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Articles taggés avec: Christian Massé

Cinq éloges de l’épreuve, Collectif

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Albin Michel

. Ecrivain(s): Collectif Edition: Albin Michel

 

La violence des ruptures, le tragique de la condition humaine, la douleur des larmes, les solitudes et l’épreuve du manque : cinq écrivaines en font l’éloge, accordées au fait que toute épreuve existe pour être traversée, car porteuse de l’espérance d’une issue possible.

Sylvie Germain revisite la Genèse : la création du monde résulte d’un chaos primitif, d’un brisement cosmique heurté par un souffle et une voix. Voici le néant fécondé. L’homme naît d’un arrachement : Dieu le forme à partir de la glaise, lui insuffle une haleine de vie. La femme naît de sa côte. Voilà l’homme et la femme. Mais le couple sera expulsé de l’Éden. Sylvie Germain : Depuis le commencement, n’est fécond que ce qui est en mouvement, en élan de désir. Est bon ce qui est source, flux et circulation de vie… La fracture des tables par Moïse va pourfendre la compacité des mots, libérer la parole de la pétrification. Durant l’Exode, Moïse campe sous une tente comme son peuple nomade à l’écart du camp. Il la nomme tente du rendez-vous ! Sylvie Germain nous dit notre capacité à devenir la tente de Moïse. Seule façon d’accepter de sortir de soi-même, de se tenir à découvert – dans le nu de sa finitude, le vif de l’écoute… et de l’accueil.

Entre désertitude & solitarité, Irène Turbeaux

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 24 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Entre désertitude & solitarité, Editions Digitales Pourpres, avril 2010, 110 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Irène Turbeaux

 

Tu étais là, j’étais autour de toi. J’étais là, tu étais autour de moi. Arrive un déluge d’images et d’émotions. Commence la danse de la séduction, celle qu’Adam et Eve engendrèrent. Le soir même, sur l’écran de son ordinateur, elle se laisse fasciner par la galerie de photos et de dessins réalisés par lui. Surtout les photos, en noir et blanc. Noir et blanc comme ses yeux à lui – les couleurs de l’âme du Tibet monastique. Son Tibet est fait d’êtres humains issus d’un bestiaire irréel. Tout un univers d’êtres bioniques à la beauté lisse, parfaite, mais froide. Est-elle attirée par ce qui lui est hors d’atteinte ? Dans le bouddhisme tibétain, ego serait une fausse représentation que l’individu se fait de lui-même. Le « moi » serait un obstacle au bonheur. Tout le contraire de ses croyances à elle, formée à la théorie psychanalytique du moi conscient qui équilibre les pulsions profondes du sujet et la réalité du monde. Ce moi lui dit de ne confondre ni urgence ni précipitation, d’éviter l’intrusion. Se retrouve-t-elle en lui quand elle lui dit : Ta vie est un temple zen, épuré de tout objet de distraction, ta vie est intérieure. […]. Tu te livres nu.

A propos du roman, Paul Gadenne

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 26 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Actes Sud

A propos du roman, 130 pages . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Actes Sud

 

« Je ne puis parler de mes romans à personne durant le temps où je les compose. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas de l’ordre du langage parlé. Je ne vois mes personnages, je ne les entends, que dans le silence intérieur ».

Un sujet de roman n’existe pas quelque part en dehors de son auteur. Ce n’est pas une marchandise ramassée dans un supermarché… Le sujet trouve son auteur, oui, comme une sorte de présence qui l’envahit. Une idée se dépose un jour en lui, le féconde, devient consubstantielle à lui. C’est une graine qui est tombée sur le sol qui est sien par nature, et cela fait un livre. « Pourquoi écrire, si ce n’était pour nous délivrer de notre présence ? » (à ce sujet, à cette graine).

Une force nous pousse à écrire : le besoin de traduire la vie. Traduire, au sens propre du mot, c’est faire passer la fameuse graine d’un état à un autre. Traduire la vie, c’est tenter d’en changer la nature – de la faire nôtre. C’est essayer de la dominer, en nous en appropriant la substance. Ecrire, c’est une façon de nous assurer une certaine emprise sur les choses, par la conscience que nous en avons un instant. Est-il besoin d’ajouter que c’est d’abord pour soi que l’on écrit ? Se plaçant devant sa page blanche, l’écrivain ne se place d’abord que devant lui-même. Tant mieux si, après coup, il trouve un public.

Visions de Cody, Jack Kerouac

Ecrit par Christian Massé , le Vendredi, 15 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Roman, USA

Visions de Cody, préface d’Allen Ginsberg, traduit (USA) Brice Matthieussent, 725 pages . Ecrivain(s): Jack Kerouac Edition: Folio (Gallimard)

 

Avant de prendre le « ferry » pour Staten Island, Jack s’offre une bière à quinze « cents » dans un bar. Appuyé sur l’avant du pied comme Cody en quête de travail, il sait ce qu’il va faire à Staten Island : ruminer toutes ses visions de Cody, réfléchir aux choses les unes après les autres, partir vers Cody ! Finalement, il ne va pas à Staten Island ! Tout en haut de Wall Street, l’aube de pluie enveloppe encore la cathédrale Saint-Patrick.

La constellation Cody ! Jack fait souvent le même rêve : en costume, les costumes paraissent toujours neufs sur lui, cheveux hirsutes et ébouriffés ayant pâti de l’excitation des cafés dans les couloirs obscurs des sensualités […] Un jeune type, né dans un hôpital de miséreux, au visage osseux paraissant avoir été comprimé contre des barres de fer ! Son ambition : conquérir le monde des hommes qui vivent parmi les ombres, au-delà des néons qui clignotent. Mais la réalité est autre : défoncés à l’herbe dans des piaules à marijuana, vrais clodos de caniveau. Le bonheur ne s’appelle pas Amérique. L’Amérique, c’est être traqué par la police à travers le Kentucky et l’Ohio et dormir avec des rats… dans un lit proustien, avec la Dive bouteille !

La Comtesse de Ségur ... et nous !, Collectif

Ecrit par Christian Massé , le Vendredi, 08 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

La Comtesse de Ségur… et nous ! Ouvrage collectif, Editions Le Jardin d’Essai, 2012, 175 p. 18 € . Ecrivain(s): Collectif

 

Qui se souvient d’avoir lu ou d’avoir eu à lire un roman de la Comtesse de Ségur ? La réponse est imprécise, comme le sont parfois certaines couleurs, bleue, grise ou rose.

Pourtant, ce nom-là a en chacun de nous une résonnance familière. La raison en est simple : à l’école primaire, tout petit, le maître ou la maîtresse nous a fait connaître Les malheurs de Sophie, Les mémoires d’un âne, etc.

Depuis, bien des auteurs/res et des livres sont passés sous le pont de nos rivières assoiffées de lectures… Mais il suffit de relire l’un des innombrables titres de la Comtesse pour ressentir ce que Marcel Proust éprouva et développa avec sa petite madeleine trempée dans une tasse de thé : Les petites filles modèles, Pauvre Blaise, La sœur de Gribouille…

Il ne faut pas se raconter d’histoire. Née en Russie en 1799, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, s’est révélée une romancière digne d’être considérée comme une écrivaine française ayant donné aux femmes leurs premières vraies lettres de noblesse. Sans aucun doute, elle a influencé Colette (et ses Claudine…), George Sand (Contes d’une grande mère…), Marguerite Yourcenar (Souvenirs pieux). Elle est décédée à Paris en 1874.