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Articles taggés avec: Christian Massé

L’Annonce, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 22 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

L’Annonce, 196 pages, 15 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Folio (Gallimard)

 

Fridières, un lieu-dit accroché comme un roc à une terre : un clan familial y survit depuis des générations. Seul lien avec le monde : le journal La Montagne. Fridières : un rez-de-chaussée, à l’ancienne. Un étage, bientôt à l’américaine. Ce milieu conservateur, finalement, va se transformer.

Les personnages sont attachants : les deux oncles, 90 ans, des « vieux-garçons » ; Nicole, la nièce qui-s’occupe-de-tout et-de-tout-le-monde. Paul, son frère qui, à peine la cinquantaine, refuse de devenir comme ses oncles et qui est sûr de l’imminence de la fin du modèle agricole familial. Annette : vient du Nord, d’une filature, d’un milieu d’estropiés de la vie. Et son fils Éric, survivant de ce milieu et prêt à en embrasser un autre. La jeune femme va faire bouger les lignes de terre.

C’est l’histoire de l’insertion de ces deux nordistes qui réussit par l’amour façon cœur-grand-comme-ça, et l’envie de commencer à recommencer une vie, pour les deux principaux personnages, Paul et Annette. Lui qui veut échapper au célibat voué à l’élevage de chèvres. Elle qui veut fuir desgens du Nord.

Sundborn ou Les jours de lumière, Philippe Delerm

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Sundborn ou Les jours de lumière, (Le Rocher, Prix des libraires 1997), 174 pages . Ecrivain(s): Philippe Delerm Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce roman se déroule entre l’Île de France (Grez-sur-Loing), le Danemark (Skagen) et la Suède (Sundborn). Il analyse la vie d’un groupe de peintres à la recherche d’un équilibre entre l’art, la vie et le bonheur. Ce roman se lit comme un tableau qui aurait exigé trente années de retouches. La première touche est sur la première page : Falun, le 24 janvier 1919 : Suzanne chantait encore et de longs pétales de neige tombaient sur les toits de Falun. Dernière touche à la dernière page : Paris, janvier 1919 : Soren eut le temps de peindre Le Feu de la Saint-Jean, juste avant de mourir. Puis la guerre arriva… L’histoire débute en 1884.

Les couleurs se suivent et donnent au roman un « esprit à la fête » : Lumière de tisane. Flèche de soleil. Longue robe bleu marine au col gaufré. Fontaine d’étoiles vertes. Maison d’ombre et de soleil. Roses trémières qui passent du rouge grenadine au rose thé. Nénuphars blancs, roses, jaunes. Etc.  Pas une page sans une couleur.

Grez-sur-Loing, bienheureuse commune : non loin de Barbizon, lieu des nostalgies proustiennes du narrateur, lieu des spectacles des artistes-peintres, lieu de décors effervescents.

Les désarrois de l’élève Törless, Robert Musil

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 11 Avril 2018. , dans La Une Livres, Points, Les Livres, Critiques, Roman, Langue allemande

Les désarrois de l’élève Törless, trad. allemand Philippe Jaccottet, 256 pages . Ecrivain(s): Robert Musil Edition: Points

 

L’élève Törless exige de ses parents d’être admis dans l’école W. Ápeine confronté à l’univers de cette école – état dans l’État –, il déchante sur l’essentiel de l’éducation. Quand les comportements ambigus du jeune Basini bousculent l’ordre des choses, c’est la descente aux enfers pour les principaux protagonistes. Les rituels sacrificiels sont banalisés. Finalement l’autorité des maîtres permettra un dénouement juste à cette histoire où la soif de l’Absolu révèle ses limites.

Cette école prestigieuse s’ouvre sur celle de la vie, et de ses antagonismes les plus courants : on vole, on veut régler ses comptes, on se cache pour comploter, on sort en cachette pour aller fréquenter une vieille prostituée. L’adolescence est analysée : émergence de démons intérieurs, renoncement aux idéaux, recherche d’une nouvelle Culture. Kant a tout dit, alors à quoi bon… En réalité, on se fie à l’apparence des êtres pour les juger. Átendance homosexuelle, une idylle dessine l’accomplissement des sens, mais précipite les protagonistes adolescents vers une descente aux enfers. Une parole donnée (dettes à rembourser) mais trahie crée le châtiment dont la cruauté semble légitime. Cette adolescence annonce une sorte de crépuscule des dieux.

Cinq éloges de l’épreuve, Collectif

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Albin Michel

Edition: Albin Michel

 

La violence des ruptures, le tragique de la condition humaine, la douleur des larmes, les solitudes et l’épreuve du manque : cinq écrivaines en font l’éloge, accordées au fait que toute épreuve existe pour être traversée, car porteuse de l’espérance d’une issue possible.

Sylvie Germain revisite la Genèse : la création du monde résulte d’un chaos primitif, d’un brisement cosmique heurté par un souffle et une voix. Voici le néant fécondé. L’homme naît d’un arrachement : Dieu le forme à partir de la glaise, lui insuffle une haleine de vie. La femme naît de sa côte. Voilà l’homme et la femme. Mais le couple sera expulsé de l’Éden. Sylvie Germain : Depuis le commencement, n’est fécond que ce qui est en mouvement, en élan de désir. Est bon ce qui est source, flux et circulation de vie… La fracture des tables par Moïse va pourfendre la compacité des mots, libérer la parole de la pétrification. Durant l’Exode, Moïse campe sous une tente comme son peuple nomade à l’écart du camp. Il la nomme tente du rendez-vous ! Sylvie Germain nous dit notre capacité à devenir la tente de Moïse. Seule façon d’accepter de sortir de soi-même, de se tenir à découvert – dans le nu de sa finitude, le vif de l’écoute… et de l’accueil.

Entre désertitude & solitarité, Irène Turbeaux

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 24 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Entre désertitude & solitarité, Editions Digitales Pourpres, avril 2010, 110 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Irène Turbeaux

 

Tu étais là, j’étais autour de toi. J’étais là, tu étais autour de moi. Arrive un déluge d’images et d’émotions. Commence la danse de la séduction, celle qu’Adam et Eve engendrèrent. Le soir même, sur l’écran de son ordinateur, elle se laisse fasciner par la galerie de photos et de dessins réalisés par lui. Surtout les photos, en noir et blanc. Noir et blanc comme ses yeux à lui – les couleurs de l’âme du Tibet monastique. Son Tibet est fait d’êtres humains issus d’un bestiaire irréel. Tout un univers d’êtres bioniques à la beauté lisse, parfaite, mais froide. Est-elle attirée par ce qui lui est hors d’atteinte ? Dans le bouddhisme tibétain, ego serait une fausse représentation que l’individu se fait de lui-même. Le « moi » serait un obstacle au bonheur. Tout le contraire de ses croyances à elle, formée à la théorie psychanalytique du moi conscient qui équilibre les pulsions profondes du sujet et la réalité du monde. Ce moi lui dit de ne confondre ni urgence ni précipitation, d’éviter l’intrusion. Se retrouve-t-elle en lui quand elle lui dit : Ta vie est un temple zen, épuré de tout objet de distraction, ta vie est intérieure. […]. Tu te livres nu.