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Articles taggés avec: Dominique Ranaivoson

Des ailes au loin, Jadd Hilal

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 07 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Elyzad

Des ailes au loin, mars 2018, 168 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jadd Hilal Edition: Elyzad

 

Ou comment un jeune homme peut faire parler une lignée de quatre femmes et, à travers leurs voix, retracer l’histoire des exils successifs d’une famille palestinienne. C’est Naïma qui commence à Haïfa, « fjord méditerranéen », puis va dans les montagnes et au Liban, à Damas, à Beyrouth. Sa fille Ema raconte les mêmes errances, de son point de vue, jusqu’à la fuite vers Genève. Puis c’est la sienne, la petite-fille Dara, retournant dans son Liban natal avant d’être obligée elle aussi de le fuir. Enfin, l’arrière-petite-fille, Lila, entre dans le chœur. Elles évoquent aussi toutes les quatre leurs frères et sœurs, tantes, maris installés plus ou moins temporairement à Damas, Bagdad ou Abu Dhabi. Les voix s’entrecroisent ; chacun raconte le père, le mari, la maison, l’environnement. Le temps passe, les générations se succèdent et se côtoient, leur histoire personnelle s’inscrit dans l’Histoire par les dates et les références qui émaillent le texte : l’attentat de 1938 à Haïfa par les Juifs de la Haganah, 1947 et la « guerre civile en Palestine », la révolution palestinienne, la guerre au Liban en 1976 puis son « retour » en juin 1982, le 14 février 2005 et l’attentat contre Rafiq Hariri suivi de la « révolution », enfin le Hezbollah en 2006 qui capture des soldats israéliens et les bombardements du 7 juillet 2006.

La fin de Mame Baby, Gaël Octavia

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

La fin de Mame Baby, août 2017, 170 pages, 16 € . Ecrivain(s): Gaël Octavia Edition: Gallimard

 

Voici un texte surprenant : construit avec la plus extrême précision, son mécanisme vous rend totalement dépendant des révélations que la romancière instille à petites doses du début à la fin. Suspense donc, mais aussi analyse psychologique, fresque sociale, le tout sur le ton apparemment anodin voire simpliste du récit d’une jeune infirmière qui rend visite chaque jour à une vieille alcoolique recluse. C’est que la jeune Gaël Octavia, déjà dramaturge, novelliste et poète sait monter un scénario aux rouages serrés et des personnages qui ne se dévoilent qu’au rythme des étapes de ce qui s’apparente à une démonstration.

Revenons au cadre : une cité à peine décrite (des immeubles laids, un centre commercial, des « tours vertigineuses ») qui se réduit à son terme générique, « le Quartier » et qui fonctionne comme un monde à part dans lequel restent ceux qui y sont nés. Et là, vivent en circuit fermé des personnages et des institutions : les jeunes et leurs bandes violentes, les femmes qui se retrouvent dans leur « Assemblée » et l’église évangélique, en plein essor, conduite par des hommes admirés et autoritaires.

A l’école en Algérie des années 1930 à l’Indépendance, Martine Mathieu-Job

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Récits

A l’école en Algérie Des années 1930 à l’Indépendance, éd. Bleu autour, mars 2018, 368 pages, 25 € . Ecrivain(s): Martine Mathieu-Job

 

Ce livre collectif rassemble 54 témoignages d’anciens élèves passés par les écoles françaises en Algérie avant 1962 et qui vivent et écrivent actuellement en France. Il suit le même principe que les titres précédents de la collection, qui, sous la direction de Leïla Sebbar, rassemblaient des textes sur l’enfance juive (Une enfance juive en Méditerranée musulmane, 2012) puis sur l’enfance pendant la guerre (Une enfance dans la guerre. Algérie 1954-1962, 2016). Une grande partie des contributeurs (33), sous la direction de Martine Mathieu-Job originaire de Blida, sont les mêmes. Hommes et femmes, issus de familles juives, arabes, kabyles, métropolitaines, de colons, scolarisés à Alger, Constantine, Oran, en campagne, sont invités à dérouler la « pelote des souvenirs » (Alain Vircondelet, 317) pour inscrire ensemble la « trace mémorielle » (Noureddine Saadi, 285) de ce temps perdu resté si vivant en eux. Ils évoquent tous leur entrée dans l’institution, la place de l’école dans leur milieu, les éventuels autres lieux éducatifs (école coranique et talmudique, cinéma), leurs autres langues, la pédagogie, les programmes, les jeux. Ils égrènent les noms des rues, des écoles, des enseignants, des camarades, s’arrêtent sur l’anecdote qui les a marqués.

Lectures nouvelles du roman algérien, Charles Bonn

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Editions Classiques Garnier, Essais

Lectures nouvelles du roman algérien, 280 pages . Ecrivain(s): Charles Bonn Edition: Editions Classiques Garnier

 

Charles Bonn est pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures maghrébines une des principales références. Après avoir enseigné en Algérie, il n’a cessé, durant quarante ans, de stimuler la recherche, d’encadrer des thèses, de publier sur ces littératures que l’on ne disait pas encore « émergentes ». Il a fondé et dirigé la revue Expressions maghrébines, créé et animé le site Limag.

Dans une vision encyclopédique, ce site rassemble les publications universitaires, les compte-rendu, les notices biographiques des auteurs, les multiples références de tout ce qui a trait à la région. Au terme de ce parcours, l’infatigable chercheur offre un volume qui se veut un récapitulatif de son itinéraire intellectuel à propos du roman algérien et, bien sûr, à travers lui, de son itinéraire personnel. La tonalité personnelle (qualifiée de « peut-être un peu narcissique », 10) inscrite au cœur de ses réflexions par ailleurs aussi fouillées que dans des ouvrages collectifs ordinaires fait toute l’originalité de ce livre. Charles Bonn se remet lui-même, avec lucidité et distance, dans les contextes qu’il a traversés et qui l’ont formé : 68 en France, la mémoire de la guerre d’Algérie, les années 70 en Algérie, la structure des champs littéraires dans chaque pays, le poids des idéologies, les attentes des étudiants et des lectorats, les grilles instaurées par les critiques français en vue, la rupture de l’islamisme.