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Articles taggés avec: Myriam Ould-Hamouda (Maestitia)

Mon nom pour bouclier

Ecrit par Myriam Ould-Hamouda (Maestitia) , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Ne me demandez pas d’en avoir honte

De le traîner comme un boulet

Parce qu’il ne rentre pas dans la marge

De ma dissertation de français

Que votre langue dérape et se rétame

À chaque fois qu’elle fait l’appel

 

Ne me demandez pas d’en être fière

De le brandir comme un trophée

Parce qu’il résonne au-delà des frontières

Des traits noirs du planisphère

Que je porte l’histoire d’un peuple

Sur ma carte d’identité

L’école m’a tuer

Ecrit par Myriam Ould-Hamouda (Maestitia) , le Jeudi, 13 Novembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

(c’est l’histoire d’une déclaration d’amour qui perd pied)

 

On s’était promis de ne jamais se faire payer le prix de l’amour qu’on se portait. Mais les promesses, même gravées sur un banc à la pointe du canif, y’a toujours un cul qui finit par s’assoir dessus. Les promesses ne volent jamais plus loin qu’un il était une fois, et quand le réveil sonne il est déjà l’heure de reprendre le chemin de l’école. Se lever le mercredi matin, faire le chemin à pieds qu’il pleuve qu’il neige que le soleil tape trop fort, ça nous a jamais tués. L’école n’a jamais eu besoin d’aide pour avoir notre peau. Son problème, c’est pas le rythme, c’est la mélodie. Une complainte d’adultes qui soupirent en répondant à des questions qu’on ne s’est jamais posées ; quand on chante faux, on réserve ça à la salle de bain – c’est la moindre des politesses. La même, d’ailleurs, qu’elle glissait dans notre soupe froide tous les midis dans cette cantine qui sentait toujours mauvais, même les jours de frites.

La junkie

Ecrit par Myriam Ould-Hamouda (Maestitia) , le Jeudi, 30 Janvier 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Recroquevillée au fond d’un vieil hangar, des gouttes de sueur perlent le long de son front, de ses joues, de son corps. Dehors, les prémices de l’hiver dictent déjà au thermomètre un 0°C, mais pour son corps chétif se joue depuis quelques heures une canicule interne. Les yeux dans le vague, elle ôte machinalement les fragments de vêtements qui la couvraient jusque-là. Nue sur le béton froid, le battement de son cœur s’accélère. Vite, vite, trop vite. Il semble vouloir quitter sa poitrine. Tap tap tap. Ça cogne, ça fait mal. Tap tap tap. Elle l’aiderait bien, puisant dans ses dernières forces pour ouvrir sa cage thoracique. Mais déjà ses bras prennent, eux aussi, leur indépendance. Alors que des milliers de fourmis semblent grouiller en eux, ils s’agitent en tous sens, entament une chorégraphie burlesque. Que fait-elle là ? Que lui arrive-t-il ? Si elle pouvait donner un sens à cette scène absurde dont elle est l’actrice principale, et la seule spectatrice aussi. Elle ferme les yeux. Ce n’est qu’un rêve. Qu’un vilain rêve. Elle va bientôt se réveiller sous une épaisse couette, en un petit nid douillet où tout ça n’a jamais existé. Mais elle a beau espérer de toutes ses forces, elle ne se réveille pas. Et la canicule, son cœur qui cogne et les fourmis sont toujours là.

Soupe à la grimace

Ecrit par Myriam Ould-Hamouda (Maestitia) , le Mardi, 09 Juillet 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Frénétiquement, tes yeux parcourent la carte qui te fait face. Foie gras de canard maison mi-cuit. Andouillette grillée. Tartiflette au vin blanc. Cœur d’entrecôte grillée. Jarret de porc. Choucroute maison. Magret de canard rôti. Steak d’espadon poêlé. Fondue savoyarde. Les plats semblent danser devant toi. Tu les vois. Les sens. Les touches déjà. Ces plats à l’intitulé qui fredonne en toi une mélodie enivrante. Ton estomac se creuse de plus en plus. Ils sont là. Ils t’appellent, la bouche en cœur. Mange-nous ! Mange-nous !

Ton songe semi éveillé s’interrompt brutalement par l’arrivée d’une serveuse au sourire figé. Ces messieurs dames ont choisi ? Tu lui jettes un regard noir. Un regard qui hurle Non, ces messieurs dames n’ont pas choisi. Laissez-les rêver encore un peu ! Mais déjà la bouche de ton hôtesse reprend mécaniquement : Alors, en plat du jour, nous avons : Des escalopes de dinde à la crème, des rognons de porc ou des noix de Saint-Jacques sauce curry.