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Articles taggés avec: Johana Bolender

Dans les jardins de l’ogre, Chanson douce, Leila Slimani

Ecrit par Johana Bolender , le Jeudi, 24 Août 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Deux drames domestiques qui paraissent écrits presque coup sur coup, deux romans glaciaux, tirés de vies finalement ordinaires de familles qui vivent leur époque avec révulsion.

Leila Slimani signe deux romans inattendus, indivisibles, deux romans qui donnent un sens nouveau de la littérature. Celui de donner à voir le spleen ultramoderne comme pur divertissement, relaté par un narrateur distant, aux bénéfices d’un lecteur qui se laisse emporter. L’écriture est simple, efficace. Elle se heurte sur l’imaginaire des vies heureuses, simples aussi, sans soucis. Quand l’inattendu frappe, le lecteur est vulnérable.

Les deux histoires sont interpénétrées, elles s’inscrivent dans la même intention, celle de montrer le squelette d’histoires macabres et révoltantes, poussées à bout par des personnages intensément humains, ordinaires.

Une désolation, Yasmina Reza

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 28 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Une désolation, mai 2016, 176 pages, 5,90 € . Ecrivain(s): Yasmina Reza Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Le travail du chroniqueur n’est rien de convenu. Certains textes particulièrement farouches exigent du lecteur plus d’attention, plus de patience. Le roman de Yasmina Reza est ce puissant steamer auquel rêve Mallarmé, qu’il admire balançant sa mature, un médium qui nous emmène dans les lieux de l’étrange, chez les canaques à Mombassa ou à Kuala Lumpur.

Le roman de Yasmina Reza, Une Désolation, une fiction sans silence, sans structure, sans repères, nous conduit au cœur de la rhétorique du père, une rhétorique brutale, inquisitrice, chargée de reproches adressés à un fils de trente-huit ans, un enfant chéri, parti manger la papaye à l’autre bout du monde. C’est avant tout l’histoire d’un déni. Un père qui n’accepte pas l’émancipation de son fils pourtant adulte et qui le rappelle à lui.

La Vie est brève et le désir sans fin, Patrick Lapeyre

Ecrit par Johana Bolender , le Vendredi, 20 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

La Vie est brève et le désir sans fin, 2010, 346 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Patrick Lapeyre Edition: Folio (Gallimard)

 

Se glisse entre les mains, le plus beau titre de l’année 2010 et un origami savoureux bien qu’énigmatique dont la reproduction, même avec patron, demeure difficile. La Vie est brève et le plaisir sans fin explicite ce propos de Jorge Luis Borges tiré du prologue de Le Chiffre : « L’exercice de la littérature peut nous apprendre à éviter des erreurs, non à mériter des trouvailles ». La trouvaille de Patrick Lapeyre consiste à exposer la voie médiane entre vie brève et plaisir sans fin, une troisième voie purement poétique où les amours impossibles se trouvent ravivés. Les personnages de Patrick Lapeyre sont construits sur mesure pour souffrir de leur orgueil. Parmi eux, un discret trader londonien, Blériot, un homme marié, puéril et passionné, une Nora légendaire troublante qui entretient l’espoir de ses deux amants qu’elle visite alternativement.

Patrick Lapeyre choisit de livrer le point de vue masculin et de préserver les pensées de sa perturbatrice. Ce traitement de la pensée lui permet d’aborder la question de l’appartenance et de disposition à appartenir avec une sentimentalité feinte, pudeur masculine pour cause. L’histoire est alors construite sur les allées et venues de la perturbatrice, de ses moments de présence et d’absence dans les vies des deux hommes.

Lunar Park, Bret Easton Ellis

Ecrit par Johana Bolender , le Jeudi, 18 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, 10/18

Lunar Park, Traduit de l’américain par Pierre Guglielmina. 480 p. 8,10 € . Ecrivain(s): Bret Easton Ellis Edition: 10/18

 

Alors que l’alphabet semble dévaler la pente des générations à toute vitesse, le roman de Bret Easton Ellis, Lunar Park, demeure invariable et s’impose comme la traduction d’une génération née dans les années 80, maintenue en état d’hébétude, et dont les démons sont restaurés par un narrateur-personnage gavé au Klonopin et à l’Oxycontin. Le narrateur, un Easton Ellis jouisseur et transgressif, écrivain déjà très célèbre, décide de s’établir dans la banlieue providentielle d’Elsinor Lane en épousant sa petite amie d’adolescence Jayne Dennis, où il goute aux grands aplats d’une vie familiale.

Cependant, le projet est compromis. Les expériences d’écritures le poussent dans une redécouverte de son passé. Pris dans une tournante paranoïaque, l’œuvre revêt une couleur différente – où le fantastique se mêle à l’incantatoire – et qui place le lecteur dans un état de tachycardie comme la littérature n’en crée presque jamais.

Le Royaume, Emmanuel Carrère

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 17 Décembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, P.O.L

Royaume, septembre 2014, 640 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Carrère Edition: P.O.L

 

Fort d’une couverture médiatique flatteuse, d’avis d’historiens et de prêtres admiratifs, le travail d’investigation d’Emmanuel Carrère, d’ordonnance des expériences de foi qu’il livre sans appréhension et le talent littéraire en démonstration dans celles-ci, de son livre Royaume publié aux Editions P.O.L, retrace le mouvement erratique de la croyance Chrétienne de l’écrivain pareil à la succession féconde des périodes artistiques d’un peintre, tantôt bleues, tantôt roses.

Ecarté du Goncourt, Royaume se console du prix du Meilleur Livre de l’année Lire, de la distinction Lauréat-Palmarès 2014 du Point, enfin du prix littéraire attribué par le jury du journal Le Monde qui déclarait avoir « à cœur de célébrer la diversité des sensibilités, des regards et des expériences » de l’œuvre. Autant de prix qui récompensent près de sept ans de travail.

L’Authenticité et la sincérité des situations et des réflexions de Carrère portant sur sa foi qu’il affirme affiner à mesure qu’il en vient à en douter, le sentiment d’abandon au cœur de ses recherches et une compassion extrême pour ce qui est faible et méprisé, le Royaume du Christ, confèrent à l’autobiographie une justesse et une pertinence philosophique et spirituelle prodigieuses.