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Articles taggés avec: Sana Guessous

Ramadan Debout, par Sana Guessous

Ecrit par Sana Guessous , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Pauvre, pauvre Ramadan.

Mois de piété à la tronche piteuse.

Mois de grâce aux grasses bajoues.

Mois béat au cœur béant,

Aux bras ballants, aux boyaux tordus.

Tu t’attendais pas à ça, hein,

À ce truc visqueux qui te pourrit les muqueuses.

À ce mélange boueux qui macère dans tes tripes.

Mélange de Chebakia rance et de pubs d’Ariel.

Nos gargouilles et chimères, par Sana Guessous

Ecrit par Sana Guessous , le Mardi, 31 Mai 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Les gargouilles, les chimères. Les rondes, celles au nez empâté. Les longues, les serpentines, qui vomissent de l’eau sale. Celles aux oreilles pointues, à la gueule grimaçante, aux yeux exorbités. Les cornues, les bossues, les griffues, les écaillées, les carapacées, les ailées, les rampantes, les dentues et les édentées.

Elles sont partout, les gargouilles. Ma vue en est pleine.

À Rouen, les gargouilles sont malheureuses comme les pierres qui les soutiennent. Il y a longtemps qu’elles ne font plus peur à personne. Même les gamins s’amusent de leurs tronches grotesques, menaçantes. Il paraît qu’elles protégeaient les églises des diables et des pécheurs. Qu’elles dégueulaient le mal hors des cathédrales et des tribunaux. Cruelle ironie.

Aujourd’hui, elles agrémentent des murs désertés, rongés d’humidité. Elles ornent les selfies réjouis des touristes. Elles ont perdu de leur superbe et gagné en « mignoncité » et en likes sur Instagram.

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Ecrit par Sana Guessous , le Lundi, 16 Mai 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Albin Michel

Trois jours et une vie, mars 2016, 288 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Pierre Lemaitre Edition: Albin Michel

 

Quand ça part en vrille

 

Avant la couverture pleine de feuillages et de mystères, c’est un très élogieux portrait paru dans le Magazine littéraire qui m’a donné envie de découvrir Pierre Lemaître. J’ai donc lu son dernier roman, Trois jours et une vie, et je suis un peu déçue.

Pas au point de le jeter rageusement contre un mur ou de le déchiqueter à pleines dents, car c’est tout de même un solide page-turner qui colle aux mains, s’agrippe aux vêtements et te pourchasse jusque dans les toilettes si tu n’y prends garde. J’ai même dû me réveiller à deux heures du matin pour faire taire ce compagnon impérieux et intrusif qui, entre deux rêves, me sommait de l’achever, ce qui fut fait en moins de vingt-quatre heures. Ouf.

C’est peut-être ça qui me laisse sur ma faim. Je m’attendais à une lecture ample, à une randonnée, à m’user les muscles et à me délasser les yeux, à arpenter longuement les âmes et les forêts, et je me retrouve à presser le pas pour connaître fissa le dénouement de l’intrigue et enfin passer à autre chose.

Toi je vais te faire* la gueule : A propos de Histoire de la violence, Édouard Louis

Ecrit par Sana Guessous , le Vendredi, 04 Mars 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

A propos de Histoire de la violence, Édouard Louis, Le Seuil, janvier 2016, 240 pages, 18 €

 

Il est quatre heures du matin, Édouard rentre chez lui à pied, un brin éméché après un agréable dîner de Noël avec ses amis, ravi d’étreindre les livres de philosophie que Didier vient de lui offrir. Édouard se fait une joie de les caresser, de les feuilleter en rentrant chez lui, mais un homme le suit de près et contrarie ses rêveries.

L’étranger finit par l’aborder. Il s’appelle Reda, il est souriant, séduisant, très insistant. Il veut discuter un peu, il veut monter chez Édouard boire un petit verre, juste un seul, allez. Édouard proteste longuement mais finit par céder, désarçonné par cette phrase soudaine : « On fait l’amour ? ».

Dans l’appartement, la soirée tourne lentement au cauchemar. Édouard Louis est volé, étranglé, insulté, menacé d’un revolver, violé. Quelques années plus tard, il raconte ce traumatisme dans Histoire de la violence, paru en janvier dernier au Seuil.

Maman Vs Plouc-la-Ville

Ecrit par Sana Guessous , le Samedi, 04 Août 2012. , dans Ecriture, Récits

Sans doute l’événement le plus cocasse de la semaine. Je longe tranquillement la côte, m’attardant tantôt sur l’écume des vagues, tantôt sur des enfants d’une dizaine d’années, dormant à même le sol, emmitouflés dans de petites couvertures trouées et grelottant de froid. La folle crinière de ma mère flotte sur son front soucieux. Je lui raconte l’essentiel de mes échanges avec un journaliste de la Gazette du Maroc, qui m’a certifié que le huitième congrès international de l’église évangélique américaine s’articulerait en septembre prochain autour de notre pays. Que les évangélistes ambitionnaient de convertir 10% de la population du Royaume à l’horizon 2020. La voiture repose à quelques mètres du Lido et nous avons déjà parcouru toute la distance séparant l’hôtel Riad Salam du KFC. Trois énormes silhouettes se profilent sur les petites bosses du trottoir. Le temps de m’exclamer en un « Salut ! » agacé à la vue de ce même reporter que j’ai laissé « flasher » à la rédaction il y a une heure, que le trio de faces de fouine nous dépasse de quelques centimètres. Les sifflotements fusent, le darija est tordu dans tous les sens, le suc des compliments les plus libidineux m’est déroulé sous les pieds, tel un tapis de clous. Ma mère s’arrête et m’immobilise dans une empoignade sans équivoque. Bon. J’en profite pour scruter les Unes de la Yellow Press arabophone. Les ploucs s’engagent dans le kiosque et tripotent des sacs de chips en me regardant de la manière la plus « parlante » qui soit. Maman, ou le Dragon, pour changer un peu, m’arrache presque un lambeau de chair en reprenant sa course effrénée vers la voiture.