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Articles taggés avec: Gosztola Matthieu

Art de consommer - 15

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

« Soyez heureux, si vous voulez l’être. Les gens heureux attirent les gens heureux. Car vous ne serez heureux qu’en fréquentant des gens qui le sont, qui ne se déchargerons pas sur vous de la somme de tracas à laquelle leur semble se résumer, souvent, leur existence. »

Note 61 (feuillet 46) du carnet (D48) de Jeannot Reveiri.

 

Un soir, à la question rituelle de Laurent, clôturant le récit de quelques jours particulièrement mouvementés (il avait été trois soirs de suite dans un sauna qui venait d’ouvrir et qui l’avait enthousiasmé), Lise sourit. Elle l’attendait, a préparé sa réponse à l’avance. Et celle-ci détend complètement le visage du jeune homme.

 

- Demain, j’ai rendez-vous.

- Premier rendez-vous ?

- Oui.

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (1/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Novembre 2012. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

ou De l’importance des sites Internet la faisant exister

 

 

La poésie contemporaine est l’hypostase du quotidien. Hypostase doit être pris ici dans le sens médical de « sédiment » contenu « dans un liquide organique », le courant du quotidien se confondant avec celui héraclitéen d’un liquide, mais au-dedans (devenant par là même « organique »), le quotidien étant le cours du temps et de l’espace (liquide impétueux) qui emporte l’homme plus ou moins loin au-dedans de lui (le mettant face à un soi tout à la fois nouveau et permanent dans le même mouvement, dans un mouvement qui est mouvement constant sans direction), le faisant résonner avec des parties de lui jusqu’ici entrevues seulement, mettant en présence des fragments jamais mis en présence, épousant des recoins qui pouvaient supposément ne pas exister, sans qu’il ait forcément à faire, du reste, le moindre mouvement. Ou peu s’en faut. Le quotidien n’est pas ce qui survient. Le quotidien est uniquement la façon qu’a le dedans d’accueillir.

Art de consommer - 14

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Alphonse est à son bureau. Les enfants dorment depuis une heure. Il a fallu batailler avec eux pour qu’ils aillent se coucher. Un peu plus encore que les autres soirs comme ils n’ont pas école demain. Ils ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas le droit de se coucher à onze heures, puisque Lucas, Solange, Brandon et même Dylan se couchent à onze heures. Voire encore plus tard.

- C’est comme ça. Il n’y a pas à discuter. Il faudra vous y habituer.

- Oh, c’est nul.

C’est le moment de la journée qu’il préfère. Celui où il reprend possession pleinement de lui-même, grâce aux bienfaits du silence. Il a prévenu son épouse, qu’il la rejoindrait un peu plus tard.

Tout à l’heure. Là, il avait du travail. Oui, il travaillait trop, mais c’était ce qui les faisait vivre. Elle s’était relevée pour l’embrasser. Relevée à moitié. Il s’était penché vers elle. Il avait posé ses lèvres sur les siennes.

- Dors.

Art de consommer - 13

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 19 Novembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

 

Liesbeth aura 17 ans en novembre. Les antécédents somatiques sont sans incidence. Le développement psychomoteur initial a été considéré comme normal (marche, propreté, langage etc.) Elle est en surcharge pondérale. Elle confesse volontiers que son alimentation est déréglée et déséquilibrée. Elle se lève souvent la nuit pour « grignoter quelque chose ». Elle dit ne pas souffrir de ce surpoids. Elle affirme n’en avoir pas souffert à l’école, puis au lycée. « À aucun moment ». Liesbeth ne déclare pas d’habitus tabagique.

Alphonse ne relit pas l’examen davantage.

Il tourne les pages et relit les paragraphes de l’anamnèse consacrés à son hospitalisation, se demandant si le traitement prescrit à Liesbeth est adapté.

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».