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Articles taggés avec: Mélanie Talcott

A propos de Entre deux mondes, Olivier Norek, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mardi, 21 Novembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Entre deux mondes, Olivier Norek, Michel Lafon, octobre 2017, 416 pages, 19,95 €

 

Là-bas, ça pue le sang, les coups, la torture, le meurtre, le viol, la putréfaction des corps abandonnés à même le sol. Une terreur cataleptique fait de vous une victime, un bourreau ou encore un collaborateur. Les machettes anatomisent, les balles déchiquètent, les bombes pulvérisent. La folie porte le masque de la mort.

Ici, ça pue la pisse, la merde, les ordures qui croupissent, « le bois humide brûlé ». Machettes, barres de fer, armes à feux, mains qui étranglent. Une peur insidieuse vous tient aux aguets, la nuit comme le jour. Celle de se faire bouffer par la teigne, la malaria, la gale et autres saloperies refilées par les rats et les chiens errants, celle de se faire voler, celle de se faire violer, celle de se faire kidnapper, celle de se faire tuer et la moindre, celle de se faire prendre par les forces de l’ordre, police calaisienne, CRS, gendarmerie, douaniers. Ici aussi, la vie ne vaut rien. Ou si peu. Les mafias claniques y veillent, bien qu’elles doivent composer avec d’autres nouvellement rapportées dont l’albanaise qui dispute à l’afghane « le marché des passeurs» vers l’Angleterre.

Bakhita, Véronique Olmi

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 09 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Albin Michel

Bakhita, août 2017, 455 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Véronique Olmi Edition: Albin Michel

 

Dis Madre Moretta, comment on appelle ça aujourd’hui ?

Véronique Olmi… le nom flamboie haut, en grandes lettres blanches sur la couverture du livre, effaçant d’autant celui de la femme qui en est la véritable protagoniste, Bakhita, comme si ironiquement la littérature rejouait à cette femme, née à la fin du XIX° siècle, le mauvais tour d’être à nouveau un objet de marketing, cette fois-ci éditorial, tout comme elle le fut, d’une autre manière, en Afrique pour les négriers et plus tard, en Italie dans les années pré-mussoliniennes, pour l’Église quand « il fallait relever le prestige de l’institut (religieux canossien et récolter des fonds) en promenant Madre Giuseppina dans toute l’Italie », avant de serrer la pogne au futur dictateur et enfin, d’être déclarée sainte par le pape Jean-Paul II en octobre 2000.

Douleur, douceur… ainsi pourrait se résumer l’itinéraire monstrueux de la Moretta, la noiraude. Pour passer de l’une à l’autre, il suffit d’un rien, d’une inattention lexicale. Non pas la plus évidente et stoïque qui consiste à substituer une lettre par une autre, mais celle que l’insouciance heureuse, qu’elle soit d’enfance ou d’un instant fugitif d’un bonheur simple, provoque à son insu. Le regard étonné qui se détourne, le rire qui efface la prudence, la vigilance qui s’échappe et la douleur se substitue à la douceur. Arrive alors l’impensable.

Réflexions autour de Quand sort la recluse, le dernier Vargas, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 19 Octobre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Quand sort la Recluse, le dernier opus de Fred Vargas… Un livre sans surprise, au pitch réitératif. Et comme cela m’a consternée plutôt que fichu les boules, en voici une réflexion décalée.

Quand Michèl(e) sort dans la rue ou qu’elle voit à la télé un truc qui la met en colère ou qu’elle vit quelque chose qui ne lui plaît pas et qu’elle se tait, elle se sent mal. Très mal. Ce qui se passe dans son boulot avec ses collègues n’échappe pas à cette prise de conscience. Son travail n’est pas facile, elle a surmonté plusieurs crises, elle a fait grève, elle était de toutes les manifestations. Il y a eu des changements structurels et des licenciements de personnel, elle a entassé des pneus devant l’entreprise, ils les ont brûlés pour protester. Michèle leur a apporté du café bien chaud et a mangé des merguez avec eux dans le froid, tandis qu’ils empêchaient les camions d’entrer. Ensemble, ils ont résisté aux forces de l’ordre. Bref, ils ont fait tout ce qui leur semblait possible pour sauver leur entreprise. Ils sont une famille. Vingt-cinq ans dans la même boîte à fabriquer la énième pièce d’une Citroën ou d’une Peugeot. Ce qu’elle en retient ? Ses amitiés, la convivialité, l’entraide et la solidarité.

Sous la plage, les pavés… Fred Vargas, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Vendredi, 13 Octobre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Il y a ceux qui aiment, qui idolâtrent Fred Vargas. Explosés d’admiration béate, ils attendent ses écrits avec la même ferveur qui en cloue d’autres des heures durant sur la place Saint-Pierre dans l’espoir que surgisse de la fenêtre pontificale, ce je ne sais quoi qui les transcenderait enfin. Les réseaux sociaux en frémissent tout vibrants d’amour. Vienne à paraître l’objet de leur désir et les voilà qui s’égaillent, se précipitent comme à l’ouverture des soldes ou comme le jour de la mise en place dans les gondoles du nouveau Nothomb, Musso, Levy, Gavalda ou Pancol. Ils s’en emparent avec appétit, le portent aux nues par anticipation, le croquent et le dévorent conquis, même si après, il leur arrive de le vouer aux gémonies comme c’est actuellement le cas pour son dernier ouvrage, L’Armée Furieuse.

Décevant, Vargas ne fait plus du Vargas, clapotent-ils sur leur clavier. Donnons-lui une chance, elle fera mieux au prochain, on l’attend au tournant.

Sorj Chalandon… Tout le monde ment, même les fantômes, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 21 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Longtemps, il n’a été pour moi que Le Viking. A cause de son prénom, Sorj, qui résonnait slave. J’ignorais son nom. Il était celui qui écrivait dans Libé une chronique intitulée Après coup. J’en aimais le trait qui me rappelait la plume de Pierre Viansson-Ponté et son idée décalée. Ecrire sur la télé. Cela faisait crier à l’imposture les intellectuels tout terrain. Chercher dans l’image ce que le spectateur n’avait peut-être pas vu ou entendre les mots qu’il n’avait pas eu le temps d’écouter. Il était aussi celui qui avait fait – entre autres – l’Irlande du Nord et le Liban, celui pour qui l’horreur n’était ni une manchette ni une audience médiatique mais avait le visage d’hommes, de femmes et d’enfants qui jamais ne seraient, pour lui, de simples dommages collatéraux. Il rejoignait en cela dans mon panthéon personnel les comme-on-en-fait-plus dont j’ennoblissais mythiquement la vie, entre Joseph Kessel, Jack London, Albert Londres, Philip John Griffiths ou Don McCullin. Puis la vie nous a séparés. Il a suivi son chemin, j’ai suivi le mien et je l’ai oublié.