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L’Invention des corps, Pierre Ducrozet

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 18 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Actes Sud

L’Invention des corps, août 2017, 300 pages, 20 € . Ecrivain(s): Pierre Ducrozet Edition: Actes Sud

 

Qu’est-ce qu’un roman-multivers ? La notion de multivers renvoie souvent à la science-fiction, parfois à la philosophie. Les romans proposent en général un monde, un univers. L’invention des corps est un roman-multivers. Edgar Poe, grand précurseur du multivers, relu et mis en musique par Jean-Clet Martin, a ouvert la brèche. Pierre Ducrozet y inscrit les fondations formelles de son opus 2017. La multiplicité des sens s’exprime dans chaque phrase comme un tatouage dans un corps, comme un code sur la toile. #43 et autres.

Le fait divers tutoie l’événement historique. Date-code : La nuit du 4 septembre 2014. 43 étudiants mexicains manifestants sont assassinés par la police locale d’Iguala. Les corps restent introuvables. Les faits, Ducrozet les fait proliférer dans la course d’Alvaro, jeune prof rescapé et témoin du massacre. Seulement voilà : « Témoigner, appeler, dénoncer, tout ça n’a aucun sens… ».

Les ardeurs de la photocopieuse, par Didier Bazy

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 11 Juillet 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

La machine chauffait. Et pas seulement l’hiver. C’est du moins ce que croyait, mordicus, Grotipor. Sûr de lui comme cochon, campé dans un charisme mâle, tout auto-déclaré, il confiait parfois à ses collègues : « j’m’la cueille quand j’veux… ».

Qui donc ?

Machine, bien sûr, machine ! Elle chauffe pour moi ! Jour et nuit, hiver été, bon an mal an !

Et l’animal d’ajouter, péremptoire : l’oiselet va réveiller le rêve de l’oiselle.

Les collègues, gênés, souriaient. Ils se doutaient bien que la « machine » de Grotipor ne correspondait pas tout à fait aux aspirations prétendues du bonhomme. Et même pas du tout.

N’empêche. A plusieurs reprises, il avait tenté sa chance dans le petit local en soupente. Là, la machine programmable proposait duplications et autres sévices.

Résistance au gouvernement civil, La vie sans principes, Thoreau

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 13 Juin 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Essais

Résistance au gouvernement civil, La vie sans principes Carnets de l’Herne, 2017, trad. anglais US, Sophie Rochefort-Guillouet, 7,50 € . Ecrivain(s): Henry David Thoreau

Deux petits ouvrages (50 pages chacun) comme deux échos latéraux.

D’une main, un acte de résistance. De l’autre main, un vade-mecum.

 

Résistance

Du premier, on ne répétera jamais assez qu’il ne s’agit jamais pour Thoreau d’un traité de désobéissance civile systématique. Trop d’évocations en témoignent sans bonheur. Trop de malentendus et de contresens en dérivent. Sophie Rochefort-Guillouet, traductrice précise et efficace, a parfaitement rendu justice au titre Resistance on civil government… Mieux, la note introductive de l’éditeur rappelle que ce texte est l’aboutissement rédigé d’une conférence de 1849, intitulée Les droits et devoirs de l’individu envers le gouvernement. C’est tout dire ! Désobéir, pour Thoreau, n’est pas un impératif catégorique. C’est une possibilité, toute prête à passer à l’acte si, et seulement si une situation l’exige, la requiert, l’appelle. Quelles sont ces situations injustes ?

Carnets de L'Herne : Spinoza, Arendt, Weil, 3 livres, par Didier Bazy

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 25 Mars 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Spinoza, De la liberté de penser dans un Etat libre

Arendt, La politique a-t-elle encore un sens ?

Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques

Carnets de L’Herne 2017, 6,50 € pièce, 80 pages environ

 

3 petits livres pour 3 grands problèmes.

– La politique a-t-elle encore un sens ? (Arendt)

– Faut-il supprimer les partis politiques ? (Weil)

– Quelle est la place de la liberté de penser dans un Etat libre ? (Spinoza)

Hermann, 140 ans d’histoire en miscellanées, Suivi de La Vocation, Guy de Maupassant

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 24 Novembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

Hermann, 140 ans d’histoire en miscellanées, éd. Hermann, septembre 2016, 320 pages

 

Pour ses cent quarante ans, Hermann éditions offre au public le fac-similé d’un manuscrit inédit de Maupassant… La Vocation, cette « nouvelle », n’est pas seulement celle du curé qui refile un peu de thune (sic) pour qu’un vieux couple de pauvres se marient enfin après vingt ans de vie commune et une enfant à la clé qui va faire sa première communion, c’est aussi l’évocation sans équivoque de la transmission, avec la bénédiction du père qui ne voudrait surtout pas contrarier une vocation, de la mère à la fille du métier de péripatéticienne, le métier de la mère ?

Du vrai et du meilleur Maupassant.

Nous nous demanderons quand même si la polémique autour de « l’authenticité » de l’objet sur la forme ne camoufle pas un non-dit sur le fond : le soi-disant plus vieux métier du monde peut-il être une vraie vocation ? Par-delà la polémique – et toute polémique recèle sa part de jalousie, le plus vieux sentiment du monde –, un des intérêts de ce court récit réside bien aujourd’hui (encore aujourd’hui) dans la dénonciation ironico-tragique de la méchanceté ordinaire, des intentions tordues et, surtout, des éloquents discours qui moralisent et qui jugent.