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Articles taggés avec: Isabelle Syriani

Croire au merveilleux, Christophe Ono-dit-Biot

Ecrit par Isabelle Siryani , le Mardi, 05 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Croire au merveilleux, mars 2017, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Christophe Ono-dit-Biot Edition: Gallimard

« Être lu, c’est être caressé » nous dit dans une caresse Christophe Ono-dit-Biot. Croire au merveilleux est un roman caresse. Une caresse sucrée, ensoleillée, poétique, qui nous plonge dans la Grèce blanche et bleue aux odeurs de grillades, au goût d’iode et d’ouzo. Dans la Grèce mythique des dieux fous ambitieux et des vieilles pierres volubiles. Elles en ont vu des choses.

Elles ont vu César, ce Parisien meurtri par la perte de sa femme Paz, mystérieuse Andalouse jusque dans sa mort. Noyée. Ange de la mort qui nage tout le long du roman aux côtés du lecteur mais se refuse obstinément à donner signe à son mari. Qui, lui, est perdu. Éperdument.

Tout comme il l’était dans Plonger, où, déjà, le veuf menait l’enquête sur son artiste de femme, absente même vivante. On souffre toujours de l’absence des artistes.

Maintenant, son absence est inéluctable. César reste là, las, en proie à une nuée de questions auxquelles il est seul à pouvoir trouver des réponses. Tout comme il est seul à pouvoir répondre à celles de son fils. Son étoile dans la nuit, insouciant rêveur qui le maintient debout. Mais son soleil, c’était Paz. Il tombe à genoux, et plonge dans l’idée salvatrice du suicide.

Chanson douce, Leïla Slimani

Ecrit par Isabelle Siryani , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Chanson douce, août 2016, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Leïla Slimani Edition: Gallimard

 

Chanson douce, prix Goncourt 2016, est une berceuse cruelle qui nous garde éveillés. La première ligne n’a rien d’une comptine : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes ». Leïla Slimani s’est lancée dans un exercice dangereux, sans craintes, bien au contraire : « plus le sujet est difficile, plus je fonce ». C’est ainsi qu’elle fonce, « Adam est mort. Mila va succomber ». Double infanticide dans le 10e arrondissement de Paris, la coupable gît dans son sang à leurs côtés. Mais « elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner ». Celle qui les a nourris, bercés, consolés, leur a appris à lire, à découvrir, à grandir. C’est elle. La mère ? Presque. La nounou. La confiance les a tués.

Sans pathos, sans trémolos, avec un style tantôt glaçant, tantôt poétique, tantôt journalistique, presque chirurgical, l’auteure nous fait vivre un thriller familial, psychologique et social, d’un réalisme presque surréaliste. L’impression de déjà vu happe le lecteur et très vite le confronte à ses propres difficultés. C’est limpide et efficace. Leila Slimani s’en tient aux faits, délaisse les fioritures, mais touche et enquête au cœur. Au cœur d’une femme misérable, malade, mais aussi d’une société qui souffre et fait souffrir. Les protagonistes sont tous victimes. Même elle, la coupable. Même si son crime est impossible à comprendre. D’ailleurs, l’auteure n’essaie pas, elle raconte : Chanson Douce est inspiré d’une histoire vraie.

Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari

Ecrit par Isabelle Siryani , le Vendredi, 27 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Actes Sud

Où j’ai laissé mon âme, 160 pages, 17,30 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Où j’ai laissé mon âme lui fait mal. A l’âme. Car il lui parle, il l’interroge. Il exige d’elle des réponses tout en sachant qu’il n’y en a pas. C’est là tout l’art de Jérôme Ferrari. Poser les questions sans les poser. Retourner nos tripes sans avoir l’air d’y toucher. Sans violence, alors que si, c’est violent. Le roman est puissant, fort et exigeant. Historiquement juste et douloureux, même s’il n’est que fiction, et profond comme on l’attend d’un roman de guerre. Mais c’est aussi un roman d’amour. Où de l’amour ? Une relation de frères d’armes entre deux hommes, deux soldats, deux gradés pendant la bataille d’Alger. Oui c’est bien une forme d’amour. Deux héros. Deux héros, vraiment ? Est-on héros quand on a honte ? Est-on héros et coupable à la fois ? Un roman de guerre, d’honneur et d’amour donc, mais avant tout un roman d’hainamoration.

 

Où l’adoration vire à la haine…

L’insouciance, Karine Tuil

Ecrit par Isabelle Siryani , le Mardi, 13 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Gallimard

L’insouciance, août 2016, 528 pages, 22 € . Ecrivain(s): Karine Tuil Edition: Gallimard

 

 

L’insouciance, c’est le nom du dernier et dixième roman de Karine Tuil. Mot qui nous parle, qui nous interpelle. Pourquoi ? Parce que, hormis celle de l’enfance, elle est morte l’insouciance.

Le mot, le titre, le nom, est bien choisi ; bien choisi mais risqué est le pari. Car L’insouciance c’est une épopée politique et sociale au lendemain du 11 septembre, une analyse jouissive de la société contemporaine, une représentation manichéenne aux couleurs pénétrantes de la violence d’un monde bipolaire, et une fresque sentimentale sur les mécanismes des relations humaines. Prétentieux ? Et pourtant… non. Aucune prétention dans ce roman ancré dans son époque. Exit le romanesque. Durant toute la lecture plane une sensation de déjà vu grisante. Si l’auteure brandit la fiction comme un bouclier face à ses détracteurs, tout semble bien réel. C’est comme lire la presse sans le prisme de l’objectivité et avec le décodeur des sentiments.

Dexies & Dolly, Olivier Benyahya

Ecrit par Isabelle Siryani , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Allia

Dexies & Dolly, 112 pages . Ecrivain(s): Olivier Benyahya Edition: Editions Allia

 

Quand j’ai eu fini Dexies & Dolly, je suis restée dix, peut-être quinze minutes, avec le livre entre les mains à le feuilleter, le relire, le retourner. Comme un objet curieux et mystérieux, comme une énigme obsédante, je n’ai pu le lâcher, me répétant que j’avais aimé mais restant quelque peu sur ma faim. Symptôme : le manque.

Pourquoi ? Peut-être parce que je venais de terminer une lecture aux effets psychotropes. En général, quand on reste bloqué à la dernière ligne d’un roman, c’est plutôt bon signe. Le « c’est bien de la merde » m’aurait laissée bloquée au 3ème chapitre et m’aurait fait refourguer mon bouquin à l’anniversaire d’un ami du cousin d’une amie. Mais je me suis mise à la recherche d’un sens, d’un plus, d’un après. Le manipuler, c’était prolonger un peu l’expérience et combler ma frustration d’avoir été lâchée si tôt, à la page 107. Mais peu importe, il en faut peu à l’Ecriture pour séduire et j’étais séduite.