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Articles taggés avec: Etienne Ruhaud

Trois Légendes, Richard Millet

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Lundi, 03 Mars 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Contes, Pierre Guillaume de Roux éditeur

Trois légendes, octobre 2013, 96 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

 

Un séducteur, cordonnier de son état, musicien par vocation, charme les loups en jouant du violon, avant de disparaître. Deux frères, partis à la guerre de 40, reviennent dans la ferme familiale à cheval, l’un vivant et l’autre décédé, cadavre décomposé attaché à sa selle, comme dans la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable. Aidé par une enseignante esseulée, un bûcheron isolé décide de partir en fumée en haut d’une cabane perchée sur un arbre, au milieu des bois, drakkar échoué de quelque océan oublié.

Saturnienne, nocturne, chaque légende célèbre, à sa manière, les hautes terres d’enfance. Monts granitiques, forêt plus profonde que le cœur humain (p.28). Villages lointains : le plateau de Siom semble effectivement être le principal, sinon l’unique, personnage, de ce mince recueil, sombre et lumineux. Éloges du pays perdu limousin cher à Jourde (1), ces trois histoires évoquent, pour une part, la manière qu’a Pierre Michon de décrire de minces existences, de pittoresques inconnus, en de longues phrases classiques, amples et hugoliennes, à travers les Vies minuscules (2) ou Le Roi du bois (3). Écrit dans une langue superbe, poétique, l’ouvrage procède lui aussi d’une sorte de mythologie secrète, nervalienne, et non d’un quelconque régionalisme corrézien, plat et niais :

Une garance pour le violoncelle, Mylène Vignon

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Jeudi, 13 Février 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Une garance pour le violoncelle, éditions Unicité, octobre 2013, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Mylène Vignon

 

Une série d’hommages : ainsi pourrions-nous qualifier le nouveau recueil de Mylène Vignon, femme de Lettres, bloggeuse, journaliste, et animatrice du site « Saisons de culture ». Reprenant, par le titre, une métaphore de Maria Elena Vieira da Silva (1), Une garance pour le violoncelle ressemble en effet d’abord à une belle suite de dédicaces, ou plutôt d’odes, à diverses personnes aimées, ou à des éléments, des lieux familiers.

Ainsi, page 42, lorsque l’auteure s’adresse à Nina, dans le texte « Vers Nina » : Dors/Et j’écris le poème/Pour toi/Nina/Rien que pour toi, ou encore page 24, dans le texte « Vers les saisons » : Regarder une fleur/Avant de s’en aller/Sans se retourner/Observer le printemps/La veille d’un été/Et rêver. Une large part est faite aux créateurs, musiciens et plasticiens, que la poétesse, par ailleurs critique artistique (2), prend plaisir à célébrer, non sans une certaine complicité : Paris New York/West Side Story/Bernstein/Des cris joyeux/Percent l’hiver/Neigeux (page 26).

Mais qui lira le dernier poème ?, Eric Dubois

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Lundi, 06 Janvier 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, publie.net

Mais qui lira le dernier poème ? 52 p. 2,99€ (Ebook) . Ecrivain(s): Eric Dubois Edition: publie.net

 

Blogueur, homme de radio, fondateur et animateur de la revue en ligne Le Capital des mots, Eric Dubois semble opposé à toute forme d’hermétisme, tant dans ses choix de publication que dans sa propre production littéraire. Déployant une langue à la fois sobre et néanmoins souple, harmonieuse, Mais qui lira le dernier poème ? évoque la vie quotidienne, au risque d’un certain prosaïsme, parfois, une sorte de simplicité volontaire, ascèse stylistique, qui n’est pas sans rappeler, par moments, Bukowski ou Houellebecq :

Le temps s’étire comme un chewing-gum/La bite perdue dans les poils et les plis/du pantalon/Dans la poussière/et les temps morts.

Editeur du recueil sous forme numérique, François Bon parle lui d’écriture concrète. Poésie de l’actuel, de l’immédiat, les vers brefs et précis d’Éric Dubois évoquent la cité d’aujourd’hui, son décor froid, inamical mais familier :

Encore l’œil électronique/de désirs fantasmés/Par l’unité centrale/La caméra et l’écran/dans la nuit du commerce.

La première pierre, Pierre Jourde

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Mardi, 10 Décembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Gallimard

La première pierre, septembre 2013, 208 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Pierre Jourde Edition: Gallimard

Le 31 juillet 2004, de retour dans le hameau familial, en plein Massif Central, Pierre Jourde, son épouse et ses enfants, sont verbalement et physiquement pris à partie par des agriculteurs. Au tribunal d’Aurillac, les accusés, qui se considèrent victimes, déclarent avoir été salis par le poète à travers un bref récit au titre évocateur, publié un an plus tôt chez un petit éditeur, l’Esprit des Péninsules.

Hommage au territoire et à ses habitants, Pays perdu a-t-il été lu de travers ? Très vite la presse s’empare de l’affaire, s’enflamme, sort malgré lui Pierre Jourde, essayiste méconnu et auteur exigeant, d’une certaine confidentialité.

Dix ans plus tard, ce dernier tente de comprendre, et, pour ce faire, revient sur les faits, en suivant l’ordre chronologique, à partir du moment de l’agression jusqu’à aujourd’hui. Analysant avec justesse le contraste existant entre un monde parisien, bobo, déconnecté, et l’univers rural (le décalage des journalistes prête à sourire), Pierre Jourde montre comment un simple tableau, par ailleurs magnifique, de la campagne, peut être mal reçu et générer un conflit, puis une relégation, un bannissement, une disparition, soit la pire des violences. Diverses pistes sont envisagées. Les agresseurs ont-ils été choqués de voir certains secrets révélés ? Se sont-ils sentis insultés, humiliés, ou ont-ils saisi un prétexte pour régler de vieux comptes, liés à d’antiques querelles de voisinage ?