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Articles taggés avec: Godefroy Cyrille

L’écriture mélancolique, Kleist, Stifter, Nerval, Foster Wallace, Franz Kaltenbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 20 Janvier 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’écriture mélancolique, Kleist, Stifter, Nerval, Foster Wallace, Franz Kaltenbeck, éditions Érès, octobre 2020, 248 pages, 26,50 €

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

À travers cet essai, le psychanalyste autrichien Franz Kaltenbeck (1944-2018) nous immerge dans le monde de la mélancolie via le décryptage de la vie et l’œuvre d’écrivains affectés par des phases dépressionnaires les ayant conduits au suicide. Il s’adosse largement à ses connaissances psychanalytiques ainsi qu’aux écrits de Lacan et de Freud, notamment Deuil et mélancolie, pour définir l’essence et défricher les contours de la mélancolie, cette grève de dolence silencieuse d’où le goût de vivre s’est retiré :

« Nous sommes descendus très bas, et cette vie,

Où nous venions trop tard peut-être, a contenté

Si mal en ces désirs notre âme inassouvie,

Qu’il lui plaît de sortir d’un monde sans beauté » (Omar Khayyâm)

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai (partie 4 et fin) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 03 Novembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Folio (Gallimard)

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai Traduction : Joëlle Dufeuilly Gallimard – 2006 – 400 pages – 24,50 euros

 

La mélancolie de la résistance


La mélancolie de la résistance irrigue les romans de Krasznahorkai, notamment par l'entremise de personnages ayant largué leurs amarres sociales et professionnelles (l'ancien docteur dans Tango de Satan, l'ancien archiviste dans Guerre & Guerre, l'ancien philosophe dans Le dernier loup). Elle se déploie ici par l'entremise de l'ancien professeur de musique Mr Eszter s'emmurant dans une « retraite stratégique face à la pitoyable stupidité de l'humanité », en vue d'échapper au « poids affligeant de la mesquinerie, de l'autosuffisance, des basses ambitions, sous lequel il avait lui-même failli crouler ». Cette résistance se concrétise par un repli solitaire, un rejet du mode d'existence conformiste ainsi que par une inertie désabusée :

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (Partie 3) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 20 Octobre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Folio (Gallimard), Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Gallimard, 2006, trad. hongrois, Joëlle Dufeuilly, 400 pages, 24,50 €

Le parlêtre moderne, orphelin d’une langue intime et tendre

Dans cette délicate édification, le langage tient une place prépondérante, en tant qu’il sert de ciment, de variable d’ajustement entre les « parlêtres », de tampon amortisseur pour les désirs inexaucés de l’enfant sommeillant en nous. Son étiolement ne peut être qu’une plaie pour la société. Deux personnages du roman de Krasznahorkai symbolisent l’appauvrissement langagier, illustré par la sloganisation s’appliquant à leur action : Mme Eszter, dont le mot d’ordre « cour balayée, maison rangée » préfigure les contours d’une hygiénocratie et d’une aseptisation des conditions de vie citoyenne. Suite à la razzia barbare, elle influence en sous-main un colonel de l’armée afin de constituer une commission d’enquête chargée d’éclaircir le déroulement des faits, confondre les instigateurs de ce carnage et réprimer sévèrement la horde de hors-la-loi ayant cette nuit-là « épuisé toutes leurs pulsions destructrices ». Cette harpie arriviste entend créer un ordre nouveau fondé sur une discipline inflexible, et aspire, à la faveur de la peur suscitée chez les habitants par les exactions barbares, à un contrôle et un dressage étroits des consciences, induisant implicitement une servilité plus ou moins volontaire de la masse, à l’instar du conditionnement hygiéniste et liberticide corrodant en ce moment même les démocraties et supposé contrer les effets d’un virus sorti de son trou, mais dénotant surtout une nouvelle fois un système malade dans lequel l’humain se précipite sur des expédients artificiels ou chimiques pour compenser une immunité naturelle dégradée par ses propres conditions d’existence.

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (Partie 2) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 12 Octobre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Folio (Gallimard), Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, trad. hongrois, Joëlle Dufeuilly

L’homme est plus qu’un loup pour l’homme

À travers cet épisode de chevauchée meurtrière, Krasznahorkai soulève en filigrane la question étiologique de l’agressivité humaine. Odette Thibault (1920-1987), maître de recherche au CNRS, indique que celle-ci fait partie de notre équipement instinctuel, de notre programme génétique et qu’elle est indéniablement plus prégnante chez le mâle que chez la femelle. La violence, le meurtre, le viol, le crime et la délinquance en général font prioritairement partie de la panoplie masculine et la testostérone ne serait pas étrangère à cette dissymétrie. Odette Thibault explique que « les pulsions primaires siègent dans les vieux cerveaux » (hypothalamus, système limbique), que « l’ablation d’une des régions du système limbique (l’amygdale) rend doux un animal agressif » et que « chez des femmes douces, la stimulation de l’amygdale augmente l’agressivité ».

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (Partie 1) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 06 Octobre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Folio, trad. hongrois, Joëlle Dufeuilly, 400 pages, 24,50 €


La fatalité barbare

Le soufre de l’apocalypse


Une bourgade hongroise. Une attraction foraine. Une menace intangible. Sur cette base triadique s’ancre et fleurit La mélancolie de la résistance (1989), deuxième roman ciselé par László Krasznahorkai, l’écrivain hongrois né en 1954, dont la prose vagabonde et délicieusement entortillée fut portée à son comble dans sa nouvelle Le dernier loup, composée en une seule phrase.