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Articles taggés avec: Clément Bénech

Tu montreras ma tête au peuple, François-Henri Désérable

Ecrit par Clément Bénech , le Mercredi, 24 Avril 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Gallimard

Tu montreras ma tête au peuple, avril 2013, 186 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): François-Henri Désérable Edition: Gallimard

 

 

Lorsque l’on est, comme l’auteur de cet article, un nul parmi les nuls en histoire, on se montre reconnaissant envers toutes les tentatives de nous la rendre plus accessible. Que ces tentatives soient picturales, ludiques, littéraires, le moindre geste dans notre direction est apprécié. Non que la première œuvre littéraire de François-Henri Désérable, Tu montreras ma tête au peuple, entreprenne de vulgariser les grands épisodes de la Révolution française ; mais son art du récit nous réconcilie avec eux et les grave dans notre mémoire.

Œuvre littéraire, parce que le livre de ce jeune écrivain de vingt-cinq ans, hockeyeur professionnel dans l’équipe de Montpellier, doctorant en droit, relève du roman, du recueil de nouvelles, de l’œuvre épistolaire, du journal intime, et ainsi ne saurait trouver de définition convenable. L’homme multicarte publie, comme il se doit, un livre à plusieurs facettes.

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

Ecrit par Clément Bénech , le Jeudi, 04 Avril 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Les éditions de Minuit

Un notaire peu ordinaire, 2013, 112 pages, 12 € . Ecrivain(s): Yves Ravey Edition: Les éditions de Minuit

 

S’il y a des quatrièmes de couverture édifiantes, c’est bien celles des éditions de Minuit. « Madame Rebernak ne veut pas revoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu’il ne s’en prenne à sa fille Clémence. C’est pourquoi elle décide d’en parler à maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services ». Ici, inutile de manier les mots mystère, inquiétude, énigme, ce serait aussitôt les saborder.

Comme l’absurde de l’excès s’était insidieusement et progressivement invité dans les pages de Monparnasse reçoit – un précédent livre d’Yves Ravey dont les scènes restent des années en mémoire – c’est le cousin de Madame Rebernak, Freddy, donc, qui s’invite chez cette dernière à sa sortie de prison. Inutile de dire que cette visite ne fait pas plaisir à Madame Rebernak, qui voit en ce cousin plutôt le gros moustique que le sang commun.

Pourtant, Freddy a purgé ses quinze ans de prison pour le viol de la petite Sonia ; pourtant, il suscite la sympathie des gendarmes ; pourtant, il semble passer ses journées à pêcher tranquillement au bord de la rivière. Rien à faire : Madame Rebernak, qui est sa seule famille, refusera de l’héberger. Elle craint, à bon droit, pour sa fille Clémence.

Nouilles froides à Pyongyang, Jean-Luc Coatalem (2 recensions)

Ecrit par Lionel Bedin, Clément Bénech , le Mercredi, 27 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Grasset

Nouilles froides à Pyongyang, Récit de voyage, 2013, 17,60 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Coatalem Edition: Grasset

 

Recension 1

 

« Où allons-nous, nous qui n’allons nulle part dans ce pays qui n’existe pas ? » est une phrase du livre qui aurait pu se trouver en exergue au début de Nouilles froides à Pyongyang, récit dans lequel Jean-Luc Coatalem raconte un voyage en Corée du Nord effectué au printemps 2011 – donc avant la disparition du « Cher Leader » Kim Jong-il, remplacé depuis par son fils Kim Jong-un. Un voyage un peu particulier, très encadré, très contrôlé, mais qui livre au final un « journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe ». Allons voir.

Avant de glisser sur la « rampe des longitudes », Jean-Luc Coatalem et son ami Clorinde obtiennent, sous prétexte de consulting en tourisme, des visas pour un pays « sur lequel on en sait moins que sur nos galaxies lointaines ».

Ce qu'aimer veut dire, Mathieu Lindon (2ème recension)

Ecrit par Clément Bénech , le Jeudi, 07 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Roman

Ce qu’aimer veut dire, 312 pages, 2013 pour l’édition poche . Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: Folio (Gallimard)

 

Lire un roman dont les personnages nous sont déjà connus est l’assurance d’entrer immédiatement dans le vif du sujet. Nous faisons l’économie de bien des descriptions. Ainsi, l’attrait des séries balzaciennes, ou encore d’Arsène Lupin… Chez Mathieu Lindon, c’est différent : les personnages sont réels. Il s’agit du philosophe Michel Foucault, ainsi que de l’écrivain et photographe Hervé Guibert. On croise aussi le mythique éditeur des éditions de Minuit, Jérôme Lindon, le père du narrateur, dont se dessine un superbe portrait en creux.

Le narrateur est invité à passer un été chez Michel Foucault, rue de Vaugirard à Paris, pendant que ce dernier prend quelques vacances. Avec ses amis, Mathieu va en faire sa propre maison. Et le lieu de diverses expérimentations : il teste notamment de nombreuses drogues, fait des rencontres. Et par le truchement de cet appartement, de cette salle d’opération, c’est Michel Foucault que Mathieu Lindon souhaite atteindre dans son récit : « j’ai envie de rendre hommage à Michel, mais comment par un livre, lui à qui ses propres livres rendent mille fois plus hommage que d’autres ne sauraient faire ? ».

Hopper, l'horizon intra muros, Franz Bartelt

Ecrit par Clément Bénech , le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Arts

Hopper, l’horizon intra muros, Editions Invenit, collection Ekphrasis, 50 p. 12 € . Ecrivain(s): Franz Bartelt

Peut-on parler d’un tableau ? La question mérite d’être posée. Puisqu’il est souvent pris pour acquis que l’analyse des œuvres augmente celles-ci d’autant, les dote d’un bel appareillage. On peut aussi arguer que le bourdonnement qui les entoure finit par les rendre invisibles, inaudibles. Ainsi de certaines si connues, comme les Nighthawks de Edward Hopper, qu’elles semblent ensevelies sous le commentaire, et qu’elles suscitent la crainte plutôt que l’admiration.

Heureusement, il existe plusieurs manières de parler d’un tableau. En parallèle de l’exposition Hopper au Grand Palais, qui combine des tableaux du grand peintre américain avec des œuvres de ses maîtres ou de ses contemporains, l’écrivain Franz Bartelt, prix Goncourt de la nouvelle en 2006, se fend d’un exercice d’admiration pour cette image qui hante notre imaginaire.

Et c’est tant mieux. Au lieu de tomber dans l’écueil de la critique d’art et de son vocabulaire, Franz Bartelt fait ce qu’on fait avec des mots : raconter. Il met en récit, il nous récite son amour pour ce tableau. Comment tout a commencé ? Par une carte postale au dos de laquelle il était reproduit. « En général, quand on reçoit une carte postale, on ne prête qu’une attention bénigne à l’illustration, pressé qu’on est d’identifier, parmi nos connaissances, laquelle a pris la peine de nous adresser une pensée choisie, une estimation climatique, ou une vantardise de touriste du bout du monde ».