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Articles taggés avec: Godefroy Cyrille

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 10 Septembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Langue allemande

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2013, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 96 pages, 1,50 €

 

Stefan Zweig ou l’affliction passionnelle

Qui n’a jamais ressenti une attraction mystérieuse pour un(e) inconnu(e), un élan irrépressible et aveugle pour un être de sexe opposé ? Qui n’a jamais éprouvé cet appel du cœur émergeant des profondeurs ténébreuses du lien affectif originel, « cet état naissant d’un mouvement collectif à deux » (Francesco Alberoni) ? Lettre d’une inconnue est le récit limpide de ce trouble prodigieux que des théoriciens inspirés comme Freud, Lacan, Stendhal ou Alberoni ont analysé et décortiqué dans leurs écrits.

 

La folle du logis (1)

Le Dernier loup, László Krasznahorkai (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Septembre 2019. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Pays de l'Est, Cambourakis

Le Dernier loup, septembre 2019, trad. du hongrois par Joëlle Dufeuilly, 96 pages, 15 € . Ecrivain(s): László Krasznahorkai Edition: Cambourakis

 

Krasznahorkai, la subversion du renoncement par le verbe

Dans ce petit livre de 70 pages, Krasznahorkai ne pose qu’une seule phrase, une phrase unique, comme une gerbe de fleurs qu’il déposerait sur la tombe d’une civilisation récemment disparue. Une phrase recelant l’essentiel et tenant en un mot : RAVAGE.

Déjà, dans La Mélancolie de la résistance (1989), des hommes réunis des jours durant autour d’une attraction foraine dans une bourgade hongroise finissaient par créer un chaos irréversible, dévastant tout sur leur passage. Pour décrire ces ravages causés par l’homme, Krasznahorkai ne dévide pas un discours révolté, courroucé, tonitruant. Non, sa prose s’étire langoureusement comme un chat, ample, placide, simplement entortillée. Élégamment résignée. Cet auteur hongrois de 65 ans a pleinement conscience de son impuissance, lui qui ne possède comme flambeau que l’écriture, qui le possède d’ailleurs sûrement davantage. Il sait qu’en vertu de l’avidité humaine il ne peut rien faire pour atténuer l’emprise de l’homme sur la nature ni résorber la fierté présidant à l’exposition de ses diverses « réussites », l’exhibition de ses trophées dans la vitrine universelle. Un tribut rendu à la vie ?

Baudelaire et Apollonie, Céline Debayle (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 20 Août 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Arléa, Roman

Baudelaire et Apollonie, mai 2019, 154 pages, 17 € . Ecrivain(s): Céline Debayle Edition: Arléa

La muse occupe une place à part dans la genèse poétique. Elle fait vibrer les ressorts fantomaux de la création et enlumine un morceau de ciel dans l’imaginaire du poète, cette forge où se cristallisent ses affects. Ferment de l’inspiration, ode à l’idéal, cible labile du désir sublimé, fleur du tourment et de l’espoir, mystère et encensoir, elle taraude l’artisan du vers d’autant plus qu’inaccessible elle demeure. Ces couples poète/muse, transcendant le quotidien par le culte des mots et de la beauté, ne manquent pas : Apollinaire et Louise, Éluard et Gala, Hugo et Juliette, Aragon et Elsa… Arthur Rimbaud, quant à lui, élargit la définition de la muse, y incluant la nature, la liberté et le dénuement :

 

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Goodbye, Columbus, Philip Roth (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Cette semaine, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman, USA

Goodbye, Columbus, coll. Folio bilingue, mai 2019, 342 pages, 11,40 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

L’obscur objet du désir ne se laisse pas peindre comme on tranche une part de gigot. L’auteur ne l’appréhende, ne le déchiffre, ne l’écrit aisément, tel un écureuil filochant à l’approche de l’homme. Ainsi le jeune Philip Roth (1933-2018) s’emmêla-t-il la plume et bâcla-t-il l’amorce de la liaison entre Neil et Brenda, les deux protagonistes du roman Goodbye, Columbus, publié en 1959. Alors néophyte en littérature, Philip Roth faisait ses gammes, tâtonnait, et ne se dispensa pas d’aligner les fadaises, les descriptions oiseuses, les scènes superficielles, les dialogues plats, qu’aucun style ni humour véritables ne vinrent relever. À cette époque, Roth ne possédait pas encore la maîtrise ni le feu qui donneront naissance quelques années plus tard à la satire dévastatrice de Portnoy (1969), l’architecture monumentale de La Tache (2000), la confession poignante d’Un homme (2006).

Une fée dans les ténèbres (par Cyrille Godefroy et Hind Khalil)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 13 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Quelle perspective pour une adolescente rebelle dont la mère ajoutait une once d’opium à son lait chaud afin de tempérer son impertinence et brider ses embardées sacrilèges ? Quelle perspective pour une jeune fille née en Iran dans une famille militaire en 1934, se mariant à 16 ans contre l’avis de ses parents puis divorçant à 20, ivre de vivre sa féminité et d’assouvir sa sensualité absolument ? Quelle perspective pour une poétesse brûlant de célébrer la liberté dans un pays qui la bâillonne ?

Forough Farrokhzad, figure majeure de la poésie persane du vingtième siècle, ne pouvait que se sentir à l’étroit dans son pays, comme prisonnière, y compris sur le sentier de la conjugalité qui érodait son ardeur :

 

Je pense et je sais que jamais

je ne pourrai me libérer de cette cage.

Même si le geôlier me libérait,

je n’aurais plus la force de prendre mon envol.