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Un phare

Ecrit par Noémie Aulombard , le Vendredi, 05 Juin 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je suis la fiancée bretonne qui allume à sa porte une lanterne, dont la lumière se maintient toujours. Je garde le phare, celui qui ramènera à bon port mon amour, dans le lointain parti. Qu’il brille à travers les couloirs du temps ! Je veux que mon homme soit guidé dans l’éternité du voyage par cette lueur amoureuse. Je veux qu’il me revienne vite, entouré de senteurs nouvelles et de couleurs épicées. Je ne veux plus sentir ce manque béant, au creux de mes côtes ; ce souffle glacé dans la nuque, la respiration de l’absence. Je ne veux plus percevoir l’éclat mat du silence de son visage et de sa voix.

Dans le secret de mon cœur, je me remémore tous les instants d’amour. Ils sont là, gravés dans ma chair, inscrits sur ma peau. Je les sens encore, comme une immortelle présence, avec l’exactitude des gestes et des frôlements, la minutie des mots et des douceurs. Ils sont toujours là, ces instants, survivant à tous les périples, à toutes les turbulences de la mer et du cœur. Je t’aime, dans le souvenir, mon bien-aimé.

Portrait

Ecrit par Noémie Aulombard , le Mercredi, 06 Mai 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Lorsque je te vis pour la première fois, tu paraissais plus vivante que tous ces autres visages figés, drapés dans leurs manteaux d’ennui et d’immobilité. Toi tu me regardais ; et la noblesse qu’affichait tout ton être m’a fait venir jusqu’à toi.

Une certaine élégance émanait de ton corps, vêtue de cette robe rouge faite dans une étoffe lourde et solennelle, qu’accompagnait le mauve clair d’un tissu qui semblait flotter sur ta poitrine. Elégance tacite.

Tu étais là, devant moi. Tu m’apparaissais pourtant lointaine, impalpable, comme si une frontière se dressait entre nous, nous séparant par-delà le temps et l’espace. Et cependant, j’étais attirée. J’étais poussée vers toi, comme un assoiffé est poussé vers un ruisseau qui lui rendrait son souffle et sa vie. Je t’aimai, à l’instant même où ton regard se posa sur moi. Présence frêle et précieuse, quand l’absence – une absence apathique, un silence empli d’une angoisse diffuse – régnait sur les visages de tous ceux qui t’entouraient. Interdite, je contemplais ton existence fascinante.

Le tunnel

Ecrit par Noémie Aulombard , le Mardi, 31 Mars 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Mon avenir s’est perdu dans les méandres de l’angoisse ; et pourtant, je veux ma liberté. Le néant touche tout mon corps, de sa main invisible. Je sens son souffle sur la surface de ma peau. Je vais disparaître bientôt. Mes désirs étaient trop grands. Tout mon être porte son propre deuil. J’entends la vulnérabilité de mon corps résonner de tous côtés, ce corps qui a voulu échapper à sa condition. Bientôt, le sursis tombera sur mon être trop épris de liberté.

On m’a enfermée depuis longtemps. J’ai eu comme dessein de m’échapper ; alors je prépare finement mon évasion. Au début, je la rêvais. Le fantasme vaporeux de ma liberté retrouvée a pris enfin corps et esprit. Il est devenu réalité du désir. J’avance vers la sortie avec obstination.

Mais dans cette réalité, l’angoisse m’a rattrapée. A quoi sert encore de marcher ou de courir ? A quoi servent mon visage et mes mains ? Quel est le sens de cet ordre que j’essaye de faire couler en mon esprit ? A quoi riment tous les mots que je prononce et tous les souvenirs qui me font exister ? Maintenant que la sensation de m’anéantir a surgi, tout n’est que pâleur et impressions amorties. Je suis comme dans un rêve, un mauvais rêve, un rêve où je ne suis pas sûre d’exister. Ronde de réminiscences répétitives, qui usent la main qu’elles agrippent. L’étreinte de l’angoisse est forte, d’une implacable signifiance.

Statue (partie 4 et fin)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

-V-


Pour une statue, le temps n’existe pas. Elle ne sent pas la course des secondes sur sa peau de pierre. Une statue a mal, pourtant. Son corps dur et raide, froid et pétrifié, ressent une douleur éparse, qui s’épanouit dans toute sa chair, réduite à n’être plus qu’un monolithe pesant et silencieux.

Je suis une statue, donc. Condamnée à l’immobilité et au mutisme. Je traverse les âges et je suis insensible à leur écoulement sur ma peau, à leur mouvement dans mon cœur. Ma mémoire est défaillante. Les souvenirs fusionnent avec le  moment présent.

Un homme se présente devant moi, un homme habillé avec une certaine recherche. Je vois dans ses yeux, qui me fixent, que son univers est habité par l’élégance, les grands vins et un certain raffinement de la pensée. Je fixe la lueur verte de ses yeux et vois dans le reflet de son regard, dans le reflet de sa mémoire, une réminiscence se déployer en souvenir.

Statue (partie 3)

Ecrit par Noémie Aulombard , le Vendredi, 12 Septembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

-IV-


Un brin de soleil tombe sur ma peau froide et immobile. Je le sens réchauffer toute ma chair de pierre. C’est une sensation agréable et reposante. Cette nuit, je n’ai pas dormi. Le sommeil d’une statue est parfois douloureux ; mes membres souffrent du silence qui leur est imposé. L’écho de mes pensées m’apaise, se dressant face à ce silence, qui me taraude de toutes parts.

Il est tôt le matin, et pourtant, je reçois de la visite. Un homme, jeune d’une vingtaine d’années, s’avance vers moi, parcourt du regard le chemin sinueux de ma chair et plonge ses yeux dans les miens, inspectant chaque parcelle de mon âme et de mon corps. Face à lui, je le vois et tout son être m’appartient. Mutuellement, nous nous emparons de nos images. Un dialogue muet s’installe alors entre lui et moi. Dans le miroir de nos regards, des reflets s’affichent et nous nous saisissons.