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Caméléon

Ecrit par Cédric Bonfils , le Mardi, 17 Avril 2012. , dans La Une CED, Ecriture


À quelques pas de l’entrée de l’immeuble et de la sortie de l’école, debout sur le trottoir ou assise où on peut, on papote. On attend nos gosses. Tu fais dans les mots simples et clairs. Le temps qui passe, le menu de la veille, le dernier loto gratté, raté. Pas d’embrouilles. Pas de plaintes. Dans quelques minutes la sonnerie de la fin de l’école. On tire sur nos clopes. Une journée de passée. Moins que ça, en fait. Quelques heures. On enchaîne dans nos têtes. Sprint des pensées pour se repasser une dernière fois le circuit de la soirée : devoirs, bain, repas… On songe à chaque étape – ne rien manquer. Tu songes à ces types sur leur paire de skis enfilant les virages à toute vitesse. Pourquoi tu t’étais retrouvée de bonne heure le matin devant les derniers Jeux Olympiques d’hiver, ça tu ne sais plus. Et tu te demandes si tu seras assez intelligente pour les questions posées pendant les devoirs, si tu seras assez calme pour les cris poussés pendant qu’ils jouent, si tu seras assez tranquille pour les serrer dans tes bras avant de dormir sans leur filer un peu d’angoisse de peau à peau. La peur passe par où tu respires.  On rentre du boulot. Ou pas. Ça dépend. Des périodes – pas de nous. On en voudrait pour tout le temps du travail. Pour l’argent. Au moins contre l’ennui. Si le boulot manque, l’ennui on le rature autrement – avec tout ce qu’on peut faire à la place, à la maison, dehors, chez toi, peu importe.

Votre porte

Ecrit par Cédric Bonfils , le Mardi, 27 Mars 2012. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture


« Qu’est-ce qu’il y a dans votre quartier ? » Vous voyez très bien ce qu’il y a dans le quartier. Il n’y a rien de caché dans mon quartier. Vous connaissez le quartier. Pourquoi vous posez cette question ? Vous nous demandez ce qu’il y a dans le quartier comme on demande combien ça fait 2 + 2. « Qu’est-ce qu’il y a dans votre quartier ? » Avant que vous posiez cette question, je vous imaginais toujours dans le quartier. Vous étiez du quartier quand des images du quartier me venaient. Vous disiez tout le temps le quartier. Tout le monde était dans le quartier quand vous en parliez. Maintenant vous demandez ce qu’il y a dans notre quartier. La question claque comme une porte qu’on ferme d’un coup. Une porte qui se trouve du même coup quelque part où il n’y en avait pas, où avant on passait sans se poser de question. Je suis dans le quartier, d’un côté de la porte qui claque dans ma figure. Avec tous les autres de la classe qui sont du quartier. Vous êtes de l’autre côté de la porte que vous venez de fermer. Vous le savez. Il n’y a pas de porte pour entrer dans un quartier ni de porte pour en sortir. Vous venez dans le quartier. Vous y êtes. Tout le monde peut entrer dans notre quartier. Tout le monde pourrait y entrer, même s’il y avait une porte. Ce n’est pas une porte qui empêche quelqu’un d’entrer ou de sortir. Ce serait trop simple s’il n’y avait qu’une porte autour de mon quartier.