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Articles taggés avec: Marjorie Rafécas-Poeydomenge

Le nouveau pouvoir, Régis Debray

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 12 Février 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Le nouveau pouvoir, Régis Debray, Les éditions du Cerf, septembre 2017, 93 pages, 8 € . Ecrivain(s): Régis Debray

La promesse de ce livre était séduisante : comprendre le phénomène Macron à travers le spectre de l’avènement du néo-protestantisme.

Mais, si la verve érudite de Régis Debray est là pour nous arracher quelques sourires, à aucun moment est clairement défini ce qu’est le néo-protestantisme. D’ailleurs, à la fin du livre, on a plutôt l’impression qu’il s’agit davantage d’un règlement de comptes avec Paul Ricœur qu’avec le néo-protestantisme… Une raillerie de la philosophie du milieu qui refuserait les contradictions.

Régis Debray s’amuse plutôt à nous décrire le néo-protestantisme à coups de clichés. Il se moque de la nouvelle évangélisation de l’esprit faussement cool des start-up et de la bienveillance. Il voit derrière le néo-protestantisme l’esprit de la mondialisation, de la culture dominante anglo-saxonne protestante, une uniformisation du monde. Cette culture anglo-saxonne engendrerait l’individualisme, la baisse de l’importance du politique avec une approche managériale du traitement des sujets politiques, ainsi que l’obsession de la transparence. Selon lui, la transparence est un phénomène protestant ! « Les pays issus de la Réforme ont un avantage sur leurs voisins, plus arriérés : ils ne mettent pas de volets aux fenêtres. La vertu cultive les maisons de verre, le vice, les maisons closes (les prostituées à Amsterdam sont en vitrine) ».

A propos de "Le nouveau malaise dans la civilisation", Samuel Dock, Marie-France Castarède, par Marjorie Rafécas-Poeydomenge

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 15 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Marie-France Castarède et Samuel Dock avaient frappé fort en 2015 avec leur Nouveau choc des générations, qui pointait du doigt le développement d’un narcissisme outrancier chez les générations plus jeunes, ainsi qu’un rapport au temps bouleversé par l’immédiateté des nouvelles technologies. Nos deux psychologues reviennent à la charge pour nous réveiller à nouveau de notre faux confort digitalisé. Cette fois-ci, leur titre s’inspire de l’œil sévère de Freud : Le nouveau malaise dans la civilisation. Mais à la différence du précédent ouvrage, le ton est différent, le fossé générationnel est plus cinglant, les visions de nos deux auteurs s’opposent davantage. En effet, le dialogue intergénérationnel entre Marie-France Castarède, professeure de psychologie née en 1940, et son ancien élève, Samuel Dock né en 1985, est plus rugueux et moins consensuel. L’héritage de la philosophie des lumières de Marie-France Castarède, empreint d’un certain optimisme et romantisme, s’affronte à la vision plus sceptique et nietzschéenne du monde de Samuel Dock.

L’homme arrivera-t-il à s’extirper de son narcissisme ? Rien n’est moins sûr. C’est la chose dont il est le plus difficile de se débarrasser et qui fait paradoxalement souffrir. Or notre société hypermoderne favorise cet état « d’auto-suffisance en permanence ».

Deviens ce que tu es. Pour une vie philosophique, Dorian Astor (2ème critique)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 28 Avril 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Editions Autrement

Deviens ce que tu es. Pour une vie philosophique, 161 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Dorian Astor Edition: Editions Autrement

 

Deviens ce que tu es est l’une des injonctions les plus célèbres de la philosophie, attribuée à Nietzsche alors qu’en réalité elle a été inventée par le poète grec Pindare. Promesse marketing redoutable, elle a été utilisée comme slogan par la marque Lacoste et détrône aujourd’hui le moins vendeur et plus introspectif, Connais-toi toi-même de Socrate.

Si la formule « deviens ce que tu es » est séduisante de prime abord, elle n’en demeure pas moins difficile à décoder. Comment devenir ce que l’on est quand on ne sait pas qui on pourrait être ? C’est pour cette raison que Dorian Astor, spécialiste de Nietzsche, nous apporte un éclairage stimulant sur ce que pourrait signifier cette phrase « piège » à travers son essai Deviens ce que tu es, Pour une vie philosophique.

Je me voyage, Mémoires (Entretiens avec Samuel Dock), Julia Kristeva

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Samedi, 04 Mars 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Fayard

Je me voyage, Mémoires (Entretiens avec Samuel Dock), octobre 2016, 297 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Kristeva Edition: Fayard

 

S’entretenir avec une femme aussi érudite, brillante et authentique que Julia Kristeva exige un interlocuteur de qualité, ce que réussit avec brio Samuel Dock, psychologue clinicien face à la psychanalyste de renom pour laquelle aucun détail ne lui échappe. Comme Nietzsche, Julia Kristeva est « nuance » et ne supporte pas les auteurs « qui jouissent de trancher dans le vif de tout ce qui les excite », ce « marketing déprimé ». Elle préfère tout disséquer, puiser dans sa mémoire insatiable, ce qui ne l’empêche pas de s’être forgé des convictions solides au fil de son « voyage » de réflexions. Comme celle sur les femmes : « Je n’ai jamais compris comment les femmes pouvaient se vivre comme le “deuxième sexe”. Pour moi la féminité exprime l’indéniable, l’irréfragable de la vie ».

Julia Kristeva est résolument une femme libre. Déracinée mais libre. En effet, ce sentiment de déracinement (par ses origines bulgares) est très prégnant dans ce livre. Elle a toujours ressenti un sentiment de solitude malgré sa bonne intégration dans la société française. Elle s’est toujours sentie faite pour la solitude et se récitait Nietzsche : « Souffrir de la solitude, mauvais signe : je n’ai souffert que dans la multitude ».

A propos de "Les gens dans l’enveloppe" d'Isabelle Monnin

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 23 Novembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

Les gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin, JC Lattès, 2015, (auteur compositeur, Alex Beaupain, pour le disque), 381 pages, 22 €

 

Est-il possible d’inventer une histoire romanesque à partir de photos ordinaires d’une famille française, achetées chez un brocanteur ? Sous la plume magique et profonde d’Isabelle Monnin, cette famille a priori banale reprend des couleurs et une respiration, les gens ordinaires ont eux aussi une histoire à nous raconter. Les photos retouchées et inodores de Instagram peuvent aller se rhabiller.

Le style et l’authenticité des personnages m’ont tellement émue que j’ai prêté le livre à mon père qui a eu le même coup de cœur que moi. Nous avons alors décidé d’écrire cette chronique à quatre mains (moi, en écriture droite et mon père, en italique) pour expliquer notre enthousiasme sur ce bijou littéraire et musical, mi-enquête mi-roman, le tout mis en musique par Alex Beaupain. Cet article aurait pu être publié plus tôt, mais nous avons pris le temps de digérer ces pages comme un plat subtil si français. Toutefois, il coïncide avec sa parution en poche (prévue en novembre 2016).

Lorsque ma fille au cours du printemps 2016 m’a prêté le livre en me disant « Papa tu vas apprécier le style » je ne me doutais pas que « Les gens de l’enveloppe » allaient me plaire à ce point. En fait, j’ai tout aimé, j’aime tout.