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Articles taggés avec: Hans Limon

Alter Hugo, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 13 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Il y a sept ans, presque jour pour jour, une amie précieuse m’a offert une anthologie de la poésie hugolienne, et j’ai eu envie de la gifler, sur le cou(p). Tout d’abord, parce que j’ai toujours détesté les présents, même au passé ; ensuite, parce que j’ai toujours détesté les anthologies (j’ai une approche « encyclopédique » des auteurs que j’apprécie, et les pots-pourris me semblent des hérésies) ; enfin, parce qu’à l’époque Hugo me laissait de marbre, et parce que j’éprouvais même à son égard un certain mépris, comme à l’égard de tout ce qui était célèbre ou faisait l’objet d’un consensus mou. J’avais dans l’esprit le souvenir tenace des adaptations télévisées, cinématographiques (je ne connaissais pas encore Paul Leni) et autres comédies musicales extorquées à ses écrits, mièvres, larmoyantes, vaines, kitschs et souvent ridicules (il faut se méfier de la mention « d’après l’œuvre de Victor Hugo »). Et puis l’ennui, ce magnifique fléau que Bernanos compare à une poussière fine qui s’accumule sur nos épaules si nous restons immobiles, l’ennui si mince et pourtant si pesant d’un début de carrière banal et frustrant, à bord du bateau ivre de l’Éducation nationale, m’a tiré de mon « sommeil dogmatique » en agitant le fil du désœuvrement : j’ai ouvert l’anthologie pour ne plus jamais tourner la page.

La fabrique de levure, Jakub Kornhauser, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

La fabrique de levure, Jakub Kornhauser, Éditions Lanskine, mars 2018, trad. Isabelle Macor, 104 pages, 14 €

La maison de Jakub

« Mon cher généralissime, Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris, – des sons et des idées sont suspendus en l’air, je suis en train de les absorber et tout cela déborde, et je peux à peine griffonner sur le papier ; je suis en train d’écrire le n°4. Les transitions sont bonnes (la promenade). Je veux travailler plus rapidement et de manière plus sûre. Mes états d’âme peuvent être perçus durant les interludes. Jusqu’à présent, je pense que c’est bien tourné… » (Lettre de Moussorgski à Stassov en juin 1874, durant la composition des Tableaux d’une exposition).

Un recueil est tout à la fois un faisceau de textes, un lieu de refuge et, par translation sémantique, l’occasion d’un recueillement, d’une plongée en soi, un soi qui ne serait pas seulement le point nodal d’une subjectivité restreinte, mais le centre de gravité d’un peuple disparu, celui d’une Europe à peine remise de ses traumatismes, orpheline de ses Juifs d’avant-guerre et pourtant riche de réminiscences, d’œuvres et de témoignages qui la font sempiternellement revivre après toutes ses morts. « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition » disait fort justement Marcel, dans son Temps retrouvé.

Des fleurs dans le vent : Le cas Ristić, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Jeudi, 14 Juin 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Des fleurs dans le vent, Sonia Ristic, Intervalles éditions avril 2018

 

Si Rimbaud s’est mis du vent sous la semelle, comme il est dit, nul doute que ce dernier, je veux dire le vent, s’est de Sonia Ristić fabriqué deux paires à la mesure de ses élans. Car à celui qui voudrait la suivre, il faut savoir garder patience ou de ses mots se contenter. Or il arrive à la trombe humaine de s’alunir et livre en main de se prêter au jeu de l’entretien. Parfois. D’où ce jeudi 12 avril 2017 à Paris. Jour de sortie. Soir de partage. Dédicaces à tout rompre. Bizarre, enfin, de l’aborder par le bruit et l’odeur, Sonia. Les moins jeunes le savent bien. Les autres au diapason se mettront.

Des fleurs dans le vent. De prime(ur) abord, ça pue la bluette kitsch à trois centimes rouillés ou la dystopie bio pour masturbateurs de chevrotins lyophilisés. Pas possible… Rembobinons.

Charles Baudelaire, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Lundi, 09 Avril 2018. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Oh ! tu l’as bien cherché ! Hashischindécrottable !

soulard amidonné ! poète pitoyable !

te voilà pour de bon la gueule dans la fosse !

et ton Salut Public flotte au gré des carrosses

 

oh ! tu l’as bien voulu ! suceur de vents fanés !

rimeur à corps perdu ! maudit dandy damné !

tes fleurs ont la couleur d’une satanée messe

et ta Jeanne alitée n’est qu’une pute à tresses !

Yannick Kujawa : La manche et la pioche, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Soyons limpides et concentrés comme sait l’être à merveille ce bon vieux-jeune Kujawa. Simples et souples. Chez lui, tout vient du bassin. Du bassin minier, plus particulièrement. Au point du jour il se retrousse la manche, à froid se ramasse et fait gémir la pioche. Ses romans suintent l’humilité nordique. Pas vraiment du genre à chasser le prix littéraire ni même la bête à cornes. Paysan pas revenu. Imaginez-le rien qu’un instant sur la couv’ de Télérama, portant fièrement le daim sur les godasses et les épaules… Il pourrait, mais ne le fait pas. Comment nommer cette anomalie ? La modestie.

Yannick est un diseur. Il dit. « Elle dit », lunaire et laconique. Un Zola taillé à la hache. Non, à la pioche, vous dis-je. Un fils de la terre. De cette glaise qui s’accroche aux souliers polonais pour se disséminer partout sur le sol franco-allemand. Le marc de café ressemble aussi à la tourbe, après tout. Laissons conter la griotte :