Identification

Articles taggés avec: Marilyne Bertoncini

Comprendre Breton, Frédéric Aribit

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Vendredi, 08 Avril 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Comprendre Breton, Ed. Max Milo, décembre 2015, ill. Eva Nollet, 132 pages, 12 € (existe aussi au format Epub au prix de 7,99 €) . Ecrivain(s): Frédéric Aribit

« Provoquer à juste titre », telle est la devise de l’éditeur Max Milo, dont on a plaisir à citer la profession de foi : « Depuis mars 2000, Max Milo tente de prescrire des remèdes contre l’endormissement ou les faux emballements, les dressages ou les gavages sur mesure qui menacent notre société trop souvent déprimée par la vanité ou la vacuité. Lire non seulement ne tue pas, mais peut aider à calmer la course frénétique ou mimétique vers l’absurdité d’une vie de tabous ou d’enfermements. Max Milo édite des livres à fort contenu littéraire, théorique et humain, mis en valeur par un angle novateur, voire provocant. Provoquant quoi ? Dans l’idéal, la dissolution des barreaux de nos prisons sociales et mentales. Et au pire, la réflexion ».

C’est cette ouverture que propose l’étude de Frédéric Aribit, dans ce tout petit volume illustré des graphismes dépouillés d’Eva Niollet, dont la grâce subtile évoque, me semble-t-il, l’énigme joueuse des cadavres exquis. Dépoussiéré, le regard porté sur Breton et le surréalisme ! Sous l’égide du paratonnerre, qui ouvrait l’Anthologie de l’Humour Noir, se dessine un lien avec le « Pape du Surréalisme » et sa bande « d’enragés lyriques », ce « catalyseur » de son temps, autant adulé que honni, et dont nous rapproche l’époque actuelle, dans laquelle nous sommes à notre tour devenus de « ces personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots ».

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Poésie, L'Atelier Contemporain

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet, novembre 2015, 129 pages, 30 € Edition: L'Atelier Contemporain

 

On entre dans le monde de Nathalie Savey comme sur la pointe des pieds, avec des yeux d’enfant ; chaque double page de ce livre au format presque carré, présente, dans le cadre d’une immense marge blanche au papier glacé, un court texte tiré de l’œuvre de Philippe Jaccottet, en regard d’une remarquable reproduction de photo en noir et blanc, dont on imagine le somptueux tirage original.

L’importance laissée à cet espace vierge – instituant une sorte d’écart, de mise à distance, de no man’sland blanc, que le regard (et la pensée) doivent franchir – me fait penser inéluctablement à Roland Barthes et sa Chambre Claire (Seuil, 1980). Dans ce livre, consacré à l’étrangeté de l’image fixée par le grain d’argent sur le papier, le philosophe explore et théorise son expérience extatique de la photo, délivrée du verbiage ordinaire (technique, politique…) qui l’accompagne. Le propos de Nathalie Savey, qui en appelle, elle, à Jaccottet (poète qui accompagne depuis toujours sa démarche :

La Ballade du Calame, Atiq Rahimi

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Récits, L'Iconoclaste, Biographie

La Ballade du Calame, août 2015, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: L'Iconoclaste

 

Aussi libre que le calame sur la page blanche où, depuis l’enfance, l’auteur dessine des lettres rebelles, cette ballade est errance, puisque « La parole est une errance » – à l’image des parcours d’exil dont Atiq Rahimi nous parle, au fil apparemment décousu d’un discours qui suit les entrelacs de l’écriture et de la mémoire, des déplacements aussi (géographiques, culturels, affectifs) qui marquent la perte de la terre natale. Ce parcours cultivé, qui tient parfois de la confession ou de la conversation à bâtons rompus, nous promène à travers l’alphabet, la calligraphie, l’histoire et les lectures qui ont forgé sa personnalité, autant que le déracinement répété qu’il interroge dans ces pages, inscrites sous le signe radical de l’alef, lettre sacrée aux proportions humaines.

« Ce trait est la raie de ma solitude sur la page blanche. Il est le trope d’une absence à l’endroit où se croisent mon désir et ma solitude.

L’absence de l’Autre.

L’absence du corps de l’Autre.

Trans(e)fusée, Cathy Garcia

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Jeudi, 27 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gros Textes

Trans(e)fusée, 30 essais de décollage du réel, 40 pages, 9 € . Ecrivain(s): Cathy Garcia Edition: Gros Textes

 

S’embarquer avec Cathy Garcia dans sa Trans(e)efusée, c’est faire un voyage d’humour et de non-sens, ponctué de belles images en pleine page (collages et gouaches de l’auteur qui les appelle des gribouglyphes) mêlant lettres et figures dans un joyeux désordre coloré qui donne le ton de ce recueil ludique et surréaliste, regroupant une trentaine de textes écrits entre 1993 et 2013.

Surréaliste ? Dada même, tant l’auteur se joue des codes de la bien-disante bienséance, dans ces poèmes et images en liberté, qui ne sont pas tant dénués de sens qu’ils ne secouent les clichés et tics du langage, pour en faire sourdre un sens autre, ordinairement inaccessible sous les couches policées du discours ou du jargon fleuri d’une certaine littérature – Langue embrouillée de poètes. Ici Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.

Poetry, Valérie Canat de Chizy

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Samedi, 22 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Poetry, Jacques André éditeur, avril 2015, 92 pages, 11 € . Ecrivain(s): Valérie Canat de Chizy

 

Deux fils se tressent, se tissent, au fil de ce court récit. L’ouverture se fait par l’évocation du film coréen Poetry de Lee Chang Dong, narrant l’irruption de la poésie dans la vie de Mija – personnage aux prises avec la maladie qui lui fait perdre la mémoire, le vieillard grabataire dont elle s’occupe, son petit-fils et les liens obscurs et redoutables de ce dernier avec une jeune suicidée… Film à peine évoqué, à travers la rémanence de la voix de Mija, parce qu’il suscite la surrection du souvenir chez la narratrice à venir :

« Les dernières paroles sur l’eau du fleuve, lequel s’écoule, déverse ses eaux, résonnent encore. Le film s’appelle Poetry, la voix sème des pétales, les platanes absorbent la lumière, et des paroles reviennent, surgies du passé, des éclats de rire aussi, comme le tintement des verres qui s’entrechoquent ».

Deux fils, pour une double histoire – en fait, une même histoire – de filiation : Valérie Canat de Chizy retrace le cheminement qui l’a menée à l’écriture, depuis la position presque autistique, écrit-elle, de son enfance – tandis que le tissage des souvenirs ramène sur la page sa relation au père, à partir de la maladie et de la mort de ce dernier, accompagnement traité avec la délicatesse tendre qu’appellent ces pétales des premières lignes, qu’on imagine flottant dans le vent comme dans la mémoire, avant de disparaître.