentation d’un personnage très déterminé qui résultait d’un anthropomorphisme révolu, vont essayer d’accéder à une nouvelle représentation. Désormais le personnage doit figurer la personne humaine telle qu’elle est conçue à l’époque moderne.