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Articles taggés avec: Frederic Saenen

Le Juif Süss, Lion Feuchtwanger

Ecrit par Frédéric Saenen , le Lundi, 15 Juillet 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Langue allemande, Le Livre de Poche

Le Juif Süss, Le Livre de Poche, Biblio roman n°32053, 697 pp., 8 €. . Ecrivain(s): Lion Feuchtwanger Edition: Le Livre de Poche

Si on lance une recherche à la mention « Le Juif Süss » sur Google, il faut attendre pas moins de quatre-vingt références avant de tomber sur une maigre notice Wikipédia consacrée au roman que Lion Feuchtwanger publia sous ce titre en 1925. À croire que l’autodafé des nazis à l’encontre de ce chef-d’œuvre se poursuit par malentendu interposé, dans  la mesure où l’unique information qui focalise l’attention à son sujet, c’est le film de propagande, supervisé par Goebbels, qu’en tira le réalisateur Veit Harlan en 1940. Or, voici qu’en décembre dernier reparaissait, dans sa version intégrale, ce texte superbe qu’il n’y a plus désormais aucune excuse à ignorer.

« Version intégrale », la chose mérite d’être soulignée. En effet, les rares à s’être plongés dans la précédente traduction française, due à Maurice Rémon, n’eurent accès qu’au pâle reflet des sept cents pages originales ; à un ersatz, amputé de maints passages et rendu par une langue autrement surveillée. La présente mouture se base sur l’édition Aufbau-Verlag de 1959 et, en la matière, la belle ouvrage de Serge Niémetz est à saluer sans réserve, car il aura su restituer à la prose de Feuchtwanger son ampleur, sa souplesse, sa richesse lexicale et expressive, bref son énergie. Du noir et blanc manichéen du film antisémite qui en fut tiré, la palette se rehausse pour le coup de toutes les nuances du fresquiste hors pair qu’était le romancier.

Flaubert, Michel Winock

Ecrit par Frédéric Saenen , le Lundi, 01 Avril 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Gallimard

Flaubert, Biographies NRF Gallimard, 540 pp., 25 € . Ecrivain(s): Michel Winock Edition: Gallimard

 

 

Flaubert, travailleur de l’amer

 

À la question « Pourquoi une nouvelle biographie de Flaubert ? », Michel Winock répond avec l’intelligence du cœur qu’il a voulu faire partager la passion personnelle qu’il nourrit envers l’Ermite de Croisset. En effet, maintenant que l’édition non censurée de la vaste correspondance est complète en Pléiade, une approche globale de l’homme, public comme intime, est tout à fait envisageable et le « corpus Flaubert » peut être considéré comme clos : rares sont les zones d’ombre le concernant, et bien qu’il en subsiste, elles sont peu susceptibles d’être jamais éclaircies. S’il ne comporte donc pas de révélations, le travail de Michel Winock, à la fois massif et minutieux (donc à la mesure de son objet), apporte pourtant un regard neuf sur l’auteur de Madame Bovary.

Balzac occulte, Anne-Marie Baron

Ecrit par Frédéric Saenen , le Samedi, 23 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, L'Âge d'Homme

Balzac occulte. Alchimie, magnétisme, sociétés secrètes, Préface d’Antoine Faivre, 326 p., 24 €. . Ecrivain(s): Anne-Marie Baron Edition: L'Âge d'Homme

 

L’étude qu’Anne-Marie Baron consacre à l’occulte chez Balzac ouvre des perspectives de lecture renouvelées à qui voudrait se (re)plonger dans La Comédie humaine. Autorité en la matière – puisqu’elle préside la Société des Amis de Balzac ainsi que sa Maison-musée sise rue Raynouard –, le docteur ès lettres conjugue à son expertise une approche encyclopédique de la part ésotérique que recèlent les romans balzacien. Du coup, son essai apparaît comme l’éclaircissement définitif qu’il s’agissait d’apporter à un aspect méconnu et pourtant fondateur dans la démarche créatrice de ce géant.

La première surprise vient de la rencontre avec un homme très informé en matière d’ars magna, de magnétisme ou encore de cercles d’initiés, à l’influence difficilement pondérable sur le cours de l’Histoire. Certes, on savait Balzac fasciné par le secret ou encore les figures de savants et d’artistes que l’ambition d’atteindre la connaissance ou la beauté rend fous. Il suffit de citer La Recherche de l’absolu ou La Peau de chagrin pour sembler parfaitement informé de cet aspect, souvent apprécié d’ailleurs parce qu’il allègerait d’une appréciable touche de fantastique un réalisme trop pur et dur, partant inactuel.

Oeuvres complètes. L'unique et sa propriété et autres textes, Max Stirner

Ecrit par Frédéric Saenen , le Mercredi, 20 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Langue allemande, L'Âge d'Homme

Œuvres complètes. L’Unique et sa propriété et autres textes, 440 p., 29 € . Ecrivain(s): Max Stirner Edition: L'Âge d'Homme

 

Stirner le Souverain

 

Autre reprint chez L’Âge d’homme, concomitant avec celui de Sexe et Caractère d’Otto Weininger, celui des œuvres complètes de Max Stirner dont, là non plus, pas un iota n’a été modifié depuis sa première version en 1988.

De son vrai nom Johann Kaspar Schmidt (1806-1856), Max Stirner fut le dynamiteur de l’humanisme bourgeois, avec un texte dont la radicalité n’a pas pris une ride : L’Unique et sa propriété, paru en 1844. Surgeon de l’hégélianisme de gauche et du courant dit de la « critique pure », Stirner rejeta en matière de philosophie tout ce qui lui apparaissait de l’ordre du simulacre. La religion tout comme le libéralisme, sous leurs prétendues vocations à émanciper l’âme ou à favoriser la circulation des biens, sont des formes supérieures d’oppression, qu’il s’agit de mettre à bas.

Sexe et caractère, Otto Weininger

Ecrit par Frédéric Saenen , le Vendredi, 08 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Langue allemande, L'Âge d'Homme

Sexe et caractère, 290 pages, 23 € . Ecrivain(s): Otto Weininger Edition: L'Âge d'Homme

 

De la haine des femmes à la haine de soi : Otto Weininger

 

C’est avec un brin de déception que l’on ouvre la réédition de l’œuvre d’Otto Weininger (1880-1923), aux Éditions L’Âge. Non pas que l’ouvrage soit inintéressant, que du contraire, mais il n’est question ici que d’un reprint exact – coquilles d’origines comprises, alors que la parution initiale datait d’il y a plus de trente ans ! Un petit effort de toilettage eût été bienvenu, pour le moins…

Quoi qu’il en soit, fréquenter à nouveau ce jeune homme trouble quelque cent-dix ans après son suicide reste une expérience unique. Juif viennois, ami de Ludwig Wittgenstein et de Karl Kraus, Otto Weininger se convertit au protestantisme à 22 ans et se suicida l’année suivante d’une balle dans la tête, dans la maison où mourut Beethoven. Quel destin prometteur attendait cet érudit précoce, qui avait absorbé en quelques années l’essentiel de la culture livresque occidentale ? Nous ne le saurons jamais.