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L'idéal de Gabriel

Ecrit par Pierre-Jean Baranger , le Mercredi, 27 Juin 2012. , dans Nouvelles, Ecriture

Des années. Il y avait des années qu'il attendait ce moment là. Six ans, pour être exact. Lorsque Gabriel s'était ouvert de son projet à ses amis, à ses parents, tous s'étaient récriés. "Mais tu es trop vieux ! Rends-toi compte ! Tu as quand même vingt six ans ! Et puis, pourquoi maintenant ? Ton métier ? Tu as pensé à ton métier ? " Son métier, il y avait bien longtemps qu'il avait compris que ce n'était que pour satisfaire son père, qu'il s'était lancé dans cette branche. L'informatique, ah ! L'informatique… Tout le monde s'engouffrait dans ce tunnel, mais lui, il avait besoin de lumière, aujourd'hui. Son diplôme d'ingénieur en poche, il avait trouvé rapidement du travail, gagnait bien sa vie… Mais la passion l'avait quitté, tranquillement, comme une maîtresse dont il s'était lassé avec l'habitude et le temps.

Alors il s'était lancé ce défi. Et aujourd'hui il était dans la dernière ligne droite. Ou courbe, plutôt. Car il ne voyait absolument pas sur quoi cela allait déboucher. Un travail de chaque instant, des envies de tout balancer, aux exaltations ne débouchant sur rien… Sinon sur un recommencement… Gabriel avait tout connu, ou à peu près. Durant six ans, comme dans une traversée du désert, avec ses mirages et ses désespérances, il s'était forgé au moins un caractère, n'écoutant que ses paroles et celles de son professeur. Il se sentait comme un gamin devant lui, serrant nerveusement son crayon à papier ou sa gomme, pour noter scrupuleusement ce que l'homme de l'art lui conseillait.

La pluie n'a pas cessé

Ecrit par Pierre-Jean Baranger , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Récits


Texte sélectionné par la Cause Littéraire sur Ipagination


La pluie n’a pas cessé, durant toute la journée. Je suis resté calfeutré chez moi, regardant les arbres ruisseler comme au sortir d’un bassin, le vent poussant de sombres nuages gris et noirs, venus du nord. Rien d’extraordinaire dans cela, rien d’autre que la contrariété de n’avoir pu aller faire ma promenade dominicale, me menant de la ligne de crête des hautes forêts, jusqu’à tout en bas, jusqu’au bord de la rivière brune, qui charrie encore une eau forte, poussant au-dedans d’elle les minuscules lambeaux du pays de Millevaches, ce haut plateau qui lui sert de genèse, de source. Alors, il me reste le soir pour m’évader, blotti sur mon fauteuil, oubliant le vent qui fait claquer les volets et geindre les courants d’air. Il me reste le soir et mon livre, le livre commencé la veille et qui, déjà, a tressé des liens avec moi, m’enlaçant pour la ronde des mots, celle dont je ne me défends jamais, me contentant d’être heureux lorsque je deviens le cavalier de ces aventures auxquelles un livre me conduit.