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Articles taggés avec: Godefroy Cyrille

Joséphine, la cantatrice, Ou le peuple des souris, Franz Kafka (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 21 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Joséphine, la cantatrice, Ou le peuple des souris, Franz Kafka, Payot & Rivages, octobre 2019, 96 pages, 6,90 €

 

Quelques mois avant sa mort, alors que la tuberculose ronge inexorablement son corps, Franz Kafka (1883-1924) écrit son dernier texte, Joséphine, la cantatrice ou le peuple des souris : « Notre chanteuse s’appelle Joséphine. Qui ne l’a pas entendue ignore le pouvoir du chant ». L’incipit affleure d’emblée le thème central de cette nouvelle, à savoir le statut de l’artiste et le rayonnement de son art au sein de la société.

Le narrateur, une souris, évoque le génie de sa congénère Joséphine dont le chant s’apparente à une émanation à la fois prodigieuse et ordinaire. Tellement ordinaire que ce chant ressemble à un simple sifflement, réalisable par n’importe quel quidam. Toutefois, ce sifflement recèle une grâce, une pureté dont est dépourvu un sifflement ordinaire, et génère une émotion sans commune mesure avec les ressentis usuels. Le chant de Joséphine concourrait même à supporter la platitude, la répétitivité et les calamités de l’existence : « Son chant est censé nous sauver d’une grave situation politique ou économique, rien de moins, et s’il ne chasse pas le malheur, au moins nous donne-t-il la force de le supporter ».

La punition, Tahar Ben Jelloun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman

La punition, novembre 2019, 176 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Tahar Ben Jelloun Edition: Folio (Gallimard)

 

Casablanca, 23 mars 1965 : 9 ans après l’indépendance, les forces de l’ordre marocaines placées sous l’égide du règne autoritariste d’Hassan II répriment dans le sang une manifestation formée initialement autour de la grogne lycéenne consécutive à la parution d’une circulaire ministérielle restreignant l’accès à l’éducation. Bilan : une dizaine de morts selon les autorités marocaines, un millier selon la presse étrangère et l’UNFP, parti d’opposition fondé en 1959 par Medhi Ben Barka. Parmi les manifestants, le jeune Tahar Ben Jelloun, étudiant en philosophie. Quelques mois après les turbulences contestatrices, les autorités marocaines, soucieuses de mâter, neutraliser voire éliminer les opposants au régime, convoquent Ben Jelloun et le conduisent manu militari, comme 93 autres étudiants politisés, dans une caserne au nord du Maroc. La catabase commence, sorte de Midnight Express version marocaine et sans hachisch…

« C’est l’époque où des jeunes gens disparaissent, où l’on vit dans la peur, où l’on parle à voix basse en soupçonnant les murs de retenir les phrases prononcées contre le régime, contre le roi et ses hommes de main – des militaires prêts à tout et des policiers en civil dont la brutalité se cache derrière des formules creuses ».

Chorus, Philippe Blanchon, Jacques Sicard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais

Chorus, Philippe Blanchon, Jacques Sicard, éditions La Nerthe, novembre 2019, 118 pages, 15 €

« Samuel Beckett : Pénétrer loin dans la langue, jusqu’en son défaut, pour y trouver l’arrangement sonore qui en sera l’ultime cahot : fin ».

Cette formule de Jacques Sicard effleure l’essence de cet opus magnifié par une langue sauvage et singulière, telle une garrigue au crépuscule. Un opus perpétré par un duo, Jacques Sicard et Philippe Blanchon, deux rameaux pour une même plume, gracile et gracieuse, fragile et précieuse, rosée aurorale d’un automne en pente douce…

« Et c’est Elle, à fumer l’attendant à travers un rideau de feuilles, Il la voit avec ses yeux à Elle, la belle vêtue de noir, à l’unisson de la nuit nue des campagnes, l’annuitée désirée, voulue à l’exception de tout, et qui au tréfonds, au plus secret le restera… ».

Au gré d’impressions fugitives ou de songeries percussives, le tandem file d’improbables et sublimes correspondances, tel un Baudelaire sous absinthe, esquissant une quadrature aux arabesques elliptiques où flamboient les arts du cinéma, de la peinture, de la musique et de la littérature. Une farandole où Artaud et Beckett côtoient Murau, Antonioni et Godard, où Coltrane et Bach croisent Cézanne, Van Gogh et Renoir.

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Gallimard

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard, octobre 2019, 128 pages, 12,50 euros Edition: Gallimard

Sublimation : passage d’un corps de l’état solide à l’état gazeux. En psychanalyse, cette notion conceptualisée par Freud désigne la dérivation de l’énergie sexuelle vers un but artistique, ou plus largement vers un objet socio-culturel valorisé par le Surmoi. En somme, l’œuvre prend le relais de la libido, le plaisir sexuel cède la place au plaisir représentatif, ce plaisir si particulier, si complexe, si résiduel, tourné vers un idéal de beauté formelle. Et Lacan de badiner sérieusement : « L’œuvre, ça les apaise, les gens, ça les réconforte. Ça leur élève l’âme, comme on dit, c’est-à-dire ça les incite, eux, au renoncement. En d’autres termes, pour l’instant je ne baise pas, eh bien ! Je peux avoir la même satisfaction que si je baisais ».

Dans le sillage des écrits freudiens sur le sujet, Mathilde Girard explore les efflorescences de la sublimation, à sa façon, tournicotante, à son rythme, adagio. Elle convoque notamment Monsieur Teste (Paul Valéry), Léonard de Vinci, Lou Andréas-Salomé et Rilke, Virginia Woolf… en vue d’analyser les modalités de la transformation de cette énergie intérieure et invisible en une matière subtile et concrète, texte, récit ou poème, idée, concept ou système, dessin, toile, sculpture, partition… Cela étant, un simple geste comme une main effleurant une chevelure révèle d’ores et déjà la rosée sublimatoire.

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho, Almasta éditions, mai 2019, trad. Devika Elisabeth, Uttama, 368 pages, 25 €

 

Osho ou la maïeutique de la vacuité

Voici l’autobiographie d’un homme qui sort de l’ordinaire et de nulle part, qui fut qualifié successivement de sage, de gourou, de philosophe, de mystique… alors qu’il était avant tout un homme simple et libre s’employant à pacifier les âmes et à répandre la concorde, un individu dans l’acception la plus essentielle du terme, portant sans aucun doute l’ipséité à son faîte. Les commentateurs, en vertu d’un sens aigu de la commodité et de la superficialité, n’ont pas manqué d’enclore dans des cases cet olibrius quasi incasable, cet être foncièrement unique s’étant construit loin des moules, en dehors des systèmes, échappant par miracle aux divers conditionnements s’agglomérant en magma identitaire informe chez l’individu lambda.