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Articles taggés avec: Christian Massé

L’Intérieur de la nuit, Léonora Miano

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Afrique, Roman, Pocket

L’Intérieur de la nuit, 213 pages, 6,95 € . Ecrivain(s): Léonora Miano Edition: Pocket

 

Quelque part en Afrique, des villageois sont pris en otage par des hommes venus du Nord pour faire main basse sur le Sud. Ils s’autoproclament…les Forces du changement ! Les habitants de ce village, Eku, sont coupés du monde par nature et se méfient de Sombé, la grande ville. Les hommes partent loin, là où il y a du travail. Les filles s’y marient très tôt, enfantent et se taisent. Sauf Ayané, fille d’Aama, dite la folle, et Eké, homme bon, qui meurt jeune. Elle part étudier chez les Blancs, des années durant. Elle revient au village enterrer sa mère. Les villageois sont donc captifs, en attente de la décision des Forces du changement… qui semblent aussi attendre… C’est une veillée de morts-vivants en sursis.

Ayané se cache dans un manguier et va assister aux rituels : sacrifice d’un enfant, que les miliciens donnent en repas aux villageois, pour renouer avec les traditions ancestrales. Puis décapitation du chef du village. Les hommes du Nord décident de partir avec les jeunes garçons pour les associer à leur guerre de libération. Les filles aussi sont emmenées, pour des raisons que l’on imagine. Du haut de son manguier, Ayané observe… l’histoire de l’Afrique qui rejoue à ses pieds, ses rituels les plus ancestraux, les plus horribles.

La Survivance, Claudie Huntzinger

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, J'ai lu (Flammarion)

La Survivance, 251 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Claudie Huntzinger Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

Sils et Jenny dénichent les bons livres, plus qu’ils n’en vendent. Déclarés en faillite, ils font de leurs cartons de livres, des barricades. Les livres sont pour eux des orphelins abandonnés, qui se suivent, ne se ressemblent pas, ne se quittent pas.

Achetée par le couple quarante ans plus tôt, La Survivance est une ancienne métairie, en pleine montagne de Merveille, près de Colmar. La Survivance devient pour eux deux l’Eldorado de leur exil – exil au sens premier, où il va falloir tout réapprendre, survivre. Une éternelle fuite en avant, avec Brecht, Kafka, Cadou, Ponge, Corti, et aussi une chèvre, une ânesse et la tête dans les étoiles. Ni eau, ni électricité. Autour, les loups du monde entier rôdent – des gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. Jusqu’aux jours où les Autorités les prient de quitter ce zade pour un autre refuge. Nous sommes nés pour ne rien posséder, constate calmement Sils.

Mrs Dalloway, Virginia Woolf

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Iles britanniques, Roman

Mrs Dalloway, trad. Marie-Claire Pasquier, 1994, 368 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Virginia Woolf Edition: Folio (Gallimard)

 

Le roman résume la vie d’une femme du monde londonien, à travers les dix sept heures de son emploi du temps quotidien. Son milieu, mondain, son époque, post victorienne et Grande Guerre sont décrits. Mrs Dalloway restitue la vie animée de la ville que le lecteur découvre au rythme de Big Ben.

Avec en arrière-plan la guerre, la folie et la mort, ce roman initiatique traduit la quête du bonheur et de soi. Et aussi la recherche du temps perdu. La multiplicité des visages nourrit le moi de la narratrice (Virginia Woolf ?). Elle saisit les impressions, banales ou extraordinaires, évanescentes ou violentes, ainsi que les tensions entre l’intérieur d’un personnage et son environnement.

Quand on a lu À la recherche du temps perdu, on peut retrouver  Proust en lisant Woolf qui explore profondément l’intérieur des personnages. Les moments présents sont suivis de retours en arrière. La narratrice brouille la chronologie des vies et des événements : elle définit l’extériorité du réel par rapport à l’esprit de celui qui le reçoit dans son intériorité…

Le salaire de la peur, Georges Arnaud

Ecrit par Christian Massé , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Pocket

Le salaire de la peur, Georges Arnaud . Ecrivain(s): Georges Arnaud Edition: Pocket

 

Las Piedras : des cabanes croulantes, des terrains vagues semés de cubes de ciment, de la boue, des moustiques, la malaria. Le Corsario Négro : les Guatémaltèques et les Gringos y ont leurs quartiers et leur muse tarifée. Tous veulent partir de cette ville en loques, et sont prêts à tout pour ça, enfin, ils le disent. Un peu partout, des pick-up, des camions citernes, des derricks. Les pistes, du sable sous les alizés. Plus loin, des pompes à forage, des semi-esclaves qui peuvent disparaître quand ça pète, et le boss. Et la nitroglycérine. Des histoires de carcasse, d’os et d’acier.

Dans ce paroxysme de misère, un jour, un détonateur :

On embauche excellents chauffeurs de camion.

Travail dangereux. Hauts salaires. S’adresser au bureau.

Commence alors un long périple pour quatre hommes, deux par deux. Voyage dans la sueur, autant celle de la chaleur que celle de la peur. Surtout la peur.

L’Annonce, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 22 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

L’Annonce, 196 pages, 15 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Folio (Gallimard)

 

Fridières, un lieu-dit accroché comme un roc à une terre : un clan familial y survit depuis des générations. Seul lien avec le monde : le journal La Montagne. Fridières : un rez-de-chaussée, à l’ancienne. Un étage, bientôt à l’américaine. Ce milieu conservateur, finalement, va se transformer.

Les personnages sont attachants : les deux oncles, 90 ans, des « vieux-garçons » ; Nicole, la nièce qui-s’occupe-de-tout et-de-tout-le-monde. Paul, son frère qui, à peine la cinquantaine, refuse de devenir comme ses oncles et qui est sûr de l’imminence de la fin du modèle agricole familial. Annette : vient du Nord, d’une filature, d’un milieu d’estropiés de la vie. Et son fils Éric, survivant de ce milieu et prêt à en embrasser un autre. La jeune femme va faire bouger les lignes de terre.

C’est l’histoire de l’insertion de ces deux nordistes qui réussit par l’amour façon cœur-grand-comme-ça, et l’envie de commencer à recommencer une vie, pour les deux principaux personnages, Paul et Annette. Lui qui veut échapper au célibat voué à l’élevage de chèvres. Elle qui veut fuir desgens du Nord.