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Les déserts de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Ecrit par Loredana Kahn , le Jeudi, 03 Juillet 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

 

Je n’ai jamais éprouvé de grande passion à la lecture de Le Clézio. Tout au plus une sorte d’admiration froide pour la simplicité et le ciselage de son écriture. Mais je ne suis pas sûre que les livres de Le Clézio soient faits pour susciter de la passion. Ils sont a-passionnels, par une espèce d’évacuation parfaite de l’intérêt narratif. Il n’y a pratiquement pas d’histoires dans les romans de Le Clézio. Juste un cadre, un air, une mélopée, presque un assoupissement. On va dans un livre de Le Clézio comme on va se coucher le soir : c’est confortable, souvent voluptueux. Et puis on dort.

Le plus étonnant est que, quand on rencontre le personnage – je ne le connais pas personnellement, je veux donc dire à travers l’image et le son d’un plateau de télévision – on a le sentiment de continuer en quelque sorte la lecture d’un de ses livres. C’est sans passion, presque anodin, hors vie, mais impeccable, séduisant, précis, modeste.

A Contre Courant (2) : Céline m'emmerde

Ecrit par Loredana Kahn , le Jeudi, 13 Juin 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Céline m’emmerde. Profondément et à jamais. Rien à voir avec le débat aussi répétitif que vain sur L’homme/L’écrivain, la Collaboration, l’antisémitisme et tout ça. Céline m’emmerde – gravement – parce que ses livres m’emmerdent.

D’un écrivain et de ses livres, j’attends d’abord – au-delà de l’étonnement, du plaisir, du divertissement, de la réflexion, bref des affects immédiats de lecteur – fondamentalement deux dimensions essentielles à mes yeux : l’universalité et le style. Avec Céline je n’ai ni l’un ni l’autre.

Quel que soit le sujet que Céline aborde, la guerre, l’humanité, les femmes, la modernité, l’amour, il ne nous sert toujours que la même soupe : ses symptômes, son moi, sa haine de l’existence, sa vision du monde, son bric-à-brac aussi pitoyable que grotesque. En gros, Céline n’a d’autre préoccupation que Céline et c’est terriblement ennuyeux parce que les préoccupations de Céline sont tristes (Spinoza aurait parlé de passions tristes), étriquées, rabougries, égocentriques et surtout obsessionnelles. Où est le souffle de l’humanité dans n’importe laquelle de ses œuvres ? On répond Le « Voyage » ? Pas besoin d’attendre le naufrage littéraire des œuvres ultérieures, c’est déjà un sinistre pamphlet : contre la modernité, contre les hommes, contre l’organisation sociale, contre, contre, contre. Jamais pour et c’est là qu’on atteint la première limite insupportable de Céline : on ne trouve trace dans son œuvre d’aucune forme d’engagement positif.

A contre courant (1) : Philip Roth

Ecrit par Loredana Kahn , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

S’il semble difficile de parler de Philip Roth tant sa notoriété est grande, les travaux sur son œuvre innombrables, et sa grandeur quasi intouchable, que dire alors d’une approche qui se permettrait des réserves – venant qui plus est d’une modeste (mais régulière) lectrice ! A 78 ans, on lui a accordé tous les éloges littéraires, il est adulé par des générations de lecteurs et, comme il se doit des vrais « monstres littéraires », détesté par quelques-uns. Il ne lui manque que « son » Nobel (celui-qu’il-mérite-depuis-si-longtemps), annoncé chaque année …

Mais quelle que soit la grandeur reconnue – et incontestable - de Roth comme écrivain, son importance réelle mérite un regard critique, une sorte d’évaluation « post opus » en quelque sorte, le maître étant (il nous l’a assez dit depuis des années dans ses derniers romans) en fin de parcours. Et, comme il se doit d’un regard critique, nous nous attacherons aux manques et imperfections, aux défauts osons le dire, qu’on peut avoir ignorés (ou voulu ignorer) dans nos passions de lecteurs. Dans le cas de Roth, une figure obligée s’impose : alors que son œuvre est immense et diverse, tout regard analytique sur son travail doit commencer par Portnoy et son Complexe, le livre qui a fondé sa notoriété et dont l’ombre sensuelle, lascive hante encore aujourd’hui beaucoup des romans de l'écrivain âgé, ainsi que ceux de ses jeunes « disciples », qu’ils soient américains, français, de partout dans le monde.