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L’art de perdre, Alice Zeniter

Ecrit par Franck Verdun , le Mercredi, 24 Janvier 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Flammarion

L’art de perdre, août 2017, 512 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alice Zeniter Edition: Flammarion

 

Les harkis ont subi le malheur des vaincus et celui-là était à double détente. Ils ont dû fuir leur pays pour la France ; mais là, leur présence évoquait trop visiblement la colonisation, la guerre et la défaite, comme la tache de sang poursuivait le crime de lady Macbeth.

Les harkis, comme tous les perdants, n’ont pas d’histoire. Chacun choisit alors sa stratégie de survie. Certains décident de déserter leurs souvenirs : ils choisissent le silence. Mais le vide du silence est une masse dense qui obéit aux lois de la physique. Il satellise les êtres autour de lui, il obsède comme la présence du membre fantôme que l’on a amputé. Cette éternelle histoire des perdants, Alice Zeniter l’écrit magnifiquement dans L’art de perdre. Le roman raconte la filiation de Naïma, jeune femme née de père Kabyle et de mère française dont les grands-parents Ali et Yema ont quitté l’Algérie pour la France en 1962, et qui après un passage dans des camps de travail parviennent dans l’appartement d’une HLM de Normandie.

A propos de "Je m’appelle Europe", Gazmend Kapllani, par Franck Verdun

Ecrit par Franck Verdun , le Lundi, 06 Novembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Je m’appelle Europe, Gazmend Kapllani, Editions Intervalles, 2013, 153 pages, 19 €

A la recherche du grand roman européen

Nous autres, européens, nous croyons aux mythes. Nous succombons volontiers à ceux des autres. Prenons l’exemple du Grand roman américain, ce livre qui exprimerait tout entier l’essence de l’Amérique, de son histoire et qui, à travers des récits de base-ball et de pêche à la truite toucherait l’universel. De temps à autre, on nous annonce sa naissance. Le grand roman américain obéit à des canons précis : son auteur est inconnu, il a mis 7 à 10 ans pour écrire l’œuvre, son éditeur l’a payé très cher. Les cases étant cochées, il ne nous reste plus qu’à lire City on fire ou Les fantômes du vieux pays.

L’attente, l’espoir du grand roman américain porte en lui la condamnation de notre littérature : fatiguée de ses frontières étroites, de son nombrilisme, de son autofiction, de ses historiettes sexualisées. Notre littérature a l’odeur des placards et du ressassement. Pourtant nous sommes européens. Il suffit peut-être seulement de changer de point de vue, de prendre la hauteur du continent pour retrouver le souffle. Oui mais le grand roman européen existe-t-il ? A-t-on seulement envie de l’imaginer ?