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Articles taggés avec: Marc Michiels (Le mot et la chose)

Apollinaire Le regard du poète, Collectif

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 01 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Poésie, Gallimard

Apollinaire Le regard du poète, Collectif, Coédition Gallimard/Musées d’Orsay et de l’Orangerie, avril 2016, 320 pages, 45 € Edition: Gallimard

« Ordonner un chaos, voilà la création »

A l’occasion de l’exposition « Apollinaire, le regard du poète » (du 6 avril au 18 juillet 2016) à voir au musée de l’Orangerie, les éditions Gallimard nous présentent un catalogue raisonné de la période artistique, entre 1902 et 1918, où Guillaume Apollinaire a pu mettre en forme et vivre son époque sous le regard croisé du poète et du critique.

Ami des artistes, Apollinaire s’est révélé un acteur central de la révolution esthétique. Mais fallait-il présenter un format d’exposition classique ou imaginer, accompagner comme le fit Apollinaire en son temps, l’esprit d’un savoir réinventé ? Aurait-il été possible de proposer une version « vivante » de son héritage, une version digitale, encyclopédique, au croisement d’une connaissance qui permettrait d’émerveiller, de décentrer notre regard de l’homme à son époque, vers la liberté des médiations, méditations critiques et esthétiques de notre temps ?… Sous peine, comme le poète l’avait lui-même suggéré dans le premier ver de son poème Zone et qui ouvre le recueil Alcools (éditions Mercure de France, 1913) : « À la fin tu es las de ce monde ancien » ; une exposition du passé ouvrant vers le moderne en quelque sorte.

Voir et entendre Critique de la perception imaginative, Santiago Espinosa

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 08 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Voir et entendre Critique de la perception imaginative, éd. Encre Marine, présenté par Clément Rosset, avril 2016, 168 pages, 21 € . Ecrivain(s): Santiago Espinosa

 

« L’homme recherche la vérité : un monde qui ne se contredise pas, ni ne trompe, un monde vrai – un monde où l’on ne souffre pas… Il ne doute pas qu’il existe un monde tel qu’il doit être… Visiblement la volonté de vérité est ici le simple désir de se trouver dans un monde qui demeure »

Nietzsche, Fragments posthumes

 

Ce livre est une invitation au cheminement philosophique de l’être, de ce que l’on croit voir et savoir pour veiller à son secret, tout en préservant l’inviolabilité du possible. De la prédominance de la vision au détriment de l’écoute. Et pourtant : « si ce n’est pas moi, mais le Sens, que vous avez entendu, il est sage alors de dire dans le même sens : Tout est Un ».

M Train, Patti Smith

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 20 Mai 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, USA, Gallimard

M Train, avril 2016, trad. anglais (USA) Nicolas Richard, 272 pages, 53 ill., 19,50 € . Ecrivain(s): Patti Smith Edition: Gallimard

« Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien »

 

Le silence, la tranquillité de l’esprit se font immédiatement à la lecture du livre de Patti Smith, M Train, enfin paru en français aux éditions Gallimard. Merci Patti pour le voyage, le paysage, le regard par une fenêtre d’un wagon-restaurant, avec des amis buvant du saké, son mari, toujours avec un livre sur la table, un appareil photo Polaroid en bandoulière. Images d’une vie, longue, douloureuse parfois, mais combative, forcenée, et finalement Patti est toujours là, nulle part et partout…

Les différents tableaux défilant ont la valeur de ses innombrables décalages horaires, c’est-à-dire décalés et hors du temps : « ni passé ni futur mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir… Comme une pelote de fil en mouvement ». L’écrivain, en chef d’orchestre, sait trouver dans le détail, la mise en forme d’une narration subjective à partir d’une chronologie asymétrique, en fixant son récit par la beauté des images ; sous le regard des disparus, par des textes et photographies confondus, comme une légende visuelle à l’imaginaire, comme une fenêtre somnambulique aux mots.

Des petites filles modèles, Romain Slocombe

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 04 Mai 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Belfond

Des petites filles modèles, janvier 2016, 304 pages, 18 € . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Belfond

 

« Sais-tu rien de plus doux, ô mon amie qui tremble, que d’être là, tous deux… les yeux ravis, les cœurs mêlés, les mains ensemble ? »

Faut-il le rappeler, la Collection Remake aux éditions Belfond est d’une grande qualité, toujours singulière tant du point de vue du choix des écrivains contemporains que des œuvres choisies de notre héritage littéraire. Cette fois-ci, c’est Romain Slocombe qui s’y frotte ! Auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe, aimant le Japon et ses « signes » sadomasochistes, Slocombe revisite Les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. On devrait plutôt dire qu’il s’y prélasse, au service d’une jubilation du désir dont le plaisir tout court nourrit notre âme d’une question lancinante : est-ce que le bien ou le mal est au service du désir, au service de la perversion ?

À la suite de travaux d’agrandissement d’un parking situé à proximité de l’église de Rennes-le-Château, dans le département de l’Aude. Un manuscrit anonyme est découvert dans un cercueil en plomb. Écrit entre 1925 et 1930 apparemment par une femme et qui était posé à côté du corps de la défunte.

Personne ne disparaît, Catherine Lacey

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 20 Avril 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Actes Sud

Personne ne disparaît, février 2016, trad. anglais (USA) Myriam Anderson, 272 pages, 22 € . Ecrivain(s): Catherine Lacey Edition: Actes Sud

 

Personne ne disparaît, paru chez Actes Sud, éblouit dès les premières pages, par des sentiments mal classés, qui sont autant rupture(s) avec son histoire que formulation d’une écriture de son temps. Un roman d’une apparence indifférente, celle d’une déception, d’une colère et du détachement de ne pouvoir arrêter l’instant qui passe, fuyant déjà ; et ce, quelle que soit la perception d’une vibration, sa beauté. Une quête d’émancipation, moments fragiles que nous voulons oublier, mais qui continue à nous hanter. Seul l’apprentissage d’un nouveau langage par le mouvement, fera disparaître l’immobilité tremblante de l’attachement aux maîtres. Dévoilé par une série de secousses, l’événement lent d’une respiration n’est rien si vous ne bougez pas, une femme n’est pas une femme si elle n’est pas libre, si elle ne fait pas soi l’étranger intime de soi, le soi intime de l’étranger.

L’héroïne de Catherine Lacey, Elyria, pouvait l’admettre maintenant, elle avait envie d’être responsable de la destruction de son mari, d’une petite à moyenne partie de lui, c’est-à-dire de quelqu’un qui vous aime, même si nous ne voyons pas sous l’éclairage de la lampe torche, cet affreux désir dormir sous les couvertures de l’amour, de l’attachement avec lesquels nous tentons d’étouffer cet atroce désir :